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Sénégal: Ismael Lo - « J'appelle le président Wade et l'opposition à dialoguer pour l'intérêt supérieur du Sénégal ».


Sud Quotidien (Dakar)
 

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Sud Quotidien (Dakar)

INTERVIEW
14 Mai 2008
Publié sur le web le 14 Mai 2008

El Hadji Gorgui Wade Ndoye

Ami personnel d'Abdou Diouf, le roi du Folk sénégalais n'a jamais rencontré formellement Me Wade, même s'ils partagent « un amour fou » pour le Continent.

L'auteur d'« Afrika Sunu », de « Jammu Africa », de « Dabakh » et de « Sénégal », réputé pour sa discrétion, sort de sa réserve pour appeler les hommes politiques qui, dit-il, se reconnaissent bien entre eux, à penser à régler les difficultés des Sénégalais et de se retrouver pour l'intérêt supérieur du Sénégal. Actuellement en tournée en Europe et en Afrique, Ismael Lô aborde avec humanisme et lucidité, dans cet entretien exclusif, d'autres sujets comme la Commémoration de l'abolition de l'esclavage et la Journée de l'Afrique.

Ismael Lô, vous êtes un professionnel confirmé de la musique et même discret, vous êtes aussi un leader d'opinions. Dans votre dernier album « Sénégal », vous appelez les politiciens à s'unir pour qu'il fasse bon vivre au Sénégal. Aujourd'hui, des opposants appellent le pouvoir à, sinon participer aux Assises nationales, du moins à dialoguer avec l'opposition. Avez-vous le sentiment d'être écouté ?

« Vous me permettrez de faire cette remarque fondamentale : en démocratie, il doit y avoir un pouvoir et une opposition. Dans le monde culturel, les artistes se reconnaissent entre eux. C'est pareil pour les hommes politiques. Abdoulaye Wade est arrivé assez tard au pouvoir. Il a fait 26 ans d'opposition. Il a été élu grâce au soutien d'autres partis politiques. Je veux dire que les hommes politiques peuvent et savent se retrouver autour de leurs intérêts. Ils connaissent les mécanismes de la politique politicienne. Mais ils doivent se retrouver, aujourd'hui plus que jamais, autour de l'essentiel : assurer la survie des populations et que les institutions fonctionnent correctement. Les politiciens ne doivent pas oublier l'énorme espoir porté sur eux par l'électrice ou l'électeur qui a fait la queue sous un soleil de plomb pour qu'ils soient élus. On ne devrait pas jouer avec la politique. Ce n'est pas un jeu ; regardez, il suffit seulement d'une mauvaise manà "uvre, qu'un pays perde sa stabilité et sombre dans la violence. Regardez ce qui s'est passé au Kenya récemment et en Côte d'Ivoire. Ce qui s'est passé au Zimbabwe est aussi honteux. Je sais qu'ils sont tous des patriotes et que personne n'a envie de voir le Sénégal s'enflammer. Je voudrais qu' Abdoulaye Wade et l'opposition se réunissent et que cela débouche sur quelque chose de concret. Mieux s'occuper des intérêts des populations et de l'image de notre pays, c'est cela l'enjeu. »

Avez- vous rencontré en audience le Président Wade ?

« Je ne l'ai pas rencontré formellement depuis qu'il a été élu, contrairement à Abdou Diouf qui est un ami personnel. Wade a un amour fou pour l'Afrique. Je le respecte beaucoup. Vu son engagement panafricaniste, j'avais voulu dès le départ me rapprocher de lui, étant donné ma conviction profonde et maintes fois exprimée que l'Afrique doit s'unir. Je ne l'ai pas fait car je ne voulais pas qu'on assimile cette affinité intellectuelle à de la politique politicienne. »

Comment jugez-vous l'action politique du Président Wade ?

« Je pense pour être honnête qu'il travaille. Dakar change. Si Wade avait été là il y a 40 ans, peut-être que le Sénégal serait plus en avance aujourd'hui. Malheureusement, il est arrivé à un âge avancé au pouvoir et il n'est pas toujours aidé comme il se doit. Par ailleurs, il ne peut pas briguer trois mandats. Les lumières de sa présidence recèlent aussi quelques ombres. »

Votre collègue Omar Pène a demandé aux enseignants de faire des sacrifices pour sauver l'année scolaire. Vous êtes vous-même propriétaire, avec votre épouse Fa Diallo, de « Tata-Fa » à Ouest-Foire, une école privée avec un effectif de 600 élèves. Iso Lô, que vous inspire la crise de l'éducation nationale ?

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« L'enseignement est un secteur qui me touche beaucoup. Un jour, un de mes enseignants du primaire est venu me rendre visite à la maison. Ce monsieur, je le craignais tellement que j'ai été très touché quand il est venu me voir. Il ne m'a pas oublié. Il a dû se dire : cet Ismael Lô, c'était mon élève. C'est vous dire que les enseignants ont toujours une affection pour leurs élèves. J'étais aussi préoccupé car quand ils atteignent l'âge de la retraite, ils sont pour la plupart un peu malheureux. Je suis sensible à cela car nous leur devons beaucoup. Comme vous l'avez dit, j'ai une école privée managée par mon épouse Fa Diallo et Mr Senghor qui est le directeur de l'élémentaire. Lors d'une visite dans le quartier, le ministre de l'éducation nationale, Moustapha Sourang, et Madani Tall de la Banque Mondiale, sont passés à l'école qui va de la maternelle à l'élémentaire. Cette école qui fonctionne bien, je l'ai construite sur mes fonds propres, sans aucun sou de l'Etat mais ce n'est pas moi qui m'occupe de l'enseignement et de la pédagogie. Le mérite revient à Fa Diallo, à Mr Senghor et à tous les enseignants et aux parents d'élèves qui donnent une bonne réputation à l'établissement. Avant les écoles privées, il y avait les écoles publiques. Partout, les enseignants aspirent à une vie meilleure. Et ils le méritent. L'avenir d'un peuple est dans la formation de sa jeunesse. La jeunesse doit être éduquée et ceux qui ont en charge cette tâche doivent être bien traités. Pour moi, l'éducation est un secteur sensible qui mérite toutes les attentions. Ceci dit, les élèves ne doivent pas être victimes d'une année blanche. »

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