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Afrique: Des damnés de la Terre aux Déchets de la Mondialisation


Le Messager (Douala)
 

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Le Messager (Douala)

éDITORIAL
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008

Shanda Tonme

Si les maîtres de l'Occident n'avaient nullement été troublés par la mort d'un éminent écrivain et digne fils de l'Afrique de la hauteur de Mongo Béti, celle d'Aimé Césaire, apôtre de la Négritude et représentant charismatique d'une école très ancienne et non moins actuelle de la protestation des opprimés aura secoué tous les salons de la mafia technocratique et mis en mouvement les cloches de la francafrique.

Ces éloges entendus à Paris d'une classe politique en rangs dispersés, traduisait certes la compassion émouvante de gens bien élevés, mais il faut aussi et pourquoi pas, croire qu'il est toujours plus soulageant de prendre part aux obsèques d'un emmerdeur que les rapports des forces ont contraint au silence et à une collaboration obligée.

Nous ne voulons pas revenir sur la mort de Césaire, même pas sur celle de Mongo Béti, et encore moins sur celle d'un autre que l'on appela Senghor. Ce n'est donc pas une affaire d'écrivains, et encore moins le besoin de refoulement d'une nostalgie mal vécue. Ce qui est grave dans notre vécu de ce jour et qui fonde ce mouvement de réflexion, c'est le profond trouble que notre sort nous inspire.

Césaire comme Mongo Béti ont traité en fait une et même réalité de la misère de la race, l'un pour ironiser sur la prétendue puissance des maîtres et leur discours sur la prétendue arriération des peuples nègres, l'autre sur les moeurs honteuse, la cupidité, les crimes, et la tricherie permanente d'une bande d'affairistes sans foi ni loi qui est responsable des souffrances éternelles de l'Afrique.

Puisque nous ne sommes ni littéraire au sens académique du terme, ni pasteur humaniste destiné à endormir des sujets dociles avec des prêches prétentieusement apaisants, nous avons pour seule ambition de ramener à la réalité de notre quotidien, toute la dimension géostratégique de la problématique qui a été au centre de toutes les démarches des deux grands fils noirs.

Que personne ne nous accuse de recommencer avec le procès des races et la confrontation des cultures, pas même la guerre entre les religions. Que personne ne s'inquiète pour nos verbes durs et nos adjectifs trop violents. Nous sommes simplement et légitimement plongés dans le deuil permanent, celui qui marque explicitement ou implicitement, l'existence de gens désorientés, foutus, contrariés, perdus dans les mille désastres provoqués par des rois fous. C'est écoutant les dernières nouvelles sur le Zimbabwe, le Tchad, le Soudan, le Cameroun et la Somalie, que nous nous interrogeons maintenant sur notre place dans le monde. C'est en longeant les couloirs du métro parisien, londonien, berlinois et moscovite, que nous commençons seulement à comprendre ce que cet autre frère qualifia de « damnés de la terre ».

Mais qui sommes nous depuis que Césaire, retournant au pays natal, découvrit cette misère atroce et infâmante ? Qui sommes nous vraiment, depuis que Mongo Béti rentrant au Cameroun, se fit bastonner sur le trottoir, par des hordes d'individus nourris pour maintenir l'ordre du prince ? Qui sommes nous en définitive, dans les dédales d'un monde que l'on a décrété globalisé, et dont les meilleures prouesses sont de plus en plus les cris de la famine et le désespoir des singes privés de démocratie ?

La nouvelle configuration du monde nous interpelle à plus d'un titre, d'abord parce que l'Afrique en tant que continent ne représente pas ou plus véritablement une force géostratégique, ensuite parce qu'une analyse conséquente de l'évolution individuelle des Africains conduit à la désolation quand leur capacité à s'imposer dans différents domaines de la science et de la technologie. Il faut entendre ici une capacité transposable dans leur contexte originel aux fins de transformation du milieu pour son avancement.

La pléthore des ingénieurs, docteurs, grands cadres et scientifiques africains de tous les acabits qui peuplent les lieux de petits boulots en Occident et en Amérique, traduit notre échec retentissant et confirme notre condamnation au rôle de balayeur des rues et de porte sac. Non pas que balayer la rue ne fut pas un métier respectable, loin s'en faut, mais plutôt que balayer les rues avec un diplôme qui prédestine à autre chose n'est que source d'indignité, de marginalisation et d'exclusion. Monsieur Sarkozy continue de nous hanter l'esprit avec son discours de Dakar, en dépit de la bravoure insignifiante de quelques nègres qui ont trouvé à le gratifier de tout un livre en guise de réponse. Rien n'arrêtera ceux qui, comme lui, nous observent et tirent ces conclusions, et qui de leur salon, dégustent du thé en écoutant la radio annoncer les ravages d'un dictateur au Zimbabwe, les turpitudes de Thabo Mbéki, les procès des milliardaires au Cameroun, et les plaintes des familles des disparus du beach au Congo de Sassou Nguesso.

La projection institutionnelle est autrement plus troublante, compromettante, vexante, choquante, bouleversante. Nous l'avions signalé dès ses débuts, à savoir que ce truc d'Union Africaine, n'était qu'un syndicat d'hommes d'affaires responsables ou complices de tous les crimes et de toutes les misères du continent. Du Zimbabwe au Cameroun en passant par Kampala et Lagos, les prédateurs qui sont au pouvoir sont conformes à l'idée centrale de cette organisation dont la qualité de membre ne recouvre aucune conditionnalité qualificative.

Il faut aller voir la diaspora noire dans sa merde à l'étranger et rentrer pleurer encore plus sur les combines de l'Occident, l'irresponsabilité des gouvernants africains, ou la punition divine éternelle. Nous n'en sommes plus déjà à attendre ce qui viendra demain de mieux, nous en sommes à attendre de connaître les nouvelles couleurs des prochaines misères, le pays du prochain génocide, et le nombre des prochaines victimes. Nos rois fous n'ont-ils pas confisqué le pouvoir pour mieux préparer ces prochaines misères et ces prochains génocides ? Les Maîtres de l'Occident n'ont-ils pas avalisé toutes les modifications constitutionnelles instituant les présidences à vie ?

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De Césaire à Mongo Béti, nous sommes passés des Damnés de la terre aux Déchets de la Mondialisation. Deux temps, deux moments dans l'histoire de l'humanité, mais une même réalité de l'oppression, de l'humiliation, de la marginalisation, et de l'injure. Ce n'est pas pour n'avoir pas pu crier, revendiquer, protester et dénoncer. Nous sommes les produits permanents de la tromperie tout le long de l'histoire humaine, et nous demeurons pour toujours, les résidus des poubelles issus des usines qui servent à fabriquer et à entretenir le bien être de l'Occident. Ne convoquez même pas Karl Marx pour nous le révéler, les pleurs de Césaire et de Mongo Béti nous auront suffit à souhait.

Mais il faudrait signaler afin qu'il soit si bien consigné, que les prochaines générations de ma race, n'ont pas encore parlé, et qu'elles parleront, sûrement avec des révolutions violentes, tellement violentes que les Bolchéviques russes, les communistes chinois, les pères fondateurs des Etats Unis d'Amérique, les rédacteurs de la Déclaration française des droits de l'Homme et du Citoyen, n'apparaîtront plus aux yeux des historiens, que comme de petits apprentis sorciers.

Demain en effet, l'Afrique fera une révolution pour extirper de ses entrailles les pires dictatures qui l'étouffent maintenant et assombrissent son destin. Et parce que nous aurons appris avec les expériences qui parsèment l'histoire, nous n'irons chercher ni à Cuba, ni à Paris, ni à Pékin. Nous ferons la révolution pour laquelle tant de nos fils et filles sont morts en silence, et nous feront la seule révolution, qui mettra fin à la fuite de nos frères et soeurs qui s'en vont vivre des souffrances inacceptables en Occident, à la recherche du bonheur.



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