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Ile Maurice: Le savoir-faire d'Eugénie - Sept ans qu'elle gère l'entreprise de son époux.


L'Express (Port Louis)
 

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L'Express (Port Louis)

13 Mai 2008
Publié sur le web le 13 Mai 2008

Corinne Minerve
Port Louis

Elle est d'une loquacité à faire pâlir un représentant commercial. Bon, ce n'est pas très éloigné de ce qu'elle faisait. Jocelyne Laurent avait quand même 29 ans de métier dans le contact avec le public avant de prendre en main la gérance d'Eugénie Food Products, compagnie spécialisée dans les achards. En résumé, elle a «bien roulé ma bosse» avant de devenir femme-entrepreneur.

Après sept ans dans ce nouveau giron, elle s'entraîne à faire encore mieux.  avoir des arguments supplémentaires pour séduire. «Sans embêter le client», précise-t-elle. C'est ainsi qu'elle se retrouve souvent au bazar de Port-Louis pour apprendre la technique des marchands.

Au supermarché, ce sont les clients qu'elle observe. «On a l'impression que je flâne. Mais, je ne flâne pas, je suis en éveil. Il faut que je sache ce que le marché demande pour ne pas être à côté de la plaque.» Elle appelle ça du Management by wandering about. Abréviation : MBWA. Qu'elle prononce Mbowé. «Un peu comme dans la chanson Le lion est mort ce soir», s'esclaffe-t-elle.

Sous son sourire, il y a un dur labeur. «Les pieds en éventail à la mer. On en rêve. Ce n'est même pas pour nous.» Tout comme le 9 à 16 heures. «Souvent, dès deux heures du matin, nous devons être à l'encan pour acheter nos fruits. Surtout quand nous avons de grosses commandes à honorer.» C'est son époux qui a fondé la compagnie en 2001. Mais, c'est Jocelyne qui quitte son poste pour gérer Eugénie Food Products. Eugénie parce que son mari s'appelle Eugène. «On croit que je m'appelle Eugénie. En tout cas, j'aime ce nom. Il a un charme vieillot. C'est un nom qui rassure.»

Le mari de Jocelyne pense aux achards parce qu'il désespère de voir ces arbres fruitiers dans les cours qui ne servent à rien. En plus, il aime cuisiner. Contrairement à Jocelyne, qui préfère se remplir l'estomac. Un bouillon poisson, avec margoze et un chatini coco ou encore, un bouillon brède chouchou «ek so baton tann ki fonn dan la bous», un chatini bringelle grillé sur feu de bois, un bon poisson salé sur un petit riz bien blanc. «Monn faim», résume t-elle. Nous aussi. Mais il y a d'autres choses à dire avant de passer à table.

«On a l'impression que je flâne. Mais, je ne flâne pas, je suis en éveil. Il faut que je sache ce que le marché demande pour ne pas être à côté de la plaque.» Des choses sérieuses comme le chemin à parcourir pour devenir entrepreneur comme elle. Qui comporte des risques. Mais qui n'en court pas ? «Ne dites pas que cette prise de risques là n'est pas pour vous. Tout le monde peut y être initié.» Certes, c'est un «perpétuel exercice de saute-mouton». Mais, l'important est d'étudier son marché et de persévérer. «L'or est à la portée de qui veut le saisir.

A condition de choisir un créneau à la demande et non-exploité.» C'est ce qu'elle répète à qui vient vers elle pour des conseils. Surtout en cette semaine de l'entrepreneuriat. Car, elle fait partie de ceux qui ont réussi. Ce qui n'est pas le cas pour une bonne partie de ceux qui se lancent dans l'entrepreneuriat. Bien que l'accès aux finances ait été facilité. Bien qu'il y ait plusieurs organismes pour aider ceux qui voudraient être leur propre chef.

C'est là que le bât blesserait. «Les institutions sont en train de jouer leur rôle, mais il faut les grouper», pense Jocelyne. «Entre la Small Enterprises and Handicraft Development Authority, la National Women Entrepreneur Council, le Human Resource Development Council, Enterprise Mauritius, la banque de développement, c'est compliqué de savoir à quelle porte frapper», poursuit-elle. «Déjà que ce n'est pas facile pour une femme.» Jocelyne concède que si elle avait commencé plus tôt, les choses auraient été «compliquées, vu que mes enfants étaient jeunes».

Aujourd'hui, cette mère de deux garçons et une fille gère sans trop de peine son entreprise. Entre autres parce que c'est une « family business.» Epoux et enfants participent d'une façon ou d'une autre dans l'entreprise qui compte huit employés, dont son deuxième fils qui travaille dans l'administration de la compagnie.

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A l'heure où le spectre de la crise alimentaire plane sur le monde, Jocelyne voudrait «voir tout le monde manger à sa faim. Que chaque famille ait son petit jardin. Qu'on produise ce qu'on mange. Qu'on mange ce qu'on produit. Que nous soyons autosuffisants ».

Rêve moins altruiste celui-là ; que la marque Eugénie soit reconnue mondialement. « Je vais loin peut-être », rit-elle. Son objectif : passer de 30 % de produits exportés à 75 %. Bientôt, elle va lancer sa confiture de roselle avec la participation de l'Agricultural Research and Extension Unit. «C'est un fruit qui se rapproche beaucoup de la goyave de chine.

Sa couleur, son goût. Ce sera un vrai délice en gelée, je vous le dis ». Quand on vous disait qu'elle savait trouver les arguments pour convaincre.



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