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Tunisie: Contrepoint
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La Presse (Tunis)
13 Mai 2008
Publié sur le web le 13 Mai 2008
Khaled Tebourbi
Les arts en laboratoire
Nous ne l'ébruitons sans doute pas assez, mais un énorme travail de réflexion est entrepris à l'Institut supérieur de musique de Tunis sur le thème : «Culture et stratégie de développement en Tunisie».
Il s'agit de cycles de conférences, sur le long cours, impliquant l'ensemble des intervenants de la vie culturelle et artistique, depuis la décision et la recherche, jusqu'aux artistes, aux médias, aux acteurs du marché, aux représentants de la société civile.
Une plate-forme multidisciplinaire, un vrai laboratoire des arts, ou se mêlent et convergent pensées et expériences diverses, avec pour objectif commun : tenter de définir une approche globale de développement culturel dans notre pays à la lumière des défis du nouveau siècle.
L'immensité du sujet, son infinité complexe le rendent difficilement accessible au large public et plutôt rebelle à la synthèse.
Un espace minimal de compréhension reste, cependant, possible à partir duquel l'essentiel de ces rencontres de haut niveau scientifique pourra être transmis sans être travesti. Entre «la culture vécue» et «la culture pensée», il y a, en fait, des affinités évidentes.
La réflexion sur les arts ne procède, au fond, que d'un état des lieux artistiques. Elle part, forcément, de réalités éprouvées, celles que nous percevons tous, quel que soit notre degré de conscience. Quand il est dit, par exemple, que la culture doit faire face aux défis du nouveau siècle, nous savons tous a peu près de quoi il retourne. Les niveaux d'appréhension importent peu, car la nécessité de résoudre un problème est également ressentie. Que pense le plus grand nombre de la musique ambiante, dominante? En y réfléchissant bien, pas grand chose de différent de ce qu'en pensent les spécialistes. L'idée que «la situation» mérite d'être «revue» est partagée sous tous les rapports et en tout état de cause.
Parler de développement culturel n'est pas non plus l'exclusive d'une élite éclairée. Se développer, c'est progresser. Qui ne s'inquiète vraiment de pouvoir aller de l'avant, de suivre le cours impétueux des choses? Si des chercheurs, des professionnels, des médiateurs se réunissent aujourd'hui pour réfléchir aux mutations qui nous assaillent, c'est que cela répond aux besoins futurs de tout le monde. Ce n'est pas un luxe d'intellectuels, c'est un impératif concret, commun. C'est cela ou rester à la traîne. Cela ou tourner en rond.
Défis imposés
Pour revenir aux conférences, on en compte une bonne quinzaine déjà pour près d'une centaine de communications. Impossible de tout résumer, mais on peut retenir deux ou trois idées force : ce qui traverse et inspire la réflexion.
- En premier, l'idée de stratégie de développement culturel et des nouveaux défis.
Les arts, c'est presque devenu un lieu commun, connaissent des mutations techniques, esthétiques, sociales et économiques sans égales dans le passé. Plus question, si l'on veut s'adapter,de penser le développement culturel en termes de volontarisme.
Les créateurs sont déterminés dans leur environnement et dans la globalisation. Les décideurs dépendent de la nouvelle économie planétaire. Les publics de l'art sont de plus en plus conditionnés. De nouveaux métiers de la culture apparaissent, la communication déborde les frontières, les moeurs et les goûts se nivellent. Des défis nous sont imposés. Ils consistent dans ce fragile et pénible équilibre entre notre identité (notre socle), et les multiples changements qui nous viennent de l'extérieur. Impératif du devenir : sans la préoccupation, dès à présent, d'épouser les nouvelles profusions, d'accompagner le mouvement inéxorable du monde, d'imaginer nos arts futurs, nos cultures d'avenir, nous nous condamnons, dores et déjà, à l'isolement. A la «pétrification».
L'affaire de tous
Seconde idée force : toute solution aux problèmes de la culture, dont les questions identitaires, dont le recul des valeurs, dont les prospectives nouvelles, ne peut plus se concevoir autrement que dans la contribution collective. La grande qualité de ces rencontres de l'ISM Tunis a été, précisément, d'insister sur la présence de tous les intervenants des arts et de la culture. C'est du reste le grand crédo du directeur, maître d'oeuvre, Mohamed Zinelabidine : aucune expérience, aucune proposition n'aura été exclue. Académiciens et hommes de terrain sont sur la même ligne. Les anciens cloisonnements sont bannis, pas pour en donner plein la vue, mais parce que nulle stratégie de développement culturel ne peut aboutir sans que pratiquants, chercheurs, médiateurs, diffuseurs, éducateurs, décideurs y mettent, chacun, de sa part. L'idée de la chaîne entière à laquelle nulle maillon ne manque. On vit une époque charnière, un moment de transition historique. D'aucuns parlent même de renaissance. La renaissance culturelle doit être l'affaire de tous. Ca paraît évident, mais il fallait y venir. C'est dit. Espérons que cela pourra se faire.
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Une thématique, enfin, occupe tous les esprits, celle beaucoup plus récurrente de la tradition et de l'innovation. Problématique, à vrai dire, constamment irrésolue. Les notions de patrimoine, d'héritage culturel, de passé et de devenir, d'ancienneté et de modernité demeurent assez peu circonscrites, surtout sujettes à idéologie. Il se dégage, malgré tout, de ces conférences, comme un début de clarification. La nécessité des cultures d'avenir est unanimement convenue. Mais une fine dialectique plaide pour la préservation des bases, pour la continuité culturelle. Un des chapitres de la dernière rencontre tenue ce week-end à la Maison Sébastien d'Hammamet portait, précisément, sur le «passé et devenir de la musique en Tunisie». L'intitulé «balise» la solution. C'est tout l'intérêt.
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