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Bénin: Un grand catholique et humble serviteur de l'Eglise


 

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L'Autre Quotidien (Cotonou)

14 Mai 2008
Publié sur le web le 14 Mai 2008

Isabelle De Gaulmyn, à Rome

Il n'y avait pas cinq ans que Vatican II s'était achevé, quand Paul VI fit un geste décisif pour l'internationalisation de la curie romaine.

En 1971, il appela à ses côtés, à Rome, deux archevêques, d'Asie et d'Afrique, les nommant l'un et l'autre secrétaire adjoint de la congrégation pour l'évangélisation des peuples, le dicastère de la curie romaine qui s'occupe précisément des jeunes églises.

L'un était Mgr Duraisamy Simon Lourdusamy, de Bangalore (Inde), l'autre Mgr Bernardin Gantin, de Cotonou (Bénin). Celui-ci, qui était devenu en 1960 à Cotonou - à 37 ans ! - le premier archevêque noir de toute l'Afrique, est décédé mardi 13 mai à Paris, où il avait été hospitalisé en urgence il y a quelques jours. Il venait tout juste d'avoir 86 ans. Ses obsèques auront lieu au Bénin. À travers lui, le pape prenait acte de l'importance, mais aussi de la maturité de la jeune Église africaine. Pourtant, lorsqu'il est arrivé à Rome, en 1971, personne n'attendait à l'aéroport l'archevêque africain, se souvenait le cardinal Gantin, avec un sourire, plus de trente ans plus tard. « Pour moi, cela importait peu. Mais le pape Montini lui s'était senti mortifié, et s'en était ensuite excusé », confia-t- il au mensuel Trenta Giorni. Aux dires de tous ceux qui l'ont connu à Rome, où il était resté jusqu'en 2002, ce mélange d'humilité et de grande gentillesse était la caractéristique de l'ancien archevêque de Cotonou.

L'un des derniers cardinaux créés par Paul VI Avec le cardinal Gantin disparaît. l'un des derniers cardinaux créés par Paul VI, avec le cardinal Joseph Ratzinger. Et surtout, celui qui su, par sa vie et ses responsabilités, incarner la croissance, mais aussi les interrogations de l'Église africaine. Son bureau même, au coeur du Vatican, était, avec ses fauteuils en bois sculpté et ses statues, un petit coin d'Afrique. C'est que, même romain, le cardinal ne s'est jamais départi de ses racines. Son nom même, aimait-il rappeler, signifiait « l'arbre de fer de la terre africaine » Et comme l'écrivit le cardinal Ratzinger dans un volume de mélanges publié en son hommage, cette fidélité en faisait un « évêque vraiment catholique », « très enraciné dans sa terre natale, mais tout à fait chez lui dans l'Église, cette Église qui parle dans toutes les langues et les amène à se comprendre les unes les autres ». Né le 8 mai 1922 dans ce qui s'appelait alors le Dahomey, colonie française, originaire d'une ancienne famille béninoise, il fut nommé très jeune, à 34 ans, par Pie XII, évêque auxiliaire de Cotonou, pour remplacer son mentor et ami, Mgr Louis Parisot, qui l'avait ordonné prêtre en 1951 et auquel il succède après trois ans. Dans son diocèse, il subdivise le territoire pour pouvoir suivre plus efficacement chaque situation particulière, il encourage l'enseignement en s'appuyant sur des congrégations de religieuses. Il est alors le symbole d'une Église africaine à qui, progressivement, les missionnaires passent le relais.

Un proche de Jean-Paul II

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Le jeune archevêque de Cotonou participera à tout Vatican II. « Nous, évêques africains, encore relativement peu nombreux et jeunes, nous avons pris alors conscience du changement considérable que le Concile pouvait représenter pour notre épiscopat et le futur de notre apostolat », confiait-il en 1992 au journal Avvenire. C'est au Concile qu'il fit la connaissance de Mgr Karol Wojtyla. Il intervint en assemblée sur « l'inculturation, base et condition pour une évangélisation solide et renouvelée », et participa aux discussions sur le décret Ad gentes, qui prône une évangélisation respectueuse des cultures et des traditions spirituelles des pays. Le jeune archevêque connaissait d'ailleurs déjà Rome, où il avait fait, en 1953, une partie de ses études en théologie et en droit canonique. Ce n'est donc pas un inconnu que Paul VI fait venir à la Curie en 1971. Devenu secrétaire à part entière deux ans plus tard, il fut nommé, par le même Paul VI, vice-président en 1975 puis président en 1976 du Conseil pontifical Justice et Paix ; une charge qu'il cumulera avec celle du Conseil pontifical Cor unum. Il fut créé cardinal lors du dernier consistoire de ce pontificat, en 1977. Jean-Paul II s'appuiera naturellement sur ce proche. Il lui confie la très sensible Congrégation pour les évêques, dont il devient préfet en 1984 : l'un des postes les plus importants de la Curie, puisqu'il gère la nomination des évêques du monde entier, mis à part justement ceux des pays de mission. À cette charge, dont il démissionnera en 1998 pour raison d'âge, il dut notamment gérer la crise lefebvriste en 1988. Mgr Gantin avait bien connu Mgr Lefebvre lorsque ce dernier était délégué du pape pour l'Afrique francophone, et il fit tout son possible, en vain, pour le dissuader de consacrer de nouveaux évêques contre l'avis de Rome.

Rentrer «comme un missionnaire romain en Afrique»

De même, en janvier 1995, c'est lui qui dut notifier à Mgr Jacques Gaillot la perspective d'une démission forcée. Le cardinal garda une grande amertume de l'épisode, estimant avoir été dupé par l'évêque d'Évreux, qui communiqua lui-même la menace aux médias après l'entretien et rendit la sanction ainsi inévitable. À cette même Congrégation pour les évêques, le cardinal africain s'était efforcé de lutter contre ce qu'il appelait le « carriérisme épiscopal », à savoir l'habitude des évêques de changer de diocèse pour un diocèse plus important, comme on change de niveau professionnel. Nommé doyen du Sacré-Collège par Jean-Paul II en 1993, il resta à Rome après sa démission en 1998. À 80 ans cependant, en 2002, il émit le voeu de rentrer dans son pays, comme « un missionnaire romain en Afrique », disait-il en se moquant de lui-même. Un certain cardinal Ratzinger lui succédera comme doyen Lui voulait continuer la mission en Afrique, certain, comme il l'avait dit un jour à des journalistes francophones, qu'à Rome comme au Bénin, le problème de l'Église était le même, à savoir un problème de foi : « Si nous ne nous accordons pas sur l'essentiel que Dieu nous a demandé par Jésus-Christ, tout le reste s'en va.



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