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Mauritanie: Les habits «neufs» de la démocratie


 

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Agence Nouakchott d'Information (Nouakchott)

OPINION
14 Mai 2008
Publié sur le web le 14 Mai 2008

L'intéressant, pour finir, dans cette affaire de quinquennat, c'est l'accueil, plutôt froid, qu'il reçoit dans l'opinion.

Il ne présage rien de bon, ni de mauvais. Et pourtant, cette relative indifférence nous instruit sur la relation changée de notre société à la politique.

De ce quinquennat, on ne fera pas une panacée. Et son récent anniversaire est à verser d'office au passif, à l'exception, du retour des réfugiés mauritaniens au pays. Disons qu'il semble plus accordé à l'esprit du temps et à son rythme à ses exigences. Cinq ans, c'est trop long pour une monarchie républicaine qui, durant tout ce temps, n'a de compte à rendre ni au parlement, ni au peuple. Autre avantage : il n'exclut pas l'ouverture, mais en réduit la portée.

Ce quinquennat va-t-il, pour autant, changer d'un coup de cuillère à pot, l'esprit de la République ? Ce n'est pas du tout certain ! Et d'ailleurs, de quel « esprit » s'agit-il ? Le vent des cimes n'a guère soufflé en tout cas, sous les derniers quinquennats entoilés qu'ils étaient dans les arcans de la corruption Me Moctar Ould Daddah c'est bien loin !!! J'incline donc depuis quelque temps à penser que ce quinquennat n'est peut être pas, l'exception qui confirme la règle.

Pourquoi ? Tout simplement, parce que certains prédicateurs d'un statu quo caressant, vainement, les reliques du Parti - Etat. Avec eux, ce parti pourrait bien finir en comédie

C'est que l'eau, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, en si peu de temps. Et que, les demi-soldes de ce parti ne peuvent que remâcher une impossible restauration.

En politique, nous sommes soûlés d'intentions ; on peut bien, ne pas faire de fine bouche même pour un maigre bilan de quinquennat, mais on peut, tout aussi bien, rechigner à courir après un mirage.

Comme l'adulation jobarde de la démocratie fait partie des sottises du temps, on devait s'agacer de la voir invoquée pour bénir un quinquennat sous notre République. Et pourtant ! Il faut bien reconnaître que le monde où nous vivons a donné un coup de vieux à la longue et solennelle durée du quinquennat réconfortant la stature patriarcale du président en « père de la patrie ». Ce qui est bien discutable dans certains cas. Voyons pourquoi.

Le président est l'élu de tous les mauritaniens et occupe une fonction d'arbitre au-dessus de la mêlée. S'il devient le chef d'un camp porteur d'un projet inspiré par lui, sa vocation de « père de la patrie » et d'arbitre devient pure hypocrisie. Qui peut, de bonne foi, prétendre le contraire ? Quel zélote de la démocratie peut défendre, avec succès, cet anachronisme soi-disant démocratique ?

Quant à «la patrie», elle n'est plus du tout ce qu'elle était. Avec la longue période de paix dont nous avions joui, sous la première République, la patrie a égaré le pacte de sang que lui conféraient les conflits armés. Elle s'est délestée des obligations civiques du service militaire et l'école publique ne dispense pas de culte unifié de la République.

L'Etat mauritanien est, lui-même, en ce moment, en peau de chagrin : il maîtrise peu ou prou sa pleine souveraineté et, de surcroît, les privatisations virtuelles ou programmables lui enleveront l'essentiel de ses apanages bancaire et industriel. Il n'inspire, par ailleurs, que peu l'exemple de la vertu depuis que l'antique frein moral s'est relâché et que, la corruption active a pris le dessus.

Enfin, la conscience intime du sol, du pays - composante majeure du sentiment national - s'efface, noyée par les flux transnationaux de l'Union Africaine, de la mondialisation, de la communication, et bien sûr, de l'économie. Comment imaginer que, dans un séisme général, les représentations que le citoyen lambda se fait de la politique resteraient inchangées, confinées dans les institutions privées d'air et racornies ?

En fait, c'est la pratique démocratique, c'est le lien de l'électeur à l'institution qui se modifie chaque jour : la génération de l'Internet n'est plus du tout la génération de 1970.

La politique se sécularise. La citoyenneté quitte le tempe d'une patrie sacralisée et passe au supermarché où e citoyen croise le consommateur, le demandeur des droits locaux, l'assuré social, le parent d'élève La démocratie du costume s'éloigne. Et demain, de nouveaux électeurs voteront en sandales. Et après demain, par ordinateur.

Dans le contexte situationnel et politique que vit, aujourd'hui, notre pays, cette thématique inspire une seule exhortation majeure : notre pays doit, sans tarder, renouer avec l'action (avec un grand A) avant de retrouver le goût des anniversaires prématurés et vides de sens. Pour sa survie, il doit tenir compte des spécificités générationnelles, puis, créer un nouveau paysage politique qui s'y adapte pour s'atteler, mordicus, à gérer le pays en grand.

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Par M'Barek Ould Bouna Moctar, ancien Ministre, ancien Ambassadeur et 1er Chef d'Etat Major de l'Armée Nationale



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