Sénégal: La pathologie de la bougeotte ou la stratégie du tourbillon
Wal Fadjri (Dakar)
OPINION
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008
Le président de la République est en mouvement et comme un véloce ailier, il dribble, borde, déborde, submerge l'opposition et la société civile. Deux adresses à la nation sur la crise alimentaire et les mesures d'accompagnement de la flambée des prix. Une sortie au vitriol contre des leaders d'opposition. Une orgie médiatique pour annoncer la Grande offensive pour la nourriture et l'abondance (Goana). La dissolution du conseil régional de Dakar et du conseil municipal de Bambey. C'est le tollé. La ruée vers les brancards médiatiques. La grogne.
C'est le week-end, mais Wade ne se repose pas. La preuve, il continue et enchaîne la semaine avec fracas. Insatisfait, il fait une incursion dans le journal en français de la télévision nationale, et en wolof s'il vous plaît ! Une attaque en règle contre la Fao et son patron, notre compatriote Jacques Diouf. Des actes de dissolution de dix autres collectivités locales réputées être, pour l'essentiel, entre les mains de l'opposition. Et point de trêve ! Un projet de loi constitutionnel touchant une disposition sensible, relative à la durée et à la limitation du mandat vient couronner le tout. Non, il va continuer. Il est le maelström médiatique que rien n'arrête aujourd'hui. Il est le rédacteur en chef, le reporter, le présentateur, le monteur, le public, le critique médias.
Mais, qu'est-ce qui fait réellement courir Abdoulaye Wade ? Ce n'est pas l'illustration débordante d'une incontinence verbale, encore moins le goût effréné de faire bouger les choses dans le bon sens. Nicolas Sarkozy répondait, avec un brin d'humour, à ses détracteurs, sur la profusion de réformes qu'il imposait aux Français : 'S'arrêter, c'est prendre le risque de fixer sur soi toutes les hostilités'. Wade est un adepte de la stratégie politique de Sarkozy. Il est conscient que gambader d'un sujet à l'autre, c'est surprendre, déborder, fasciner et empêcher les adversaires de vous ajuster.
Cette offensive ininterrompue désoriente et empêche aux adversaires, c'est vrai, d'ajuster leur tir. Chaque sujet (Goana, dissolution des collectivités locales, projet de loi constitutionnel ) méritait que l'on s'y attarde, invitait à une gestion du flux communicationnel, une évaluation et gestion du feedback. Mais les sujets qui fâchent : la faim (ou la famine) et la gestion des fonds de l'Agence nationale pour l'Organisation de la conférence islamique (Anoci) sont certainement à l'origine de cette pathologie subite de la bougeotte. C'est la stratégie du tourbillon, de la tornade. Belle stratégie de dérobade et de diversion ! Un jour certainement, il s'essoufflera, s'arrêtera et se rendra compte que la détresse d'un peuple n'est pas un jeu. Un jeu d'un enfant qui barbote et qui touille, prétendant préparer une soupe de cordon bleu alors qu'il fait un brouet infâme d'eau, d'herbe et de boue.
Ousmane THIONGANE Juriste Expert en communication ousthiongane@yahoo.fr