Le Messager (Douala)

Cameroun: Halte à « l'abêtisation » de l'Epervier !

Noé NDJEBET MASSOUSSI

14 Mai 2008


Depuis son déclenchement le 22 février 2006, la campagne de lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics, baptisée «Opération Epervier », n'avait pas déchaîné autant de passions comme c'est le cas ces derniers temps. Des plaintes fusent de partout.

Tout le monde accuse tout le monde. Tout le monde défend tout le monde. Tout le monde condamne tout le monde. Chacun des 20 millions de Camerounais environ est devenu à la fois plaignant, procureur et juge. Un peu comme si, « L'opération Epervier » n'avait aucun sens, aucune consistance, aucune conscience, aucune intelligence, bref aucune âme.

Au regard de ce qui se dit, tout se passerait alors comme si le redoutable et redouté rapace qui plane dans les airs, était guidé par le sens du vent et des cris des fanatiques. Jusqu'ici, « L'opération Epervier » est diversement appréciée. Théoriquement, deux camps s'affrontent. D'un côté, il y en a qui croient à la sincérité de cette campagne et de ses meneurs. De l'autre côté, il y en a qui estiment que c'est une opération de charme pour redonner une certaine virginité à un système agonisant.

Néanmoins, quel que soit le bout par lequel on tient « L'opération Epervier », cette espèce de traque aux mauvais gestionnaires de la fortune publique a le mérite d'exister si l'on refuse de la voir sous le prisme des seuls préjugés. Au risque d'abêtir l'Epervier comme cela a cours ces temps derniers. La tentation de la tribalisation de l'opération d'assainissement des moeurs publiques est grande. De plus en plus, des groupes tribaux, formels ou informels, se font l'écho de protester contre « la volonté de certaines personnes, rivales politiques, de décapiter » des régions entières. D'autres se plaignent que certaines régions soient épargnées par « L'opération Epervier » qu'on dit à tête chercheuse.

La pratique est de plus en plus courante depuis que des personnalités de premier plan des sphères ethniques Bulu et Beti sont dans les serres de l'Epervier. Du coup on se souvient que les Bassa, les Bamileké, les Anglophones, les Nordistes ayant géré la fortune publique, manquent à l'appel. Cette technique de désinformation n'aurait d'autre visée que de distraire et de détourner « L'opération Epervier » de ses objectifs, en créant l'amalgame autour d'elle. Les chantres de l'abêtisation de l'Epervier se sont-ils déjà souciés de la géographie tribale des gouvernements, unités administratives et des entreprises juteuses relevant du porte feuille de l'Etat depuis 1982 ?

Et pourtant «L'opération Epervier » est une affaire d'intérêt général qui, si elle est bien menée, devrait remettre le Cameroun et les Camerounais sur les rails. Il n'est donc point temps de défendre à tout prix et à tous les prix la tribu. Il n'est non plus besoin de chercher noise à quiconque. Quel Camerounais ne souhaiterait connaître la vérité dans «L'affaire Albatros », l'avion présidentiel de seconde main acquis à coup de milliards et qui a failli coûter la vie à la famille présidentielle le 25 avril 2004 ?

En temps normal, tous ceux qui ont tourné autour de cette affaire brumeuse sont des suspects. Le Premier ministre actuel, Ephraïm Inoni, n'en est pas exempt. Il était secrétaire général adjoint de la présidence de la République au moment des faits. Que Ephraïm Inoni ait été « désigné à son insu » président du conseil d'administration (Pca) de Assets Portofolio Management (Apm), la filiale camerounaise de Aircarft Portfolio Management (Apm) qui était basée à Londres ou pas, son témoignage à propos de cette structure pourrait aider à avancer dans l'enquête.

Yves Michel Fotso, l'autre témoin parce que administrateur directeur général de la Cameroon Airlines (Camair) entre 2000 et 2003, a déjà été entendu deux fois. Aucune disposition légale n'empêche d'ailleurs que le Premier ministre ne réponde à la convocation de la police ou de la justice. Au cours de son entretien à la British broadcasting corporation (Bbc), Ephraïm Inoni a d'ailleurs déclaré être disposé à répondre aux sollicitations de l'enquête si cela lui était demandé. Mais pour le moment, il n'a encore été entendu ni par la police ni par la justice. Des pêcheurs en eau trouble tapis dans l'ombre empestent l'atmosphère, profitant du fait que le chef de l'Etat joue avec sa montre politique. Au moment où l'on scrute un nouveau gouvernement dans l'air, tous les coups semblent désormais permis. Et « L'opération Epervier » passe pour être le ring de prédilection.

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