L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Kee Chong Li Kwong Wing, président de l'AOMC: «Maurice devient un centre financier mûr»

Nico Panou

14 Mai 2008


interview

Port Louis — Il y a quelques mois, l'Inde était sur le point d'annuler le traité de non double imposition. Estimez-vous que toute menace est écartée ?

Malgré les réserves de la bureaucratie indienne, l'autorité politique de l'Inde considère maintenant Maurice comme un partenaire commercial sérieux, un centre mature, compte tenu des flux importants de capitaux qui transitent par notre pays vers son territoire. Avant, elle considérait Maurice comme un pays où passait l'argent recyclé des nantis autochtones, où se faisaient des montages financiers complexes mais sans substances et où les opérations étaient peu transparentes. Le risque a été réduit, grâce aux mesures prises sur les plans légal et fiscal pour assainir cette relation. Grâce à la bonne foi du gouvernement à chaque fois qu'on lui demandait des comptes, l'atmosphère de suspicion s'est transformée en relation win-win pour les deux parties.

Vous avez été réélu président de l'«Association of Offshore Management Companies» (AOMC). Quel est le bilan de l'année écoulée ?

L'année 2007 a été excellente pour le Global Business (GB). Le traité de non-double imposition avec l'Inde - pierre angulaire de l'offshore - est non seulement resté intact mais il a gagné en maturité et en substance. Les opérateurs et les autorités ont travaillé ensemble sur un nouveau cadre législatif et réglementaire pour promouvoir la transparence, le professionnalisme et la valeur ajoutée au GB. L'année a vu de nouvelles lois-cadres dont celle sur le GB, le Securities Act, le Stock Exchange, les captive insurances et le collective investment scheme. Tous ces services non bancaires sont régis par une législation plus moderne, plus souple et reflétant une maturation de notre secteur du GB. Nous avons aussi ratifié le traité de non double imposition avec Dubaï et signé des conventions fiscales avec le Qatar et la Tunisie. Le nombre de sociétés enregistrées dans le GB a augmenté.

Qu'allez-vous faire en 2008 ?

Le développement très rapide de l'offshore l'an dernier pose un gros problème de pénurie de main-d'oeuvre qualifiée. Nos appréhensions sont loin d'être la récession aux USA ou une menace au traité avec l'Inde. Notre problème est la crainte de ne pouvoir satisfaire la forte croissance dans l'offshore, avec la pénurie de gens qualifiés. Notre première priorité est une campagne de formation tous azimuts avec l'université de Maurice et le Human Resources Development Council. Les employés du secteur seront formés en Global Financial Services. La deuxième priorité est de moderniser et de rendre plus attractif le cadre légal afin de faire du pays, un centre régional d'établissement et de gestion de fonds d'investissements. Notre troisième priorité est de travailler avec la Bourse de Maurice pour en faire un centre financier régional. Nous sommes confiants qu'en 2008, l'offshore connaîtra une forte croissance parce que Maurice devient un centre financier mûr.

La baisse de croissance mondiale a-t-elle affecté votre secteur ?

La crise internationale n'a épargné personne, y compris l'offshore. Mais pour le moment, nous ne sommes heureusement pas trop affectés. L'offshore mauricien étant orienté vers l'Asie et l'Afrique, des continents avec de fortes potentialités, nous avons encore beaucoup de business à brasser.

Le gouvernement n'a donc aucun souci à se faire pour vous?

Justement, le gouvernement fait la sourde oreille. Il commet une grave erreur en ne considérant pas comme prioritaire, ce secteur moteur du développement. Mais notre association fait de son mieux pour assurer l'expansion de l'offshore.

La roupie forte vous affecte ?

L'appréciation de la roupie affecte notre secteur parce que nous travaillons surtout en devises. Ensuite, l'inflation augmente considérablement nos charges.

Que pensez-vous des réformes budgétaires ? Dans quelle mesure allez-vous en profiter ?

Le gouvernement s'est fixé des objectifs de réduction du déficit budgétaire et de diminution de la dette nationale. Je doute qu'il puisse agir dans ce sens maintenant qu'il a entamé la deuxième partie de son mandat. Sa marge de manoeuvre sera limitée pour des raisons électoralistes. Difficile de réduire les dépenses quand on a besoin du suffrage des électeurs. L'offshore ressent déjà la pression fiscale qui permettra de renflouer les caisses et compenser les lourdes dépenses qui seront engagées. Le gouvernement mettra pour cette raison de nouvelles charges sur des opérations purement offshore.

Que pensez-vous de la législation relative à la gestion budgétaire ?

D'abord, mes propos n'engagent que moi et pas mon association. Cette législation budgétaire est moderne et vise davantage d'efficience parce qu'il est orienté sur le résultat et les programmes de développement et non sur les coûts et les dépenses. Malheureusement, le programme-based budgeting est sur une medium-term framework (3 ans). Le ministre des Finances aurait dû le faire sur 5 ans, l'équivalent d'un mandat électoral avec son programme budgétaire. Chaque gouvernement serait évalué sur ses résultats, sur les engagements d'exécution de son programme par ses exercices budgétaires et le travail au niveau des ministères. Chaque ministre aurait ainsi tout intérêt à exécuter la tâche qui lui aura été assignée.

Le ministre des Finances pourrait innover en apportant une touche typiquement mauricienne à cette réforme. Nous ne sommes pas tenus de suivre les prescriptions du Fonds monétaire international à la lettre. Ensuite, il faudrait une décentralisation du pouvoir qui est concentré entre les mains du ministre des Finances et du Premier ministre. Sans cette décentralisation, ce programme ne verra jamais la participation effective des départements chargés de l'exécuter, ni du public qui doit avoir son mot à dire et un droit de regard en dernier ressort.

Troisièmement, pour une vraie responsabilisation fiscale, il faut une évaluation continue et indépendante de la société civile. Il faut un audit indépendant. Le directeur de l'audit, malheureusement, n'est qu'un fonctionnaire de l'Etat qui fait des post mortem et n'a aucun pouvoir pour sanctionner ou motiver.

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