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Sénégal: Produire ou périr
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Wal Fadjri (Dakar)
BILLET
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008
Maintenant que les rancoeurs commencent à s'estomper, maintenant que les polémiques subjectives et/ou émotives entre amateurs de la hideuse politique politicienne ont laissé la place à un débat serein et responsable, le citoyen que je suis, peut se prononcer sur la Grande offensive agricole pour la nourriture et l'abondance lancée par le chef de l'Etat. Dire que tous les pays (riches, peu riches, pauvres et très pauvres) sont confrontés à une profonde crise alimentaire relève de la tautologie. Céréales (surtout le riz), produits laitiers et huiles végétales sont devenus des denrées rares sur le marché mondial. Et comme le dit l'adage, 'tout ce qui est rare est cher'.
Toutes conditions étant égales par ailleurs, cette situation va encore se prolonger pendant longtemps. En effet, avec les changements climatiques sur lesquels la communauté internationale semble impuissante, les grands pays asiatiques producteurs de riz (Chine, Inde, Thaïlande, Viet Nam, Birmanie) continuent à perdre d'importantes surfaces rizicultivables, conséquences d'inondations destructrices d'une part et, d'autre part, de la compétition entre l'agriculture et le couple infernal urbanisme/industrialisation.
En 15 ans seulement, la Chine a perdu 4 millions d'hectares de terres naguère rizicultivables. Ce qui a fait passer sa production de 192 millions de tonnes en 1990 à 182 millions de tonnes en 2005. Hier autosuffisante, elle est devenue aujourd'hui importatrice de riz pour compléter la nourriture de son milliard et demi de personnes. Donc, elle se présente sur le même marché du riz que le lointain petit Sénégal qui compte à peine 12 millions d'habitants. Or, dans ce marché, les avantages compétitifs ont, depuis l'avènement de la mondialisation, supplanté les avantages comparatifs pour reprendre la belle formule de Lionel Stoléru.
D'après les experts, seul 7 % de la production mondiale de riz était échangé sur le marché, les 93 % restants étant auto-consommés par les pays producteurs. Avec la course effrénée dans la production de biocarburants, ces 7 % continueront inexorablement à baisser. Dr Jacques Faye a déjà, avec pertinence, compétence et humour, attiré l'attention sur la très prochaine farouche compétition entre le magasin d'alimentation en céréales et la pompe à essence.
Devant cette situation se pose la lancinante question de Vladimir Lénine à savoir 'Que faire ?'. Devons-nous, pouvons-nous attendre l'irréparable ? Le pays étant attaqué par un ennemi extérieur fortement armé (le marché mondial), le président Wade, chef suprême des armées, a lancé la Grande offensive agricole pour la nourriture et l'abondance. Pour certains, ses grandes ambitions (3 millions de tonnes de manioc, 2 millions de tonnes de maïs, 500 mille tonnes de riz, 2 millions de tonnes pour les autres céréales) relèvent du rêve ; pour d'autres, non. Paradoxalement, les deux camps disent tous la même chose.
Toutes les grandes réalisations que connaît le monde, sont parties de rêves souvent plus fous les uns que les autres. Lorsque, pour ne pas se laisser distancer par l'ex-Urss, le défunt président John Kennedy avait lancé le grand programme de conquête spatiale, peu de ses compatriotes l'avaient pris au sérieux. Pourtant, au moment où ces derniers se recueillaient dans les églises et les temples pour commémorer le 4e anniversaire de son assassinat intervenu en 1962, le cosmonaute John Eldrin et ses compagnons de la mission Appolo hissaient le drapeau américain sur la lune.
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Le rêve fou d'un président ambitieux pour son pays venait de reléguer au loin Youri Gargarine et l'expérience de Laïka, la chienne russe à bord de Spoutnick. Plus près de nous, lorsque le président Wade avait lancé en 2004 les grands travaux infrastructurels, plusieurs de nos compatriotes avaient des doutes. En moins de trois ans, ce rêve fou d'un autre président ambitieux pour son pays s'est réalisé : Dakar est devenu comme Paris. C'était là aussi le rêve du premier président sénégalais.
La Goana (autre rêve fou) peut et doit réussir. De toutes façons, entre produire ou périr, nous n'avons qu'un choix. Certes, c'est une question de sécuritaire alimentaire, mais c'est aussi une question de dignité et de fierté nationales. Alors, arrêtons les palabres inutiles et, tous, ceignons-nous les reins pour 'creuser, fouiller et bêcher'.
Alassane Oumar BA Villa 091, Cité Lobatt Fall
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