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Sénégal: La difficile gestion du temps de travail


Le Soleil (Dakar)
 

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Le Soleil (Dakar)

14 Mai 2008
Publié sur le web le 14 Mai 2008

Daouda Mane

Le quanta horaire ou temps de travail est un élément fondamental du système éducatif. A cet effet, il est considéré comme un élément d'efficacité et donc de qualité de tout système. Bien que s'étant fixé un objectif de 900 heures par an, le Sénégal peine à l'atteindre.

C'est un truisme que de dire que le Sénégal a du mal à atteindre l'objectif de 900 heures qu'il s'est fixé dans le cadre du temps de travail. La moyenne du pays tourne autour de 600 à 700, même si dans certaines régions, on atteint les 800 heures. Cependant, dans de nombreuses zones comme Kédougou, elle est de 400 heures. Les raisons sont multiples et diverses.

La revue du Programme décennal de l'éducation et de la formation (Pdef), en 2006, a permis de les identifier. Il s'agit principalement des grèves cycliques et récurrentes des enseignants et enseignés avec leur lot de sit-in, marches, les congés scolaires statutaires (Noël, Pâques), les congés tolérés ou sollicités tels que le Magal, le Gamou. « Ces grèves créent un stress chez les enfants et les parents et ont des répercussions sur les résultats des enfants », précise le directeur de l'Enseignement moyen secondaire général (Demsg), Mbaye Ndeb Alexandre Diop.

Cette année, à ces fêtes se sont greffées celles offertes dans le cadre de l'Oci, de l'anniversaire de l'indépendance, de l'Uassu et des vacances volontaires lors de la Coupe d'Afrique des nations (Can). Aussi, de l'avis du président de la Coalition nationale pour l'éducation pour tous (Cnept), Silèye Gorbal Sy, le quanta horaire est difficilement atteint, puisque « 6 à 7/10 du temps sont consacrés aux grèves, sit-in et marches ».

Et d'ajouter que la particularité de cette année réside dans le fait que les grèves ont démarré dès le mois d'octobre. A ces grèves, s'ajoutent, selon le n°2 du Syndicat unique des enseignants du Sénégal (Sudes), Mohamed Coly, les fêtes anticipées et prolongées par les élèves, précisant que les syndicats n'organisent pas de grève pour donner l'occasion à des enseignants d'aller enseigner dans le privé, et reconnaissant, par ailleurs, que le phénomène est réel.

Aléas climatiques

A ces facteurs s'ajoute le problème de l'environnement physique des écoles. La revue du Pdef, en 2006, a démontré qu'il existe trop d'abris provisoires (vétusté et précarité des infrastructures). « Le seul département de Bignona en compte 546 », avait indiqué l'inspecteur d'Académie d'alors de Ziguinchor, Maurice Ndéné Warore. Mohamed Coly du Sudes insiste sur l'environnement scolaire. Il estime qu'il est difficile d'atteindre la qualité et les 900 heures lorsque les enseignants et les enseignés sont mis dans de mauvaises conditions d'études. « L'atteinte des 900 h ne peut qu'être hypothéquée dans les abris provisoires. Dans ce cas, on ne peut pas parler d'imputabilité concernant les enseignants », soutient-il, même s'il reconnaît les efforts fournis par l'Etat en matière d'éducation. Existe également l'influence des aléas climatiques. Dans la région de Tambacounda, dès que l'hivernage s'installe, souvent au mois de mai, il n'y a point d'enseignement dans les abris provisoires faits, pour la plupart, de crinting ou même de feuilles de palmier ou de typha. Le constat est identique dans la zone sahélienne (région de Louga) où le vent poussiéreux empêche le déroulement normal des cours. Dans certaines localités, la canicule retarde la reprise des cours dans l'après-midi. Par ailleurs, la qualité des infrastructures routières et l'enclavement participent à la baisse du temps de travail. Des enseignants, pour percevoir leur paie, perdent une semaine, l'Iden étant reliée au lieu d'exercice par un « horaire » (car de transport) souvent hebdomadaire. « Cela est fréquent dans l'actuelle région de Kédougou », avaient noté l'Ia de Tambacounda. Pire, fait remarquer le directeur du projet des volontaires, Abdoulaye Diatta, dans certaines zones, « des enfants sont utilisés dans les travaux champêtres dès que l'hivernage s'installe, alors que l'année scolaire n'est pas encore terminée ».

Autre lecture

Mais, pour certains enseignants, il faut une autre lecture de la question des quantum horaires. Le directeur de l'enseignement moyen secondaire général (Demsg), Mbaye Ndeb Alexandre Diop, estime que le problème se situe plus dans l'utilisation du temps de travail que dans le nombre d'heures. « Il s'agit moins du nombre d'heures que de la qualité de l'heure, c'est-à-dire comment enseigne-t-on », dit-il, soulignant qu'on peut être présent pendant 800 h et ne pas être efficace. « Il faut mettre l'accent sur l'efficacité et l'accompagnement », estime le Demsg. Un argument partagé par le directeur du projet des volontaires de l'éducation. Précisant que l'objectif est un « élément de planification », il trouve qu'il faut utiliser autrement l'heure puisque le programme est très chargé, à la limite, bourré. « Le programme scientifique sénégalais au baccalauréat est 3 fois plus difficile que celui français », explique le professeur de sciences physiques.

Solutions

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Pour inverser la tendance, des mesures hardies s'imposent de la part de l'Etat. C'est le sentiment partagé par les différents partenaires de l'école. Il s'agit, entre autres, de « dérouler une stratégie de compensation des pertes horaires liées aux aléas climatiques, notamment dans les régions à forte pluviométrie », dit M. Diatta. Mais, également, réaménager le calendrier scolaire, avoir davantage de rigueur pour mettre fin aux anticipations et prolongations des fêtes par les élèves ; anticiper, faire face et discuter avec les enseignants, pense Mohamed Coly du Sudes qui ne dédouane pas ses collègues. « Dans chaque profession, il y a des brebis galeuses. Nous savons que sur les bureaux des inspecteurs, il existe énormément de rapports liés aux manquements de la part des enseignants », souligne M. Coly, estimant cependant qu'il existe encore des « enseignants irréprochables ». Il faut, ajoute le Demsg, « revoir la planification pédagogique de l'enseignant (les compétences qu'il veut installer et mettre l'accent sur l'accompagnement) ».



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