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Sénégal: Aïssata Tall Sall, porte-parole du Ps - 'Notre démocratie est menacée par une dynastie rampante'
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Wal Fadjri (Dakar)
INTERVIEW
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008
Moustapha Barry
On avait connu l'expression 'coup d'Etat rampant'. Voilà une nouvelle : 'dynastique rampante', oeuvre du porte-parole du Parti socialiste. En marge de sa conférence publique tenue dimanche à Paris sur la situation politique nationale, Me Aïssata Tall Sall n'est pas allée de mains mortes pour fustiger la politique. Et le mode de succession que l'on prête au président Wade n'a pas été épargné. Pour elle, 'notre démocratie est menacée par une dynastie rampante'. Dans l'entretien, elle s'est aussi exprimée sur le débat sur la modification de l'article 27 pour dire que si le pouvoir persiste dans cette volonté, il trouvera l'opposition sur sa route.
Vous avez organisé, dimanche dernier, une conférence publique au siège du Parti socialiste français. Entre autres thèmes, vous avez traité la question de la succession du président de la république. A ce propos, vous vous en êtes prise à Karim. Pourquoi ?
Aïssata Tall Sall : Non, non, je ne m'en suis prise à M. Karim Wade. Loin de là. Ce n'était pas cela l'objectif. Il faut savoir les raisons de cette conférence publique. Ce sont mes camarades de Paris qui ont voulu profiter de mon passage à Paris pour manifester à leur façon, et surtout s'associer et se solidariser avec le plan d'action initié par l'opposition sénégalaise pour contrecarrer tous les abus de pouvoir.
C'est dans ce sens que j'ai donné cette conférence publique. Et à l'occasion de cette conférence, il m'a été posé la question de savoir si le fils du président de la République, quel qu'il puisse être, M. Karim Wade ou un autre - je tiens à le préciser - peut remplacer son père. Sur cette question, j'avais une certaine position qui, aujourd'hui, a évolué. Ma position était que n'importe quel Sénégalais pouvait aspirer à des responsabilités nationales, fussent-elles celles du président de la République. Mais chemin faisant, nous nous sommes rendu compte que notre démocratie est menacée.
Elle est menacée par une dynastie rampante et il faudrait tout faire pour sauvegarder l'éthique démocratique de notre pays. Et l'éthique démocratique de notre pays ne recommande pas qu'un fils puisse succéder à son père, surtout quand on fait tout pour préparer le fils et mettre son pied à l'étrier. C'est la raison pour laquelle, invoquant une initiative parlementaire qui a été prise par un certain nombre de députés non inscrits tendant à mettre des garde-fous, j'ai appelé à ce que cette initiative se transforme en une initiative populaire et citoyenne.
Voilà le sens de mes propos. Je ne m'en suis prise à personne, mais je voulais expliquer qu'en démocratie, n'importe quel citoyen, y compris le fils du chef de l'Etat, peut aspirer à être président de la République. Sur le principe, la réponse est oui. Mais est-ce qu'en démocratie, on peut accepter qu'un fils succède à son père ? De mon point de vue, c'est non. Et il faut mettre les garanties constitutionnelles pour empêcher cela.
Ne faut-il pas voir à travers Karim Wade, non pas le fils du président Wade, mais un citoyen qui peut être candidat à la présidence de la République ?
Tous les Sénégalais peuvent être candidats, mais cette candidature n'a de sens que s'ils sont mis dans les mêmes conditions de pouvoir postuler, compétir, et qu'on leur donne au départ la même égalité de chance. Mais, voyant ce qui se passe dans nombre de pays africains où les constitutions sont manipulées chaque jour davantage, où tous les jours ces constitutions qui sont les lois fondamentales qui garantissent la liberté des citoyens sont taillées à la mesure des dirigeants, nous disons qu'il faut faire attention.
Non pas pour écarter un candidat ou pour empêcher un citoyen d'être président, mais pour ériger des garde-fous. Pourquoi ne pas le faire alors que la Constitution empêche un citoyen de moins de 35 ans de se présenter. C'est un garde-fou qui est mis pour que le pouvoir ne tombe pas entre les mains des jeunes. Le même principe, mutatis mutandis, peut valoir pour qu'on puisse empêcher une succession dynastique à la tête de notre république et de notre démocratie. Voilà pourquoi j'ai étudié avec beaucoup d'intérêt cette initiative parlementaire. Et j'ai demandé que cette initiative soit une initiative du peuple sénégalais.
Cette initiative parlementaire ne remet-elle pas en cause les droits d'un citoyen ?
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Absolument pas ! C'est vrai que le propre de la loi, c'est d'être général et impersonnel. Si cette loi ne visait que ce cas particulier, on dit oui. Mais pour moi, c'est une loi qui doit demeurer en permanence ; en tout cas, tant qu'il y a une menace de démocratie dynastique chez nous. Que cela soit le fils du président Wade ou d'un autre président, je considère que c'est une disposition à avoir dans notre architecture institutionnelle et constitutionnelle.
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