Mamadou Sarr
13 Mai 2008
Dans la panoplie des Organisations non gouvernementales (Ong) qui s'activent au Sénégal dans divers volets, très peu sont d'inspiration islamique. Un état de fait que déplore l'Imam Bamba Sall, responsable moral de l'association musulmane de 'Al Ouma'. L'installation de la cellule de Mbour de l'association humanitaire 'Al Ouma' (la Nation), ce week-end, a été l'occasion saisie par le responsable moral de cette structure, qui ambitionne d'oeuvrer dans le social, pour déplorer l'absence des Ong islamiques sur le terrain de la lutte contre la pauvreté.
'Parmi les 36 mille associations islamiques au Sénégal, reconnues par l'Etat, il n'y a pratiquement aucune qui opère dans le domaine du social et de l'humanitaire. Les associations qui existent sont des associations culturelles qui organisent à longueur d'année des chants religieux', constate pour le déplorer, Imam Mouhamadou Bamba Sall, responsable moral de 'Al Ouma', une association qu'il a mis sur pied, il y a juste un an avec des citoyens mus par une volonté de se rendre utile en servant les personnes en détresse, notamment les talibés et les nombreux indigènes dans les rues.
'Tous les mendiants qui errent dans nos rues sont des musulmans, de même que les talibés. Pourtant, nous sommes dans un pays composé de musulmans à 97 % et plus de 98 % de la richesse nationale est entre les mains des musulmans. Mais on ne fait rien pour aider ceux qui souffrent. On fait trop de sermons, mais on n'assiste pas assez. Quelle est l'organisation islamique qui vient au secours des pauvres ? Au contraire, ce sont des Ong d'autres religions qui interviennent. Je me demande qu'allons-nous dire à Dieu, le jour du jugement dernier ?', s'interroge-t-il d'un air ingénu.
D'après Imam Bamba Sall, docteur en théologie musulmane, et fort de son expérience tirée de plus de cent pays visités dans le monde, cet état de fait s'explique par l'absence des musulmans en général et ceux du Sénégal en particulier, du terrain de l'humanitaire laissé à d'autres. Et les rares Organisations non gouvernementales (Ong) musulmanes qui tentent de mobiliser des capitaux étrangers sous prétexte de vouloir lutter contre la pauvreté et la mendicité des enfants, n'inspirent pas confiance au responsable moral de Al Ouma qui prône une démarche humanitaire musulmane nouvelle.
'Ces dernières années, plus de 70 milliards d'aide ont été accordés à des associations musulmanes pour lutter contre la mendicité des enfants et la pauvreté. Si tout cet argent a été investi pour les destinataires, on ne verrait plus à ce jour aucun talibé dans la rue et il n'y aurait plus de pauvres au Sénégal. Mais tout cet argent a servi à acheter des 4x4 et de belles villas sur la corniche', constate-t-il.
Estimant que le moment est venu d'opérer une rupture avec ces pratiques qui n'honorent guère les musulmans, car dit-il, 'la foi est un comportement, on ne doit pas vendre sa foi'. Dans cet ordre d'idées, Imam Bamba Sall invite 'les jeunes marabouts à retourner dans les Daara (écoles coraniques) et à la terre en vue de s'investir carrément dans le social, au lieu de se lancer dans la course aux voitures 4x4, aux passeports diplomatiques et aux belles villas en bord de mer'.
Selon lui, dans un contexte de crise économique mondiale, les marabouts doivent s'investir en organisation, au lieu de tout attendre de l'Etat. 'Pour sortir le Sénégal de la situation dans laquelle il est, il demeure nécessaire de se départir de la politique politicienne pour s'attaquer réellement aux questions économiques', suggère-t-il. 'Un pays se construit par sa population. Et le peuple sénégalais doit prendre son destin en main pour sortir le pays de la pauvreté', ajoute le responsable moral de Al Ouma. Et c'est justement ce défi que veut relever le Dahira (association) Al Ouma, fort, aujourd'hui de 600 mille membres, d'après Imam Bamba Sall.
Pour ce faire, ce dernier a dans un discours musulmano-humanitaire nouveau indiqué les missions et les projets de Al Ouma. 'J'ai une mission humanitaire pour la solidarité des musulmans. Et pour réussir cette mission, il faut que chaque membre de Al Ouma cotise six mille francs par an ou 500 francs par mois.
L'argent ainsi collecter va servir de fonds pour ouvrir une banque de solidarité à Dakar et dans les régions', informe Imam Sall. Parmi les cibles de cette mutuelle crédit en gestation, les jeunes, les femmes et les handicapés pour les sortir de la pauvreté. Al Ouma prévoit également d'autres projets touchant les divers domaines d'activités, comme la pédagogie pour bâtir un Sénégal nouveau débarrassé de la pauvreté et de la mendicité des enfants.
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