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Tunisie: Sida : Accepter l'autre, c'est déjà le début
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La Presse (Tunis)
ANALYSE
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008
Fadhila Bergaoui
Combien sont-ils ? Comment ont-ils attrapé la maladie ? Où sont-ils et à quoi ressemblent-ils ? Des questions que l'humanité s'était toujours posée sur ses malades et qu'elle continuera à poser peut-être indéfiniment avec le même sentiment empreint d'intolérance, la même conviction que cela n'arrive qu'aux autres, la même peur aussi. Hier, c'était la lèpre, aujourd'hui le cancer et le sida.
Le sida, surtout avec son cortège de deuil spectaculaire, les millions d'orphelins dans le monde, les pays dévastés d'Afrique. Le sida, oui, est glaçant d'effroi. Ce n'est pourtant pas une raison de ne pas en parler, et ce n'est pas en l'occultant qu'on arrivera à le supprimer. L'histoire a, en effet, prouvé que dans le passé et à chaque fois que l'homme a eu raison d'un mal ou d'une maladie quelconque, ce fut toujours après en avoir pris connaissance et dans le moindre détail.
Le sida existe chez nous. C'est terrible, mais nous faisons partie d'une planète où tout se propage à une vitesse vertigineuse, le bien comme le mal, et le mal surtout. Il était presque naturel que le sida frappe quelques-uns d'entre nous.
Il continuera certainement à frapper tant que le vaccin n'est pas trouvé. Le nombre de personnes atteintes reste relativement faible compte tenu même de ceux qui ne se déclarent pas ou sont dans l'ignorance de leur maladie. Cela ne nous empêche pas de mettre le branle-bas pour combattre le sida, de multiplier les obstacles pour en freiner la progression, et le cas échéant, quand il y a des malades, de leur venir en aide, en leur permettant de vivre normalement. Car, et les témoignages que nous avons recueillis le prouvent bien, les malades souffrent encore et terriblement d'exclusion, de mal-d'être et du regard accusateur de l'autre.
Sur le plan médical, pourtant, le traitement ne cesse de s'améliorer. on est loin de la monothérapie complexe, compliquée et astreignante.
La trithérapie, qui l'a suivie, place le malade à un stade supérieur de l'aisance. Il est plus libre de ses mouvements, peut vaquer à ses besoins sans grande contrainte. Mais le meilleur traitement est la multithérapie. Introduite récemment, cette dernière permet de réduire et de maintenir la charge virale à zéro. Cela veut dire que le malade peut vivre normalement, c'est-à-dire se marier, avoir des enfants, travailler sans risque majeur.
A condition de se faire contrôler d'une manière périodique, c'est une personne ordinaire.
Sur un autre plan, la Tunisie est en train de s'engager dans un programme d'extrême importance. Soutenu par le fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, le programme «appui au partenariat et au renforcement de la riposte contre la menace d'extension du VIH/sida en Tunisie» est mené sur tous les fronts par son bénéficiaire principal, l'Office national de la famille et de la population. Grâce à une panoplie d'ateliers, de sessions de formation et de sensibilisation, le programme est à même d'impliquer toutes les catégories sociales intervenantes.
Du biologiste à la sage femme, du médecin traitant aux personnes vulnérables, en passant par l'homme de média, le technicien de laboratoire, la recrue militaire, l'étudiant ou l'élève, le programme s'étend à tout le monde. Dans cette déclaration de guerre au sida, des associations en nombre important sont appelées à la rescousse.
Leur contribution est d'autant plus efficace qu'elles sont les plus habilitées, les mieux placées aussi, pour approcher toutes sortes de personnes. Elles ne seront pas seules à être associées au programme et trois ateliers de formation ont été programmés dans trois gouvernorats dans un but précis : impliquer les religieux dans la lutte contre la pandémie. Quoi de mieux, en effet, que la religion pour observer un certain comportement d'abstinence et de retenue?
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C'est ainsi que des imams et des prédicateurs, dont des femmes, appelleront les jeunes, notamment dans les lieux de culte, à prendre garde au sida.
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