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Ile Maurice: Un budget pour le consommateur


L'Express (Port Louis)
 

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L'Express (Port Louis)

OPINION
14 Mai 2008
Publié sur le web le 14 Mai 2008

Eric NG PING CHEUN
Port Louis

Après deux budgets en faveur du producteur, c'est un budget pour le consommateur que gagnerait à présenter le ministre des Finances, Rama Sithanen. La logique est simple : lorsque la demande extérieure (l'exportation) faiblit, il faut à tout prix stimuler la demande intérieure (la consommation des ménages) afin de soutenir la croissance de l'économie. Quant aux deux autres moteurs de croissance, l'impératif de réduire le déficit budgétaire n'autorise pas de relancer l'économie par la dépense publique, tandis qu'il faut éviter de booster, par l'investissement privé, une machine économique déjà surchauffée.

Voici six ans, le même Sithanen, alors dans l'opposition, tenait un raisonnement similaire pour critiquer la hausse de 50 % du taux de la taxe à la valeur ajoutée (TVA). À l'époque, deux principaux secteurs d'exportation, le textile et le tourisme, stagnaient tandis que la consommation domestique n'arrivait pas à tirer la croissance. Mais aujourd'hui, ces deux secteurs ont encore de la résilience. Et face aux fortes hausses des prix alimentaires, des prix énergétiques et du coût de la vie, le gouvernement du jour doit bien se servir des conjonctures pour aider le consommateur à deux ans des élections générales

Le climat social actuel est tel qu'il n'est pas en faveur du secteur privé : 67 % des analystes interrogés dans le présent baromètre pensent que le prochain budget ne sera ni plus ni moins favorable au secteur privé. Cette neutralité relève du réalisme politique même si 60 % d'analystes avancent que l'investissement privé doit obtenir le plus de considération du budget. En revanche, ils portent moins d'attention à l'exportation, ne s'attendant qu'à des petites mesures budgétaires aux problèmes du textile.

Si l'Etat ne peut pas faire grand-chose pour les exportateurs, à part de rendre le port, l'aéroport et les services publics plus efficients, si l'investissement privé connaît sa troisième année de croissance réelle à deux chiffres, alors il convient de relever la consommation des ménages qui a modéré à 4,5 % en 2007. L'inflation a rogné le pouvoir d'achat des salariés : l'indice global des salaires a reculé de 9 % en termes réels entre septembre 2004 et septembre 2007. Et la part du gâteau national qui va aux employés s'est rétrécie d'un cinquième en 25 ans, de 50 % du produit intérieur brut en 1983 à 40 % en 2008.

La rémunération totale des employés, selon la comptabilité nationale, se sera accrue de 26 % entre 2006 et 2008. Il serait juste que le budget 2008-2009 rehausse les seuils du revenu imposable par ce même taux. Le seuil de catégorie A devrait donc être relevé à Rs 270,000.

Le gouvernement tire un revenu de l'inflation qui est un impôt déguisé sur la consommation. L'inflation est de 10,7 % en 2006-2007 et de 8,7 % en 2007-2008, largement au-dessus de l'objectif de 5 % initialement fixé par l'actuel Grand Argentier. Comme l'inflation n'est pas la première priorité de notre banque centrale, le ministère des Finances peut envoyer un bon signal aux ménages en leur retournant une partie des revenus obtenus par l'inflation.

Il faut d'abord réduire le taux de la TVA. L'inflation a grossi les recettes de la TVA ces deux dernières années. D'après nos calculs, chaque point de pourcentage du taux d'inflation fait gagner environ Rs 100 millions sous forme de TVA à l'Etat sur une année. Puisque l'inflation a été de cinq points de pourcentage au-dessus de la moyenne, l'Etat peut faire un effort de sacrifier Rs 500 millions, un montant équivalant à 1 % du taux de la TVA.

Aussi, l'Etat a engrangé des recettes exceptionnelles sur la vente des produits pétroliers, dont la valeur d'importation a grimpé avec la forte hausse des cours du brut. Pour cette année financière, nous estimons que le supplément de TVA sur ces produits dépassera les Rs 500 millions. Mais comme les prix pétroliers sont intégrés dans le calcul du taux d'inflation, on peut raisonnablement demander à l'État de renoncer à encore 0,5 % du taux de la TVA.

En somme, nous préconisons une baisse de 1,5 point de pourcentage du taux de la TVA à 13,5 %. Une telle mesure, qui bénéficiera à tous les consommateurs, est préférable à celle d'enlever la TVA sur les produits pétroliers au profit d'une catégorie d'usagers. Cette taxe a ceci de bon qu'elle contraint les gens à économiser du carburant pour le bien-être de l'environnement.

Ensuite, il convient de diminuer le tarif douanier maximum, actuellement à 30 %. Puisqu'il a été maintenu dans le dernier budget pour accorder une année de répit à la manufacture locale, le taux doit être révisé à 20 %. Cette mesure calmera les inquiétudes des commerçants qui, après avoir intégré les gains de change dans leurs structures de prix, sont désorientés par la nouvelle dépréciation de la roupie suite à l'assouplissement du taux d'intérêt.

Arguer en faveur du consommateur ne revient pas à justifier une relance de la consommation par l'endettement, ce que fait précisément la Banque de Maurice en baissant son taux directeur par un total de 125 points de base. L'activisme monétaire de celle-ci pourrait d'ailleurs venir gêner une relance de l'économie par la fiscalité. Car, à moins qu'une inflation de 9 % soit devenue la nouvelle norme de la stabilité des prix pour les autorités, appliquer un expansionnisme fiscal et monétaire à la fois relèverait de la folie inflationniste.

Les autorités se trompent si elles croient pouvoir inciter les gens à épargner par un simple appel public dans ce sens. Aujourd'hui, l'épargne ne doit pas être vue comme étant le revenu disponible après toutes les dépenses, car les Mauriciens ne sont plus des épargnants passifs. Dans le contexte actuel de la globalisation financière, l'épargne est plutôt fonction du taux d'intérêt, qui constitue le prix intertemporel de la monnaie pour lequel on sacrifie une consommation présente à une consommation future.

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Qu'il y ait ou non une baisse soutenue de l'inflation, les membres du Comité de politique monétaire s'obstineront à maintenir le taux d'intérêt à l'épargne en dessous du taux d'inflation parce qu'ils n'ont pas de compte à rendre à la population. Le ministre des Finances, lui, doit se montrer compréhensible. Il peut bien renoncer à une centaine de millions de roupies en enlevant la taxe sur les intérêts du compte d'épargne seulement. L'impact psychologique ainsi créé amènera les gens à épargner tout en consommant.



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