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Sénégal: La population reste sceptique au plan agricole du gouvernement


Inter Press Service (Johannesburg)
 

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Inter Press Service (Johannesburg)

15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008

Koffigan E. Adigbli
Dakar

La crise alimentaire, qui frappe actuellement le Sénégal et d'autres pays africains, n'est pas la première du genre, et les différents gouvernements sénégalais ont toujours proposé sans succès, depuis l'indépendance en 1960, une politique agricole pour que ce pays d'Afrique de l'ouest atteigne une autosuffisance alimentaire.

La Grande offensive agricole pour la nourriture et l'abondance (GOANA), qui a été lancée le mois dernier par le président sénégalais Abdoulaye Wade, s'inscrit dans cette vision. La GOANA, affirme Wade, est un plan d'autosuffisance alimentaire susceptible d'améliorer les conditions de vie des Sénégalais. Mais, la plupart n'y croient pas, et les experts en agriculture sont sceptiques.

Déjà, le premier Plan de développement économique et social du gouvernement sénégalais dans les années 1960, visait cet objectif. Par la suite, le président Léopold Sédar Senghor a initié la création de l'Organisation des Etats riverains de fleuve Sénégal avant d'élaborer un Plan d'investissement alimentaire en 1977. Son successeur, le président Abdou Diouf, a lancé en 1984, la Nouvelle politique agricole, qui a été associée au Plan céréalier de 1985. Ainsi, l'objectif de l'autosuffisance alimentaire a toujours été au coeur des débats sur la politique agricole au Sénégal. Mais les observateurs s'accordent pour dire que toutes ces politiques agricoles ont pratiquement échoué.

Néanmoins, le ministre de l'Agriculture, Amath Sall, a déclaré récemment aux journalistes, à Dakar, la capitale sénégalaise, que le nouveau plan GOANA pourrait atteindre l'autosuffisance alimentaire dès cet hivernage, car, dit-il, "le Sénégal peut produire trois millions de tonnes de manioc, deux millions de tonnes de maïs, 500.000 tonnes de riz et deux millions de litres de lait".

Selon Sall, la GOANA a besoin de 344,7 milliards de francs CFA (environ 820 millions de dollars) sur six ans pour sa réalisation, dont 197 milliards FCFA (469 millions de dollars) pour l'achat d'engrais, 52 milliards FCFA (123 millions de dollars) pour les semences, 85 milliards FCFA (202 millions de dollars) pour les aménagements hydro-agricoles et les travaux d'encadrement, et 13,2 milliards FCFA (31 millions de dollars) pour les produits phytosanitaires. Le plan prévoit l'irrigation des terres du bassin arachidier (centre-ouest) et l'exploitation des bassins fluviaux.

Mais Cheikh Seck, le président des producteurs de céréales au Sénégal, a expliqué à IPS que la volonté du chef de l'Etat d'atteindre une production de deux millions de tonnes de maïs pour la campagne agricole 2008 risque d'être difficile.

"Jusqu'à présent, ni les semences, ni les intrants agricoles ne sont encore distribués dans le monde rural; à cela, s'ajoute la non-tenue du conseil ministériel qui devrait définir les grandes orientations agricoles", souligne Seck qui se dit plutôt réservé par rapport au plan GOANA. "La récolte du manioc, dans le bassin arachidier, prend au moins 10 mois...", ajoute-t-il.

El Hadj Diak, un ingénieur agronome basé à Dakar, estime que les problèmes auxquels est confronté le Sénégal sont d'ordre essentiellement structurel. "La problématique du secteur agricole et alimentaire est complexe et se présente sous plusieurs aspects : institutionnel, structurel et fonctionnel", dit-il à IPS.

Pour Diak, l'agriculture au Sénégal a amorcé une tendance de déclin depuis le milieu des années 1980, qui s'est estompée durant la brève période 1999-2002, pour reprendre en 2003, faute d'une bonne politique agricole. Il reconnaît toutefois que les sols cultivables du Sénégal sont surexploités. Selon lui, la GOANA est une bonne initiative, mais il ne croit pas à sa réussite, car, dit-il, "tout le monde n'est pas associé à la GOANA, et c'est grave". Il fait allusion en particulier aux experts en agriculture et aux agriculteurs.

Des partis politiques ont eu une réaction très critique au projet. Le secrétaire général du Parti socialiste (PS - opposition), Ousmane Tanor Dieng, a déclaré, la semaine dernière à Dakar : "La GOANA est une chimère, cela montre l'échec du travail du gouvernement Wade au niveau de l'agriculture". Il affirme qu'en 2000, le gouvernement du PS avait laissé plus de 300.000 tonnes de riz avant de quitter le pouvoir après avoir perdu les élections.

Tanor Dieng estime qu'il faut d'abord réaliser l'autosuffisance avant de parler de l'abondance. Il reconnaît cependant que le plan en soi n'est pas mauvais, mais que c'est impossible de le réaliser. "Un plan suppose une concertation avec les acteurs, les membres de l'agriculture, les experts, mais personne de ces membres là n'est associé. C'est impossible", a-t-il expliqué. "Pour le maïs, Wade parle de deux millions de tonnes alors qu'on est autour de 2.000 tonnes; c'est irréalisable en un an, le plan GOANA, c'est du pilotage à vue".

Selon Tanor Dieng, il faut plutôt prendre des mesures d'urgence. Par exemple, il a suggéré la suppression de la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) sur les denrées de première nécessité, indiquant que le prix du riz est plus cher dans les régions qu'à Dakar. "Le gouvernement doit trouver un moyen financier pour soutenir le prix des denrées dans les quatre mois à venir et réduire aussi son train de vie dispendieux", souligne-t-il.

Le gouvernement sénégalais a pris mardi la décision de supprimer les taxes sur les denrées de première nécessité.

Les propos des citoyens ordinaires recueillis par IPS sont presque unanimes : la plupart ne croient pas à la réussite du plan GOANA.

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Khadim Faye, étudiant en quatrième année d'agronomie à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, s'étonne que "le Sénégal soit traversé par des fleuves comme le fleuve Sénégal et le fleuve Gambie et qu'on ne puisse pas profiter des rives de ces fleuves". Il estime toutefois que le problème agricole n'est pas un échec pour le gouvernement seul. "Il faut que tout le monde s'active pour que les choses se normalisent".



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