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Congo-Kinshasa: Quatre priorités pour une paix durable en Ituri
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Le Potentiel (Kinshasa)
OPINION
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008
Kinshasa
Le risque d'une reprise des violences en Ituri est aujourd'hui limité du fait de la présence de la Mission des Nations unies (Monuc), du démantèlement de la plupart des groupes armés et de la lassitude de la population après des années de souffrance et de destructions. Cependant, les problèmes de fond à l'origine des violences extrêmes qu'a connues le district pendant la guerre-un accès équitable à la terre et une gestion transparente des revenus issus de l'exploitation des ressources naturelles et minières-reste entiers.
L'absence de réconciliation intercommunautaire et l'impunité pour la grande majorité de crimes commis pendant la guerre sont également extrêmement inquiétants en perspective d'élections locales en 2009. Afin d'éviter toute reprise de la violence, dont les femmes seraient les premières à souffrir, les éléments fondamentaux d'une paix durable doivent être urgemment mis en place dans le cadre d'une stratégie intégrée impliquant les institutions nationales et provinciales avec le soutien actif de la Monuc et des bailleurs de fonds du Congo.
En premier lieu, obtenir le désarmement des derniers groupes armés encore actifs en Ituri et récupérer l'armement disséminé en grand nombre au sein de différentes communautés ne pourront réussir par la force ou la simple cooptation de leurs leaders au sein des institutions nationales. Le désarmement du district doit passer par l'instauration d'un minimum de confiance entre les communautés locales et l'administration.
Des actions soutenues de sensibilisation et un investissement continu dans la reconstruction des capacités administratives civiles locales sont nécessaires également dans la perspective du passage du district au statut de province à l'horizon 2009.
Le retrait des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), toujours coupables de nombreuses violations de droits humains, des zones pacifiées et leur remplacement par la police nationale sont également des éléments clés du rétablissement de cette confiance.
DEFIS A RELEVER
Au-delà du désarmement et de la restauration de l'autorité de l'État, et face au risque de voir les futures élections locales servir de détonateurs à de nouveaux troubles, trois défis majeurs se posent et doivent être traités de façon simultanée. En premier lieu, il y a la question des conflits fonciers, qui sont à l'origine de l'explosion de violence. Ces conflits ne sont toujours pas réglés et menacent constamment de déboucher sur de nouveaux affrontements interethniques. Avec le retour chez eux des réfugiés et des déplacés et la reprise attendue de l'activité économique, la résurgence des conflits fonciers est quasi-inévitable. Des actions de prévention et une clarification de l'imbroglio juridique lié à la loi foncière et au statut des chefferies sont indispensables.
Un autre facteur de risque est l'absence de transparence et de justice dans la gestion des ressources naturelles et minières. Alors que le népotisme imprègne encore très fortement les pratiques politiques locales, le partage inégal et peu transparent des revenus tirés de l'exploitation de l'or, des douanes, ou plus encore du pétrole du lac Albert, risque de déboucher sur de nouvelles tensions. La mise en place d'un cadre de gestion transparente des ressources du district, le démantèlement des réseaux mafieux de détournement des ressources minières et forestières et la gestion prudente des attentes suscitées par la découverte du pétrole au niveau du lac Albert s'avèrent capitales.
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Enfin, la réconciliation intercommunautaire reste superficielle et la justice locale est toujours incapable de lutter de manière satisfaisante contre l'impunité.
Alors, la poursuite des enquêtes de la Cour pénale internationale (CPI) et la mise en place de chambres mixtes (nationales/internationales) et d'une Commission vérité et réconciliation apparaissent plus que jamais nécessaires si l'on souhaite que l'Ituri parvienne réellement à tourner la page de la guerre qui l'a dévasté pendant près de dix ans.
La communauté internationale s'est investie lourdement pour le désarmement des milices et a largement mené le processus politique et militaire qui a permis leur reddition progressive tout au long de la transition. Aujourd'hui, c'est le succès de la reconstruction du Congo qui se joue en Ituri. Si une approche volontariste et intégrée réunissant institutions nationales, régionales et partenaires internationaux n'est pas adoptée pour consolider la paix dans ce district trop souvent ignoré par Kinshasa, le retour du chaos signifierait à lui seul l'échec d'un processus de paix qui n'a que trop profité aux chefs de guerre et n'a pas encore véritablement bénéficié aux victimes du conflit.
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