Utilisez le menu pour découvrir d'autres articles
  


Ou Recherche Avançée pour les Abonnés Uniquement


Cliquer ici pour lire les commentaires ou réagir sur le sujet »

Burkina Faso: « Rougbêinga » de Norbert Zongo


L'Observateur Paalga (Ouagadougou)
 

Envoyer par email

Imprimer cet article

Poster un commentaire

L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

14 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008

Barry Alceny Saidou

Un bréviaire de la liberté

Ce roman de Norbert Zongo n'a pas eu la bonne fortune du « Parachutage », premier roman de l'auteur. « Parachutage » est au programme au secondaire et abondamment lu. Pourtant, « Rougbêinga » ne démérite face à ce premier roman. Parce que c'est un roman sur l'époque coloniale, on croit qu'il ne nous parle plus aujourd'hui. Erreur ! Ce roman est d'une brûlante actualité. Et d'une lecture agréable et nécessaire.

Par un hasard heureux, j'ai relu « Roubêinga » et je découvre un grand roman. Heureusement que les romans ne sont pas comme les oeufs : on peut les déguster même s'ils ne sont plus frais. Même quinze après. Et j'ai complètement changé d'opinion sur ce roman. Pas de quoi en rougir cependant, car il semble que changer d'opinion participe à l'hygiène mentale comme changer de chemise relève de l'hygiène corporelle !

J'avais lu « Roubêinga » dans les années 90, deux ans après sa parution et ce fut une lecture d'étudiant. C'est-à-dire présomptueuse, minutieuse et intolérante. Celle qui s'attache au détail au détriment de l'ensemble, à la phrase tout en oubliant le texte, pointilleuse sur la qualité du papier, attachée au prestige de la maison d'édition, en somme, une critique au marteau, qui jauge tout roman avec une grille forgée à partir des lectures parcellaire des théories de Lùkas, Goldman et Barthes...

Finalement, j'ai traversé l'Å"uvre sans en déceler la beauté. A cause de lecture d'épicier qui recense les coquilles, fait le décompte des écarts par rapport à la norme, tient un inventaire des scories, et par une méticuleuse sommation de ces prétendues défauts, en fait, un monticule qu'il met en balance avec le reste de l'oeuvre pour voir quel plateau pèse plus ; oubliant qu'un roman n'est pas une copie d'écolier et qu'il ne vaut pas par les réponses qu'il apporte à nos attentes, mais plutôt par les brèches qu'il ouvre dans nos certitudes.

Goethe disait : « Les braves gens ne savent pas ce qu'il en coûte de temps et de peine pour apprendre à lire. J'ai travaillé à cela 80 ans et je ne peux pas dire encore que j'y suis arrivé ». Longtemps j'ai mis ces propos du vieux Goethe sur le compte du délire sénile, aujourd'hui j'en mesure la profondeur et la justesse. Combien de vies il nous faudrait pour être de bons lecteurs ? Certainement plus que les sept du chat ! Avec « Rougbêinga », j'ai donc découvert que ce que je mettais sur le compte des maladresses est en réalité ce qui en fait la beauté.

Lui reprochait-on de partir dans toutes les directions, d'hésiter entre plusieurs types de romans ? En effet, ce roman tient du polar par le suspense, du roman ethnographique par sa peinture des moeurs et des coutumes du bwamu, pastoral par la place accordée à la nature, picaresque par les péripéties et les qualités des personnages, naturaliste par son ancrage historique et sa volonté de témoigner...

J'y vois maintenant de la qualité. Pourquoi se plaindre lorsqu'on vous offre plusieurs romans pour le prix d'un ? Et puis, une plume libre, comme celle de Norbert Zongo, ne peut qu'abattre les cloisons et les barreaux théoriques qui séquestrent le roman dans une prison de diktats.

Rougbêinga, c'est l'histoire de Soura Dakuyo et de Balily, un jeune Bwa et un Gourounsi qui s'évadent d'un camp de travaux forcés de Bamako et retournent sur leur terre pour organiser la lutte armée contre les colonisateurs français. Cela se passe au moment où la Métropole, engagée dans la Seconde Guerre, exige un effort surhumain de ses colonies pour soutenir son boulimique appétit de matières premières.

Et le commandant, aidé de ses officiers et de sa garde nègre, va transformer le pays bwamu et alentours en véritable Pandémonium. Ils pillent, volent, violent, massacrent les populations locales sans états d'âme. Aussi, le village de Soura - un morceau de paradis- sera détruit par le fer et le feu. Il n'en restera que cendres et charniers. Tous les villages sont vidés de leur jeunesse, qui participe à la construction des routes et du chemin de fer Bamako-Dakar.

Les impôts sont revus à la hausse et ceux qui ne peuvent s'en acquitter sont embastillés et parfois fusillés. On construit de véritables camps de concentration, qui n'ont rien à envier à ceux de Treblinka et d'Auschwitz. Tout cela se passe avec la bienveillante complicité de Naba Liguidi, roi sanguinaire, armé d'un immense gourdin et prompt à fracasser le crâne de ses sujets pour quelque verroterie offerte par le commandant.

Liens Pertinents

Le livre suit la trajectoire des évadés Soura et Balily. Ils parcourent les villages, sèment la graine de la rébellion et gagnent à leur cause de nombreux jeunes hommes lassés par les exactions de l'occupant. Ils s'organisent en petites unités mobiles, harcèlent les forces d'occupation et leur infligent des pertes, qui entament leur mythe d'invincibilité, uniquement armés de lances et de flèches.

Page 1 of 212


AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

 
Partagez cet sur:
Facebook
Digg
Del.icio.us
StumbleUpon
Muti


Faites d'allAfrica.com votre page d'accueil | Fils RSS

Début de page | Plan du Site | Qui Nous Sommes | Publicité | Recherche | Abonnement

Un commentaire? Remplissez le formulaire. Données Personnelles .

HOME
allAfrica.com


Liens Pertinents




Parution d'un nouvel ouvrage sur la vie du Dr Albert Schweitzer
Pouvoir et droit coutumiers à l'épreuve du temps (*)
Qu'est-ce que l'écriture ?
Non aux causes perdues
De mon pays de Khemaïs Khayati





Les plus actifs du jour