Wal Fadjri (Dakar)

Afrique de l'Est: Des rendements 12 fois plus faibles que la moyenne mondiale

Khady Bakhoum

15 Mai 2008


Le Sénégal cherche une autosuffisance alimentaire dans une période caractérisée par la rareté des denrées de consommation dans le monde. Alors que la production agricole nationale est bien en deçà de la moyenne, les politiques devraient s'engager à relever les rendements annuels pour parer à tout risque de crise alimentaire.

L'Afrique de l'Ouest est la zone la plus mal préparée aux changements climatiques et à la crise alimentaire. Ce constat est celui d'experts qui ont pris part, hier, à la journée thématique sur la crise alimentaire organisée par le Groupe sur les politiques alimentaires et la Plate-forme des organisations non-gouvernementales (Ong) européennes.

La baisse de la production des céréales comme le mil, l'arachide, le sorgho a commencé depuis plusieurs décennies. Plus la consommation du riz a pris des proportions importantes dans l'alimentation des Sénégalais, moins le paysan produit des céréales locales. Ou alors, il cultive le mil pour le vendre et acheter du riz. Cette dépendance est une situation qui ne va pas s'améliorer dans le court terme avec une demande toujours croissante alors que l'offre est stagnante, alors que les principaux importateurs de riz comme la Chine et le Vietnam songent plus à offrir leurs céréales à leurs marchés locaux.

Amadou Dione, zootechnicien, estime que le Sénégal, avant de parler de souveraineté alimentaire, devrait songer à relever sa production agricole. 'Notre niveau de productivité est 12 fois inférieur à la moyenne mondiale. C'est principalement un problème de productivité qu'il faut régler pour atteindre l'autosuffisance alimentaire', estime-t-il.

De même, 'il faut que le capital se combine avec la technologie et la main-d'oeuvre locale' et c'est ce qui manque à notre agriculture, déplore M. Dione. Par ailleurs, la corruption semble, aux yeux du zootechnicien, le mal qui gangrène tout le système économique. Car, le pays y 'perd entre 100 et 200 milliards de nos francs', alors qu'il en faut beaucoup moins pour redresser l'agriculture.

Quatre cent cinquante mille exploitations familiales ont été recensées au Sénégal. Le secrétaire général de la Fédération des Ong du Sénégal (Fongs), Nadjirou Sall, dans sa présentation, soutient que 'l'agriculture n'est pas partout sinistrée'. La typologie des économies et sociétés rurales sénégalaises permet de démontrer que dans certaines parties du pays, les activités traditionnelles de base dans l'économie sénégalaise permettent encore de nourrir le paysan.

Dans d'autres, le paysan ne peut plus vivre d'agriculture et est entré dans un nouveau type d'économie basé sur d'autres ressources. Le troisième cas de figure est que dans la plus grande partie du pays, on a 'une situation intermédiaire aux issues incertaines', puisque les activités économiques paysannes peuvent aussi bien retrouver un équilibre autour de l'agriculture, ou basculer vers une économie non agricole.

L'ingénieur agronome Abdourahmane Faye informe qu'au Sénégal, la consommation en riz a doublé entre 1995 et 2005, passant de 400 mille à 800 mille tonnes et la production nationale n'a connu qu'une hausse de 5 à 10 % sur la même période. En terme financier, le coût des exportations a atteint 150 milliards. De l'avis de l'expert, 'si tout ce riz était produit ici, le taux d'émergence (du secteur de l'agriculture) ne serait pas de 5,5 %, mais de 8 % et le déficit commercial réduit de 16 %'. Ce qui fait également dire à l'ingénieur agronome, dans son exposé, que le riz est un 'fardeau' pour l'économie sénégalaise même sa production locale créerait 200 mille emplois directs en zones irriguées.

Estimant que l'agriculture sénégalaise est dans une impasse, M. Faye propose un soutien accru de l'Etat à la production locale, la transformation et la valorisation des céréales pour la consommation urbaine et le financement de la modernisation des exploitations familiales. Le secteur agricole contribue très faiblement aux exportations sénégalaises et il ne représente que 15 % du produit intérieur brut (Pib), alors que, pour être compétitif, l'agriculture doit contribuer à hauteur de 30 % du Pib.

Sur la journée thématique, les participants au séminaire ont tenu à préciser le cadre dans lequel s'inscrit la rencontre, en expliquant que 'ce n'est pas par effet de mode, mais c'est l'aboutissement d'un long processus'. Des travaux d'investigation ont été lancés sur les flux d'importations de certains produits alimentaires.

Ensuite, les premiers résultats bruts obtenus ont fait l'objet d'études approfondies en 2006. Et les problématiques révélées par l'étude ont constitué des enjeux importants pour justifier un partage le plus large possible, et une inscription de ces échanges dans un processus réflexif devant aboutir à réinterroger les politiques alimentaires et agricoles.

C'est ainsi que le Groupe sur les politiques alimentaires et la Plate-forme des Ong européennes ont décidé de se réunir et d'échanger sur la question vivrière.

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