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Congo-Kinshasa: Cinq questions à Willy Katambwe


Le Potentiel (Kinshasa)
 

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Le Potentiel (Kinshasa)

INTERVIEW
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008

F.M.K
Kinshasa

1. Qu'entendez-vous par la crise de l'intérêt général évoquée dans votre récent ouvrage?

Avant de vous répondre, il est important de savoir que les hommes ont créé l'Etat pour ne pas abandonner leur destin à d'autres hommes dont la domination était fondée sur la force et la richesse et, ils ont instauré la République pour faire prévaloir dans les meilleures conditions possibles le sens de l'intérêt général. La République respire et vit là où l'Etat existe et où la vie étatique contient une signification pratique, dans un pays où l'Etat joue au sacré «fantômas» mêlant sa réalité physique à une sorte de néant béant, la question à poser est : que faisons-nous ensemble en Congolais ? Il y a crise de l'intérêt général lorsque les citoyens ont la ferme conviction que les dirigeants politiques ont cessé de servir l'intérêt général. Qu'ils aient raison ou non, c'est ce sentiment de disqualification de la finalité de la politique qui justifie le diagnostic.

2. L'impopularité d'un gouvernement peut-elle le rendre illégitime ?

Le sens de l'intérêt général ne peut être appréhendé par rapport à l'attitude des gouvernants, c'est plutôt en fonction du sentiment qu'ont les citoyens envers ceux-ci. L'histoire nous propose de nombreux exemples des gouvernants qui crurent servir l'intérêt général alors que les peuples y voyaient la course folle et abjecte pour des intérêts privés. En effet, un roi anglais qui crut bien faire en augmentant les taxes, provoqua la guerre de l'indépendance des Etats-Unis. De même, un monarque français crut servir l'intérêt général en s'attaquant aux vils symboles, et il affronta la Révolution française. Dans notre pays, le problème se pose en de termes différents : la méthode élective pour désigner les dirigeants ne doit être un prétexte fallacieux pour évaluer les critères de légitimité politique par la simple satisfaction de cet impératif. Encore faut-il que les gouvernants se conformassent au but politique pour lequel la société s'était constituée. Tout le problème est là : on s'est fait naïvement appeler République, alors que le pouvoir politique emprunte depuis 1960 la forme oligarchique. Qu'un gouvernement soit populaire ou non, l'essentiel est que les citoyens ne doutent guère de sa vocation à servir l'intérêt général. Dans le contexte actuel, la plupart de nos concitoyens sont convaincus que les dirigeants font la promotion d'un « Etat-dépouille » voué à servir les intérêts privés. C'est pourquoi je propose dans mon livre qu'on réfléchisse sérieusement sur la possibilité d'instaurer la forme monarchique du pouvoir qui s'accommode mieux avec la dérive oligarchique qui date de 1960.

3. Les insuffisances humaines ne doivent tout de même pas être la cause majeure d'un changement de régime constitutionnel

Le mal est profond mais je ne m'intéresse pas aux hommes, et je sais que l'homme politique congolais a toujours été difficilement quelqu'un de très cultivé, c'est évidemment par rapport aux conditions dans lesquelles le pays a accédé à l'indépendance. Je m'attache à démontrer dans mon livre que toute association humaine à un but, celui-ci n'est réalisé que lorsque les dirigeants se conforment à ce que la population se représente comme le bien commun. Il n'appartient pas aux gouvernants de croire que leur représentation du bien commun est nécessairement celle de la population. Cela n'est possible que dans une monarchie où le pouvoir agit selon son bon plaisir. On ne peut pas parler de République, là où la loyauté envers un homme ou des hommes prime sur le sens du devoir vis-à-vis de la collectivité. C'est une République vidée de toute substance, c'est plus une monarchie avec des relations féodo-vassaliques qui ont transformé les anciens colonisés en de vils esclaves

4. Peut-être que c'est plus une conception du pouvoir qu'il faille moderniser

Depuis 1960, on semble avoir mal réfléchi, c'est la conception du pouvoir dans une société qui préside au choix d'une forme de gouvernement et non l'inverse. Le pouvoir au Congo se réalise dans l'informel, les décideurs ne sont ceux qui exercent le pouvoir, c'est cela la forme monarchique où la stabilité est obtenue en faisant jouer les réseaux, avec une multiplicité des pouvoirs parallèles détenus par des militants, des frères de tribus, des camarades de confrérie et des affinités lignagères. Il n'y a que dans une monarchie où l'on peut servir l'intérêt général avec de fâcheuses habitudes.

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5. Il faudrait peut-être tropicaliser le sens du pouvoir politique.

Diriger les hommes, ce n'est pas seulement distribuer des services publics, c'est donner un sens et un contenu au pouvoir politique. De nos jours, le pouvoir a cessé d'être un instrument, c'est plutôt une valeur ou l'expression d'une civilisation. Le pouvoir politique est trop nu et physique dans notre pays, il faut tenter de lui allouer une dose spirituelle pour qu'il se transforme en une énergie mystique, capable de civiliser les hommes pour un destin

Auteur de l'ouvrage « La crise de l'intérêt général ou la désaffection de la République »



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