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Sénégal: Manoeuvres déstabilisatrices - le Général Tagme Naway pointé du doigt


Wal Fadjri (Dakar)
 

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Wal Fadjri (Dakar)

OPINION
14 Mai 2008
Publié sur le web le 14 Mai 2008

S'il y a une alliance qui va porter un préjudice incalculable à la Guinée-Bissau, c'est bien celle actuelle entre le général Tagme Naway, chef d'Etat-major général des forces armées, et le Premier ministre Martinho Dafa Kabi. Cette alliance est d'autant plus dangereuse pour l'équilibre national du pays, qu'elle intervient sur la base d'une même appartenance ethnique. En effet, le chef d'Etat-major général des armées soutient à fond l'actuel Premier ministre du fait qu'ils sont deux Balantes, le groupe ethnique qui constitue la base électorale du Parti de la rénovation sociale (Prs) fondé par l'ancien président Kumba Yalla.

Tagme Naway oeuvre pour une victoire du Prs aux élections législatives prochaines du 14 novembre 2008. Il escompte que le Prs pourrait, ensuite, s'allier au Paigc, tout en gardant Martinho Dafa Kabi comme chef de gouvernement. C'est en vue d'une telle configuration politique que Tagme Naway exerce actuellement une pression sur les dirigeants du Paigc. Par l'intermédiaire des dirigeants avec lesquels le chef d'Etat-major général entretient de bons rapports, tout devra être fait pour convaincre les militants du Paigc, proches de Malan Bacai Sanhà, à s'allier à Martinho Dafa Kabi, et à en décider ainsi au prochain congrès du parti qui a conduit la guerre de l'indépendance.

Quasiment seigneur de guerre de la Guinée-Bissau, Tagme Naway est devenu 'l'homme fort' du pays d'Amilcar Cabral. Par ses démarches, son activisme incessant et la poursuite de ses ambitions, il s'est propulsé à cette station d'homme fort du pays. Le danger d'un tel état de fait est que, par ses actions inqualifiables, Tagme Naway est réellement en train de démolir la jeune démocratie bissau-guinéenne et de compromettre la stabilité, pour le moment précaire, d'une nation déjà affectée par la pauvreté. Une pauvreté qui s'est accrue, suite à la guerre civile de 1998. Voilà un bref aperçu du contexte national dans lequel Martinho Dafa Kabi s'agite, avec l'appui de l'armée, et plus particulièrement de Tagme Naway, pour devenir Premier ministre. Et surtout pour avoir les moyens d'obtenir la présidence du Paigc au prochain congrès et, ensuite, gagner les législatives de novembre 2008, et redevenir Premier ministre.

Pour réunir les moyens qu'il souhaite, Dafa Kabi n'hésite pas à revenir sur des contrats précédemment signés avec des entreprises. La recherche de moyens financiers pour son combat conduit l'actuel Premier ministre à faire fi des procès internationaux contre l'Etat bissau-guinéen que ses initiatives illégales vont inéluctablement entraîner. Déjà, une grande entreprise internationale se prépare à intenter ce genre de procès. L'entreprise avait gagné le marché du projet d'installation d'un réseau d'électricité rurale. Projet financé par un prêt du gouvernement indien.

Au nom de sa sainte alliance, Tagme Naway n'hésite pas à menacer de mort tous ceux qui peuvent, par leurs initiatives politiques, constituer un obstacle à une victoire politique du Prs. De par ses agissements, il s'est révélé comme un véritable obstacle au développement de la Guinée-Bissau. Parmi ces agissements, on peut retenir les suivants :

- ses initiatives personnelles contre la construction du siège de l'entreprise de téléphonie mobile 'Orange' à Bissau, sur un terrain octroyé en bonne et due forme par la mairie de la capitale ;

- ses interventions spectaculaires et très musclées par voie des armes, pour contraindre des policiers envoyés sur un terrain appartenant au 'Palace Hôtel' à ne pas respecter les décisions de justice relatives aux travaux s'effectuant sur le site concerné. Le général et, par ailleurs 'homme fort' du pays, avait donné comme prétexte que le terrain du 'Palace Hôtel' était supposé appartenir à Adulai Sow, un proche à lui. M. Sow est connu pour les ennuis qu'il aurait eus, en 2006, avec la police brésilienne à cause de fonds non déclarés pris sur lui.

Un autre aspect essentiel du contexte actuel marqué par la volonté du général Tagme Naway d'imposer ses options, est lié à la question du mandat de l'Assemblée nationale devant se terminer le 21 avril 2008. Dans un discours prononcé récemment à l'Assemblée nationale, le président de la République a tenu à rappeler le principe de la caducité du mandat en question. Il s'adressait aux députés, conformément à la Constitution. Mais, dès le lendemain, le président de l'Assemblée nationale et le Premier ministre se sont concertés. Par la suite, le premier a fait voter par une soixantaine de députés sur les cent, une résolution instituant l'auto prorogation du mandat à l'Assemblée nationale. Pourquoi le Premier ministre Dafa Kabi s'est-il impliqué dans cette initiative anti-constitutionnelle ? C'est bien, parce que qu'il sait que la légitimité de son gouvernement ne repose que sur celle des actuels députés qui le soutiennent. Et dès lors que le mandat de ces derniers s'achève, son gouvernement doit faire impérativement l'objet d'une dissolution.

C'est dans le cadre de toutes ces confusions que Martinho Dafa Kabi est en train de s'agiter pour rester à son poste, avec l'appui de Tagme Naway. Il est, également, prêt à signer des contrats de dernière minute, même au risque d'entraîner l'Etat bissau-guinéen dans des procédures judiciaires compliquées, regrettables et pouvant compromettre des projets d'importance majeure pour le pays. Parmi ceux-ci, les projets du Team 9 avec l'Inde et d'autres encore. Les procédures judiciaires attendues vont compromettre aussi les processus d'emprunts auprès de pays partenaires et d'institutions financières.

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La dernière trouvaille du général Tagme Naway est le signal fort récent émaillé de menaces envoyé au président de la République Joao Bernardo Vieira. Le signal fort a été relayé par le député du Prs, M. Biaya, par ailleurs neveu de Tagme Naway. Lors d'une conférence de presse tenue fin mars 2008, le député Biaya a demandé au premier magistrat du pays de ne pas dissoudre l'Assemblée nationale. Ce qui permet de sauver le gouvernement Dafa Kabi. Le message a été clair et vient de 'l'homme fort' de la Guinée-Bissau, Tagme Naway.

Tout le monde sait que dans ce pays pauvre, martyrisé et pris en otage par une armée commandée par des illettrés, c'est bien, par ce député interposé, que le Général Tagme Naway fait passer ses idées. Face à tout ceci, plusieurs questions s'imposent : Le président de la Guinée-Bissau est-il libre de ses mouvements actuellement ? A-t-il pris de son plein gré la décision de promulguer la loi anticonstitutionnelle adoptée par les députés bissau-guinéens pour proroger eux-mêmes leur mandat ? Le 'Seigneur de Bissau' ne serait-il pas derrière tout ceci pour appuyer Martinho Dafa Kabi à garder la primature afin d'avoir ainsi le privilège d'organiser lui-même les élections législatives du 16 novembre ?

Abdoulaye DRAME Politologue



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