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Cameroun: Regard - Nécessaire intervention
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Le Quotidien Mutations (Yaoundé)
BILLET
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008
Alain B. Batongué
Les informations principales contenues dans l'enquête ci-contre, en dehors des véritables hoquets du plus grand quotidien français qu'est le journal Le Monde, ne sont pas nouvelles.
Depuis de nombreuses années, on sait que la presse française, la presse occidentale est une presse en crise. Ce qu'on apprend aujourd'hui, c'est que sans la perfusion de l'Etat français, de nombreux titres de référence auraient disparu depuis longtemps. Ce qu'on apprend aussi c'est que, malgré cette subvention, désormais insuffisante et sans l'intrusion des hommes d'affaires et capitaines d'industrie dans la presse hexagonale, le résultat aurait été le même.
Quels enseignements tirer de tout cela au Cameroun ? D'abord, la crise que traverse la presse camerounaise étonnera moins. Il est vrai que sous nos latitudes, elle a plusieurs facettes. Elle est d'abord économique, parce que le lectorat s'est amenuisé après les années militantes et politiques du retour du multipartisme au Cameroun (1990-1992), où certaines parutions ont connu des tirages allant jusqu'à 120.000 exemplaires par édition. Aujourd'hui, sans entrer dans les profondeurs d'un pays comme la République démocratique du Congo, la presse quotidienne nationale au Cameroun rame tant bien que mal entre 4.000 et 10.000 exemplaires, bien loin derrière des pays comme le Sénégal ou la Côte d'Ivoire.
Au-delà de la qualité des contenus, la crise de la presse camerounaise est surtout institutionnelle. L'Etat, nous l'avons souvent rappelé dans ces colonnes, a complètement failli dans l'encadrement de ce secteur qui, pourtant, remplit des missions de service public complémentaires aux missions de la presse gouvernementale, régulièrement arrosée de subventions et de redevances diverses. Les différentes initiatives prises ou encouragées par les pouvoirs publics n'ont jamais été conduites à terme et ont souvent buté sur des blocages organisés précisément pour constater les échecs futurs. La formule de l'aide à la presse, rapidement transformée en aide publique à la communication privée et devenue un fourre-tout d'où les médias les plus prétentieux s'en tiraient avec à peine deux millions Cfa, et qui permet à quelques journaux à parution épisodique de gagner quelque argent de poche.
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Point n'est besoin de jouer ici les pleureuse, puisque, malgré cette distance de l'Etat, la presse quotidienne camerounaise a survécu, même en subissant régulièrement les assauts de l'administration fiscale, manifestement insensible à la spécificité de ce genre d'entreprise.
Au contraire, elle a gagné en nombre, passant de deux à quatre entre 2002 et 2004 et, depuis bientôt un an, à cinq. Il est cependant utile de rappeler, afin que nul n'en ignore, que l'intervention de l'Etat dans le fonctionnement et l'activité des médias (sans empiéter sur les lignes éditoriales des uns et des autres), presse quotidienne, régionale ou hebdomadaire, n'est pas une réponse à de la mendicité, mais un devoir vis-à-vis de partenaires sociaux qui l'aident à remplir, en dehors des médias d'Etat, l'une de ses missions régaliennes qui est d'offrir aux citoyens une information variée et professionnelle pour leur permettre de prendre leurs décisions en connaissance de cause.
Les récentes secousses connues par notre pays, en particulier les émeutes de la faim (de la politique aussi ?) de février dernier ont bien montré l'importance qu'il y avait à offrir aux Camerounais des informations et analyses venant de supports variés. Il est dangereux pour l'Etat, dans ce contexte, de continuer à soutenir un pan et d'abandonner un autre, alors qu'elles ont la même importance. Parce que, plus que la presse française, la nôtre pourrait bien s'arrêter un jour, sans crier gare. Avec les dégâts que l'on peut imaginer sur la stabilité sociale.
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