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Côte d'Ivoire: Lakota - Le préfet clame son innocence


 

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Fraternité Matin (Abidjan)

14 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008

Soumaïla Bakayoko
Abidjan

Depuis le 24 avril dernier, six jeunes d'Adébem et de Trikpoko, deux villages de la sous-préfecture de Sago, dans le département de Sassandra, sont détenus à la Maison d'arrêt et de correction de Lakota. Ce sont Gbagblé Timothée, Gbagblé Digbeu André, Gbalé Babo Daniel, Dago Ferdinand, Dago Laurent et Dobré Gnoukouri. Ils sont poursuivis pour infiltration et défrichement illicite dans les forêts classées d'Okromoudou et de Niouniorou.

Cette affaire fait d'autant grand bruit qu'une manifestation organisée le 5 mai devant le tribunal de Lakota, aurait conduit à l'arrestation "d'une trentaine de manifestants aux mains nues, sans aucun mandat".

Dans une lettre de protestation parvenue à notre rédaction, les Mutuelles de développement d'Adébem (Mudea) et de Godjiboué (Mudego) s'élèvent contre l'incarcération "scandaleuse" des six villageois sans "garde à vue, ni procès".

Pour ces mutuelles, le préfet de Lakota, Joseph Kpan Droh, le président du tribunal de Lakota, Da Sassan, le procureur de la République, Fallet Tchéya, et l'auditrice de justice, Madjoba Koko Hortense, sont coupables de parti pris. Elles les accusent de participer à "une politique de deux poids, deux mesures".

D'un côté, ces responsables fermeraient les yeux sur "l'occupation quasi-totale par des clandestins bénéficiant de passe-droits de la forêt classée de Niounioro et l'existence, en son sein, de gros villages comme Zimbabwe et autres". De l'autre, ils engageraient une chasse "aux populations godié de Sago, Fresco, Niabézaria et de Gbagbam qui n'ont plus d'espace vital".

Le préfet de Lakota, pour sa part, clame son innocence. "Je ne suis pas le responsable de la SODEFOR pour convoquer les occupants d'une forêt classée et je ne suis pas un officier de police judiciaire ou un commissaire de police pour mettre quelqu'un en prison", s'est-il expliqué. Sans compter que bénéficiant d'une permission du 20 au 30 avril, il n'est revenu à Lakota que le 29 du même mois.

Et de soutenir: "Ces jeunes incarcérés viennent de m'adresser un courrier en date du 7 mai pour me présenter toutes leurs excuses et dire que les informations publiées dans les journaux ne proviennent pas d'eux". C'est pourquoi, mis en cause dans cette affaire par le quotidien Notre Voie dans sa parution du 6 mai, il a décidé de saisir les tribunaux pour diffamation.

Quant à Sa Majesté Koudou Grah 1er, chef de canton Godiè et chef suprême Krou de Lakota, elle a dédouané le préfet de Lakota, jugeant les accusations infondées. Elle a, cependant, demandé la mise en liberté provisoire des 6 incarcérés. Se portant garant d'eux en tant que chef tout en laissant la justice poursuivre son cours pour la manifestation de la vérité.

Au tribunal, on déclare, sous anonymat, que depuis un certain temps, il a été décidé de punir tous ceux qui sont responsables ou complices de la déforestation des deux massifs forestiers que sont ceux d'Okromodou (98 mille ha) et de Niourounou (19 mille ha).

Il y a, en effet, urgence. Des agents de la SODEFOR, selon notre interlocuteur louent des parcelles dans la forêt classée à des gens, contre espèces sonnantes et trébuchantes après chaque campagne de café et de cacao. Certains agents de cette société d'Etat sont même poursuivis par le tribunal surtout qu'ils ont instauré, avec des allogènes burkinabè ou maliens, le métayage dans ces forêts.

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C'est prenant prétexte de ces agissements que des villageois ont, à leur tour, pénétré dans les forêts classées pour s'attribuer les portions restantes, vendant l'hectare à 15.000 FCFA ou mettant en location des parcelles.

Cette occupation de force des terres a conduit à l'arrestation des six ressortissants d'Adébem et de Trikpoko. Selon notre source proche du tribunal de Lakota, les mis en cause "ont avoué les faits". "Ils seront jugés selon la loi", soutient-elle.

Avant de conclure: "Tout ce qu'ils disent, c'est du dénigrement et du mensonge. Car, ce n'est pas la première fois que l'on juge et condamne des personnes sans distinction d'ethnie, de religion, de pays, de parti politique à Lakota pour défrichement dans la forêt classée".



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