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Sénégal: Ces voix d'outre-tombe et notre conscience
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Le Soleil (Dakar)
BILLET
13 Mai 2008
Publié sur le web le 13 Mai 2008
Par Saliou Fatma Lo
7 mars 1820-7 mars 2008. Il y a exactement 188 ans que les femmes de Nder s'immolaient par le feu, plutôt que de se laisser faire prisonnières par leurs envahisseurs maures qui écumaient la vallée du fleuve Sénégal, en quête de captifs, à travers des razzias sanglantes. Du fond de leurs linceuls incandescents, de chaleur et de souffrances indicibles, elles exigent le droit au souvenir.
Car c'est par une lucidité extrême et un courage à nul autre pareil qu'elles se sont offertes aux flammes, pour éviter d'être souillées par le déshonneur. Elles ont dit oui aux braises, à la suffocation puis l'asphyxie et la mort violente, à travers les quintes de toux causées par l'âcre fumée qui s'élevait de leur tombe brasero commune. De ce fait, elles ont librement renoncé à la vie, à la maternité, aux prétentions et joies d'ici-bas. Leur geste, qui s'est perdue dans le craquement sinistre des poutres et poutrelles enflammées de la case du supplice, l'âcre odeur de la chair qui brûle pour servir d'exemple, les volutes et colonnes de fumées épaisses qui s'échappaient de la fournaise exigent une reconnaissance méritée de la mémoire collective sénégalaise.
Surtout en ces temps où les vertus se perdent, les valeurs s'estompent, les moeurs s'effilochent, la permissivité s'installe, leur haut fait mérite d'être conté et entretenu. Les sanglots étouffés face à la mort qui s'avançait inexorablement, les sanglots retenus et les larmes refoulées, la morsure des flammèches dans la chair vive et la courageuse option de sacrifier leur vie de ces femmes ne doivent pas rester dans l'anonymat et passer pour pertes et profits. La voix suppliciée des femmes de Nder, en ce morbide mardi du 7 mars 1820, où la mort a mis en action sa faucille, recouvrant la capitale du royaume du Walo de sa cape funeste et lugubre, froide comme la... mort, nous invoque et interpelle à la fois pour que leur sacrifice ne soit pas vain. Et surtout, pour qu'il ne tombe pas dans les profondeurs abyssales de l'oubli et de l'ingratitude.
Le viatique qu'elles nous ont laissé est toujours d'actualité et peut servir de leçon pour la jeunesse de demain ; étant entendu qu'en l'espèce, demain c'est déjà aujourd'hui. Il est superfétatoire de dire que nous avons besoin de repères, de symboles et d'exemples valeureux. Les femmes de Nder, à ce sujet, nous ont servi à satiété.
Ce qu'il est juste de faire, c'est de célébrer ce geste, se souvenir d'elles, les citer en exemple et entretenir leur mémoire par une mosquée ou un mémorial, en tout cas un lieu de recueillement et de ressourcement. Du fond de leur bûcher, elles s'adressent à notre conscience. C'est ainsi, et seulement ainsi que nous pourrons leur offrir une sépulture décente, un repos mérité et reconnu. Il ne s'agit point de compassion ou de pitié mal placée, mais de reconnaissance, d'admission de ce fait qui demeure une vérité éternelle. Raison pour laquelle leurs voix d'outre-tombe nous tutoient chaque fois que le temps est opportun.
« TALAATAY » NDER : A quelle version se fier ?
« Talaatay Nder » ou Mardi de Nder : une tragédie, plusieurs versions. Mais, quelle est la bonne ? C'est la seule question qui hante l'esprit de tout curieux qui vient visiter Nder. Dans les livres d'histoire, les maisons et même les salles de classes, les enseignants, en racontant l'épopée de ces braves femmes qui sont entrées de fort belle manière dans l'histoire, servent la même version des faits. Mais, peut-on, aujourd'hui, leur donner raison ? Si l'on se réfère à certains livres d'histoire et récits relatés par quelques historiens, on retiendra que le mardi 7 mars de l'année 1820, le Brack de Nder était à Saint-Louis et les hommes aux champs. Les Maures, qui convoitaient le prospère village de Nder, ont profité de cette opportunité pour attaquer par surprise les femmes, dans le dessein d'en faire des captives.
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C'est alors que les femmes, sous l'impulsion de la Linguère Fatim Yamar Khouryayedia Mbodj, ont pris les armes pour combattre l'ennemi... Et la suite, tout le monde la connaît. Mais, à Nder, les populations demeurent narquoises en entendant cette version. Pour certains habitants de Nder, Fatim Yamar n'a jamais participé à ce suicide collectif. D'aucuns avancent même que cette tragédie ne s'est pas déroulée à son époque. Ceux qui sont interrogés soutiennent mordicus que c'est la Linguère Mbarka Dia qui a permis à Nder d'entrer dans l'histoire et non Fatim Yamar qui, tiennent-ils à préciser, était de Dagana. Quelle version est l'authentique ? L'histoire a-t-elle été bafouée ? Les faits ont-ils été fidèlement transmis ? Ce sont là autant de questions qui poussent à réfléchir.
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