Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Cinq sacs de ciment par tête

Josy Mauger

13 Mai 2008


Les clients doivent passer de longues heures dans les files d'attente pour espérer avoir quelques sacs.

Après avoir passé près de quatre heures d'horloge dans les rangs, Simon Chama n'a pas pu avoir un seul sac de ciment. Dépassé, il se demande si cela vaut la peine qu'il revienne demain. Il est 11 heures du matin ce lundi et ici au lieu dit Sable, du côté d'Akwa-Nord, les quincailleries sont submergées par une flopée de clients. Dans la première où s'arrête le reporter, une cinquantaine d'hommes et de femmes sont aux abois. Dans l'attroupement, des voix s'élèvent. Tous pointent un doigt accusateur vers le propriétaire du commerce qu'ils accusent de pratiquer la « maffia ». « Il ne vend qu'a certaines personnes. A d'autres, il raconte que le ciment est fini », fulmine, exaspérée, Elise Edzimbi. « C'est à ne rien comprendre. Les gens arrivent après nous, ne se mettent pas en rang et sont servis », se plaint un autre groupe de jeunes gens.

En fait, les 700 sacs de ciment livrés ce matin dans ce commerce général se sont épuisés depuis 9 heures. Le rang s'est dispersé. La plupart des clients ne se résignent pas à rentrer.

Marguerite Yomba, une cliente est en train de charger son petit véhicule. Elle est arrivée depuis 6 heures du matin et n'a pu avoir que 5 sacs. « Depuis que la pénurie s'est installée, mon chantier est arrêté. Si je n'ai pas au moins 120 sacs de ciment je ne pourrais couler ma dalle», dit-elle. Pour le moment, elle dit n'avoir déjà que 20 sacs. Dans une autre quincaillerie, c'est la même ambiance morose. Florence Woboyi, autre cliente, vient de Nyalla. Elle raconte, dépitée, comment le responsable de ce commerce l'a chiffonnée. « Je ne voulais que trois sacs de ciment, il m'a envoyée balader. Pourtant, les clients arrivés bien après moi sont rentrés satisfaits », explique-t-elle. Victorien Tchouakwe Sintcha, propriétaire d'une quincaillerie à Sable, indique que la gestion du ciment est devenue très difficile depuis que la pénurie s'est installée. « La stratégie de vente adoptée, c'est cinq sacs de ciment pour un client », explique t-il.

Même jusque là, ce n'est pas évident, beaucoup de clients se font représenter par des amis pour maximiser le nombre de sacs. D'où les éclats de voix. D'autres achètent pour revendre à 6000 francs CFA », se plaint-il. Une autre méthode choisie par lui, c'est de diviser le stock qui arrive en deux. Le premier est réservé pour les grands clients qui ont besoin d'une importante quantité. Le deuxième, pour ceux qui ne veulent que de petites quantités.

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