Sénégal: La fabrication de terreau et la production biogaz seule alternative
Le Soleil (Dakar)
14 Mai 2008
Publié sur le web le 14 Mai 2008
Eugène Kaly
Avant de fermer la décharge de Mbeubeuss qui devient de plus en plus une menace pour la santé des populations, le gouvernement doit s'atteler à la mise en oeuvre des projets de fabrication de terreau et de production de biogaz, seules alternatives de l'après Mbeubeuss, pour remplacer l'activité des récupérateurs.
Bien qu'étant un problème de santé publique, la décharge de Mbeubeuss est un lieu de travail pour des centaines de soutiens de familles qui se sentent menacer par sa fermeture. C'est ce que les récupérateurs ont dit à Souleymane Diédhiou, étudiant en quatrième année à l'Institut de formation et de recherche en population développement et santé de la reproduction (Ipdsr). Il présentait les enquêtes de la recherche de son mémoire dont le thème s'intitule « Fermeture de la décharge de Mbeubeuss : quelles alternatives pour les récupérateurs ». C'était à l'occasion de la journée d'animation scientifique organisée par l'Institut. Le projet de délocalisation de la décharge mettrait en chômage, une centaine de récupérateurs qui gagnent leur vie des ordures ménagères déversées sur les lieux. Au terme de ses enquêtes, il a révélé que sur un échantillon de 80 personnes qui travaillent sur le site de Mbeubeuss, 10 sont des femmes soit 12,5% de l'effectif. Et Mbeubeuss, nous apprend-t-il, est qualifié d'aubaine par les récupérateurs. « Avec un investissement presque nul, les récupérateurs arrivent à trouver des revenus nécessaires à la satisfaction de leurs besoins » informe Souleymane Diédhiou. Avant de donner un exemple pour étayer ses allégations, il explique qu'un récupérateur-grossiste charge en moyenne deux à trois camions par semaine. Ces camions ont une capacité de chargement de deux à quatre tonnes ce qui lui fait gagner une somme importante. Au cours de l'enquête, dit-il, « nous avons appris qu'un jeune récupérateur simple gagne en cinq jours de travail au minimum 15 000 francs Cfa ». Cependant, malgré toutes ces possibilités financières offertes par le site aux acteurs de la récupération, Mbeubeuss, se désole l'étudiant chercheur, est un facteur de risques pour les récupérateurs, les populations de Malika et même celles de la capitale. Et sa fermeture limiterait les effets négatifs notamment des maladies dont la décharge serait responsable. « Notre travail s'inscrit justement dans la perspective de la fermeture définitive du site aux dépôts des ordures » a indiqué Souleymane Diédhiou, sous les regards du directeur de l'Institut, le Pr Mouhamed Guélaye Sall. Et ce dernier d'ajouter « nous avons tenté de déceler les activités qui pourraient prendre la relève et offrir la possibilité de reconversion aux récupérateurs présents sur le site ». Selon lui, deux activités s'affichent comme pouvant offrir une alternative : il s'agit de la fabrication de terreau et la production de biogaz. La première, constate-t-il, existe déjà sur le site. Cependant, elle n'est investie que par une quinzaine de personnes alors que le but cherché pour ce produit est de l'ouvrir à un large public notamment les maraîchers de la zone des Niayes. Ceci permettrait estime M Diédhiou, de relancer l'agriculture périurbaine fortement malmenée à cause l'extension urbaine. Le projet du biogaz permettrait aux récupérateurs d'exploiter du méthane à partir des échappés de gaz issu de la décharge de Mbeubeuss pour la production de l'électricité au bénéfice des localités qui se situent à Malika et environ. En conclusion, pour reprendre les termes de l'étudiant « la question de l'après Mbeubeuss passe par la production de terreau et celle de biogaz qui s'affichent comme des alternatives de choix pour les récupérateurs et leurs familles ».