Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Au nom de quelle légitimité parlent-ils ? où allons-nous ?

13 Mai 2008


billet

Depuis plusieurs semaines, le discours politicien est marqué par des dérives verbales, pour ne pas dire des délires qui ne sauraient grandir leurs auteurs. Dans cette escalade verbale qui semble être coordonnée, planifiée, tout semble se passer comme si n'importe qui avait le droit de dire n'importe quoi. Le plus surprenant dans cette affaire de discours incendiaires et irresponsables, c'est la montée en première ligne de figures qui, assurément, n'ont pas de leçons à donner, de figures qui sont malvenues à tout point de vue.

A travers ce qui suit, nous citons quelques exemples caractéristiques. Il s'agit, sans un souci de hiérarchisation ou de préséance, de la direction du Parti socialiste (ou de ce qui en reste), du Professeur Amadou Makhtar Mbow, de Tekki et du Mouvement de la réforme pour le développement social (Mrds). Il s'agit là, nous le croyons sincèrement, d'un échantillon suffisamment représentatif d'une certaine classe politique qui a la prétention extraordinaire de parler au nom du peuple et de détenir le monopole de la vérité, de l'exclusivité, du patriotisme.

A la veille de la célébration de la fête du travail du 1er mai, à travers une déclaration au vitriol, les socialistes, au nom de qui parle le Premier secrétaire Ousmane Tanor Dieng, évoquaient 'le spectre d'un chaos généralisé'. D'ailleurs, les communiqués du bureau politique de ce parti ne laissent personne indifférent par leur caractère tout particulier : 'Nous exigeons que le président Abdoulaye Wade verse 25 milliards à l'hôpital le Dantec'. De tels exemples faisant sourire font légion. Dans le même registre que ses anciens ( ?) camarades du Ps, de l'Ups/Ps, le Professeur Amadou Makhtar Mbow prétendait craindre une explosion aux conséquences inimaginables, affirmant que 'la jeunesse est sans espoir et que les pouvoirs publics ne leur offrent aucune alternative'.

A prêter une oreille attentive aux socialistes actuels et à l'ancien socialiste Amadou Makhtar Mbow, on ne peut qu'être frappé par le caractère plus que révélateur de leur vocabulaire, des mots qu'ils emploient. Les mots ne sont pas gratuits, innocents. En effet, c'est sous le mode de l'imprécation, de la prière secrète, qu'ils évoquent le 'chaos' et l"explosion' qui sont des vocables qui ont leur place plus chez les sismologues et les artificiers que dans la bouche ou sous la plume de Sénégalais authentiques et soucieux du destin de leur pays, de leur peuple. Mieux, on est parfaitement en droit de rappeler ce qui suit pour éclairer les jeunes générations et rafraîchir la mémoire à tous ceux qui jouent aujourd'hui aux amnésiques volontaires.

Amadou Makhtar Mbow n'avait-il pas été ministre de l'Education nationale avant d'atterrir à la direction de l'Unesco à Paris ? Après le sabordage du Pra/Sénégal, le Professeur Mbow avait été ministre du temps du parti unique de fait et à un moment où l'ancien président du Conseil, Mamadou Dia, et ses compagnons séjournaient à Kédougou dans une enceinte dite fortifiée. Le Professeur Mbow n'est-il pas quelque part responsable et comptable du bilan globalement, strictement négatif du Parti socialiste ?

Le Professeur Mbow ne ferait-il pas mieux de créer un parti pour s'engager à visage découvert dans la bataille politique ? S'engager dans la bataille politique à visage découvert, c'est ne pas recourir au camouflage, c'est ne pas abuser du manteau de la gélatineuse société civile. Du reste, la presse nous apprend que l'ancien Directeur général de l'Unesco a pris devant l'histoire la lourde responsabilité de présider des assises dites nationales, dont les initiateurs ont refusé le verdict du peuple souverain à travers un scrutin transparent et démocratique.

Le Parti socialiste, à la suite de tout ce que nous savons, est dirigé aujourd'hui par Ousmane Tanor Dieng. Ce dernier, pour mémoire, successeur de Jean Baptiste Collin, avait été directeur de campagne d'Abdou Diouf en l'an 2000 et candidat malheureux en 2007, classé troisième derrière Idrissa Seck au terme d'un scrutin présidentiel transparent et démocratique. Comme ci-dessus évoqué, le bilan du Parti socialiste est connu. D'ailleurs, un dirigeant d'une des formations dites de la gauche aujourd'hui éclatée, ne cessait de dire que Ps signifie ceci : 'Poison du Sénégal' ! (Babacar Sané, paix à son âme).

Outre les cas de la direction actuelle du Parti socialiste et du Professeur Mbow, il y a le Mrds et Tekki qui ne cessent de se signaler, de donner dans la surenchère et la démagogie. A travers un tonitruant communiqué, le Mrds sommait le président de la République le mieux élu depuis 1960, soit de se soumettre soit de se démettre.

Concernant la formule qui se décline ainsi : se soumettre ou se démettre, point n'est besoin d'être un grand spécialiste de l'histoire des idées politiques pour la connaître. Là ne se situe pas le problème. En effet, selon le Mrds, si le président Wade ne veut ni se soumettre ni se démettre, il sera démis. Démis par qui ( ?) est-on tenté de s'interroger. Me Abdoulaye Wade n'avait-il pas été bien élu, bien réélu ? Le Mrds ne profère-t-il pas des menaces ? N'en appelle-t-il pas à l'émeute, à l'insurrection, au coup d'Etat ? La question mérite d'être posée et nous la posons, ici et maintenant.

Dans le landerneau, il y a également Tekki représenté à l'Assemblée nationale par une certaine dame. Tout comme le Mrds, le Mouvement autoproclamé Tekki avait obtenu à peine 1 % lors des dernières législatives qui avaient été boycottées par une partie de l'opposition. Ni plus, ni moins, Tekki exige du président de la République la dissolution pure et simple du Sénat et sa suppression. Où allons-nous ? Au nom de quelle légitimité politique et/ou historique, certains s'agitent, gesticulent et parlent avec tant de frénésie ?

Le ridicule ne tuant plus dans ce petit pays qu'est le Sénégal, certains sont allés jusqu'à dire que Me Abdoulaye Wade est responsable des scènes d'hystérie enregistrées dans des établissements scolaires et qui ne concernaient que des jeunes filles. Une fois de plus, et à la manière de Pierre Fougerollas dans un autre contexte historique, nous reposons la lancinante et redoutable question : Où allons-nous ?

Nous sommes dans une République, dans un système démocratique conquis de haute lutte, au terme de combats à la fois épiques et douloureux. Les historiens et les générations futures, nécessairement, retiendront le nom de Me Abdoulaye Wade comme étant le plus distingué compatriote et panafricaniste qui aura consacré plus d'un quart de siècle à la lutte pour l'ancrage définitif du système démocratique et qui aura toujours refusé d'en appeler à l'émeute. Ce, en déroutant parfois ses partisans et militants.

On le sait au moins depuis Montesquieu, dans le système démocratique seul le peuple est souverain, seul le peuple délègue le pouvoir, confère la légitimité. Le peuple sénégalais majeur, en toute lucidité, renouvelait, le 25 février 2007, sa confiance à Me Abdoulaye Wade, en le plébiscitant dès le premier tour. Cela nul ne devrait l'oublier.

Comme le disait si bien le célèbre philosophe allemand, 'c'est le destin de tout bavardage que de devoir un jour se taire devant le sérieux de l'histoire'. Les aventuriers et les démagogues de tout poil feraient mieux de se ressaisir, de revoir leur pâle copie.

El Hadj Sidy DIENG Sénateur de la République Coordonnateur national du Cosewa

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