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Maroc: Pour "Illy", "Aillour" et les autres
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Libération (Casablanca)
BILLET
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008
Amina SALHI
La nouvelle devrait réjouir plus d'un, du moins tous ceux qui se sont vu refuser des prénoms choisis pour leurs progénitures et qui se battent, depuis, pour affirmer leur volonté.
Le ministre de l'Intérieur, Chakib Benmoussa, a nié, mardi devant les conseillers, l'existence de toute restriction ou de listes limitant la liberté des citoyens pour le choix des prénoms de leurs enfants, dont ceux amazighs. Néanmoins, il faut respecter quelques normes prévues par la loi relative à l'état civil. Les prénoms doivent en effet présenter un caractère marocain, ne doivent pas être un nom de famille ni un nom composé de plus de deux prénoms, et encore moins un nom de ville, de village ou de tribu, comme ils ne doivent pas être de nature à porter atteinte aux bonnes moeurs ou à l'ordre public.
Que des noms comme Mireille ou Jérémie qui sont étrangers, ou Baghdad, Mouzdalifa ou encore Asni, soient refusés, ça se comprend. Mais quand cette restriction va plus loin pour toucher des noms, certes, amazighs, mais très marocains, cela dépasse l'entendement. La preuve donnée par des prénoms ayant reçu une fin de non recevoir. Des prénoms comme «Aillour» (la lune) ou encore Illy (ma fille), quoique non concernés par ce fameux article 21 de l'état civil, ont été refusés, au moment où d'autres comme, «Titrit» (l'étoile), Aslal (la rose) ont été accordés.
Certes, les familles qui se sentent lésées par ces restrictions, souvent inhérentes à la signification du prénom, ont une voie de recours, celle de la haute commission de l'état civil, instance habilitée à trancher dans ce genre de litige. En 2007, cette commission a eu à statuer dans 88 dossiers, dont 75 ont été acceptés et 13 rejetés parce qu'il s'agissait de prénoms étrangers, de villes ou de lieux. Un pourcentage qui démontre l'ampleur des exactions qui peuvent survenir au moment de l'enregistrement. Cependant, il y a de nombreux cas, qui ne passent pas par cette instance, pour la simple raison que le prénom doit être approuvé par un tribunal, comme dans le cas des adoptions. Et là, la décision finale reste à la discrétion du juge. Ce dernier, et suivant l'appréciation personnellequ'il accorde à la demande et l'explication religieuse qu'il donne au prénom, peut accepter ou rejeter toute proposition, même si elle ne porte en elle aucune expression des restrictions rapportées par la loi. Et c'est à ce moment-là que fusent les aberrations.
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Le ministère de l'Intérieur, en collaboration avec le ministère de la Justice, devraient donc intervenir en vue de mettre un terme à ce genre d'exactions qui portent atteinte à la liberté des citoyens. Des sessions de «mise à niveau» des juges seraient donc les bienvenues. Une manière de leur enseigner comment veiller au respect de l'esprit de la loi, telle qu'elle a été promulguée, en dehors de toutes surenchères ou d'interprétations déplacées.
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