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Congo-Kinshasa: Boom des produits de base - entre espoirs et inquiétudes
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Le Potentiel (Kinshasa)
ANALYSE
13 Mai 2008
Publié sur le web le 13 Mai 2008
Faustin Kuediasala
Kinshasa
Comment les pays pauvres peuvent-ils tirer profit du niveau record des prix, conserver une plus grande part de bénéfices, réduire la pauvreté et diversifier leur économie. La Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) s'est interrogée sur le sujet. Elle trouve hasardeux de prédire les tendances des cours des produits de base dans les jours à venir. L'on se trouve entre espoirs et inquiétudes sur les probables conséquences du boom des matières premières dans l'économie mondiale.
Les cinq dernières années ont été les meilleures du dernier quart de siècle pour les pays en développement exportateurs de produits de base, dont les prix ont fortement augmenté. Toutefois, la hausse des prix de ces produits est une arme à double tranchant.
Si les pays exportateurs de pétrole et de minéraux ont enregistré des gains importants, de nombreux pays en développement à faible revenu tributaires de l'exportation de denrées agricoles tropicales (en particulier en Afrique subsaharienne) ont été confrontés à une hausse des prix de leurs importations (combustibles et denrées alimentaires) supérieure à celle des prix de leurs exportations, d'où une forte détérioration de leurs termes de l'échange.
La forte hausse actuelle des prix mondiaux de presque toutes les principales denrées alimentaires et denrées fourragères se traduit par une inflation des prix alimentaires et une aggravation de l'insécurité alimentaire, en particulier dans les pays pauvres. Ces derniers mois, des émeutes de la faim ont éclaté dans plusieurs pays.
Au centre des discussions de la douzième session de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED XII), organisée à Accra au Ghana du 20 au 25 avril, figurait le rôle que peuvent jouer dans la croissance économique les cours records récemment atteints par certains produits.
Il s'agit notamment du pétrole, des minéraux, des métaux et des denrées agricoles de base; des produits que les pays en développement peuvent vendre et vendent bel et bien sur les marchés mondiaux. La majorité de ces pays - plus de 90 - dépendent de l'exportation de tels produits. L'indice des prix de la CNUCED pour les produits de base autres que les combustibles a récemment atteint son plus haut niveau (en dollars courants) depuis 1960. Il a augmenté de 159 % entre janvier 2002 et janvier 2008; les prix des métaux et des minéraux ont progressé de 285 % sur la même période, et ceux des matières brutes d'origine agricole de 133 %. Le prix du baril de pétrole a récemment dépassé la barre des 110 dollars des États-Unis.
En même temps, une table ronde sur « Le renouveau des produits de base au XXI ème siècle » organisée le 23 avril dans le cadre de la CNUCED XII s'est penché longuement sur le sujet. Il s'est agi de savoir jusqu'à quel point le boom des produits de base peut aider les pays en développement à améliorer les niveaux de vie et à réduire la pauvreté. Bien que les prix des produits de base soient traditionnellement cycliques, les périodes de forte expansion étant généralement suivies de périodes de marasme, il est possible que cette fois la demande se maintienne du fait de la croissance continue escomptée dans des pays émergents tels que la Chine et l'Inde.
REVENUS INEQUITABLEMENT PARTAGES
Les bienfaits de la récente embellie économique ne sont toutefois pas équitablement partagés. Par exemple, en dépit de l'amélioration de la croissance et des exportations dans les pays en développement au cours des 25 dernières années, de nombreux pays, en particulier en Afrique subsaharienne, ne seront pas en mesure d'atteindre l'objectif fixé dans la Déclaration du Millénaire de l'ONU d'une réduction de moitié de l'extrême pauvreté d'ici à 2015. Si les populations pauvres ne profitent pas de l'expansion du revenu global dans l'actuelle conjoncture extrêmement favorable, que peut-on faire?
On peut aussi s'inquiéter de ce que l'essentiel des profits provenant de la hausse des prix des produits de base ne soit pas perçue par les gouvernements ou les citoyens des pays en développement exportateurs. Ainsi, dans de nombreux pays africains exportateurs de pétrole et de minéraux la plus grande partie des gains exceptionnels procurés par la hausse des prix est accaparée par les sociétés transnationales participant à l'exploitation des ressources naturelles sous la forme d'une augmentation des rapatriements de bénéfices. Les travaux de recherche montrent que la hausse des profits générés par les exportations agricoles ne touche guère les producteurs des pays en développement.
L'essentiel des bénéfices s'accumule à l'autre extrémité de la chaîne - qui va de la ferme au rayon du supermarché. La plus grande part du profit est réalisée au niveau de la transformation des produits - transformation, conditionnement, marquage et publicité. Selon le type de culture, la part des profits revenant aux petits exploitants agricoles qui cultivent le produit a dans de nombreux cas fortement diminué alors même que les prix augmentaient.
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UNE AUBAINE POUR LES ECONOMIES FAIBLES
Les économistes de la CNUCED préconisent que les pays en développement profitent des revenus exceptionnels générés par le boom des produits de base pour diversifier leur économie dans le secteur manufacturier et des secteurs de services à plus forte valeur ajoutée, afin de créer des emplois et de réduire leur vulnérabilité aux futures baisses cycliques des prix des produits de base. Mais peu de pays ont jusqu'ici réussi une telle transition en raison de contraintes internes (capacités institutionnelles et directives, infrastructures et ressources humaines) et de facteurs extérieurs (obstacles au commerce au niveau international concernant l'accès aux marchés et conditions d'entrée, absence de réglementation sur les pratiques anticoncurrentielles dans les chaînes internationales d'approvisionnement/de valeur, difficulté de se conformer à des normes commerciales en perpétuelle évolution). La plupart des pays restent donc fortement tributaires de l'exportation de produits primaires.
Lors de la CNUCED XII, la communauté internationale a eu la possibilité de convenir de mesures appropriées pour mettre à profit pour le développement les gains procurés par le boom des produits de base et de s'attaquer aux problèmes séculaires de commerce et de développement dans le secteur.
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