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Maroc: Découverte d'une fosse commune à El Jadida


Libération (Casablanca)
 

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Libération (Casablanca)

15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008

Larbi Bouhamida

Les fantômes du passé ressurgissent

Les découvertes des fosses communes à travers le Maroc se suivent et se ressemblent. Après celles de Fès, Agdaz, Casablanca, Nador, les autorités locales de la ville d'El Jadida ont annoncé mardi vers 18 heures que huit crânes et quelques ossements humains ont été exhumés lors des travaux de terrassement dans un projet de résidence touristique à la sortie de la ville sur la route de Casablanca. Ce qui est de nature à induire nombre d'interrogation. Notamment en matière de responsabilités.

Contactés par les propriétaires de la résidence touristique, des éléments de la police judiciaire et scientifique se sont rendus sur les lieux sur ordre du Parquet.

Suite à des fouilles approfondies effectuées par les éléments de la Protection civile, en présence du substitut du Procureur près le tribunal de première instance d'El Jadida, sept autres crânes et des ossements humains ont été également exhumés. Selon des sources qui ont participé à l'opération de fouilles, ces restes d'ossements humains et des crânes ont été trouvés dans un seul endroit, ce qui laisse supposer qu'il s'agit là d'une fosse commune.

Pour déterminer leur origine, ces ossements ont été transférés hier au laboratoire médico-légal sur ordre du Parquet qui a ordonné l'ouverture d'une enquête.

D'autre part, des sources médicales de l'Hôpital Mohammed V ont indiqué que la date d'inhumation remonte à plus de vingt ans, période où les restes peuvent s'effriter.

Un comité des droits de l'Homme a visité le lieu de la découverte, alors que des éléments de la police observent un mutisme à propos de ce dossier sous prétexte de consignes de la Direction centrale.

D'un autre côté, aux portes du laboratoire médico- légal d'El Jadida l'affluence a été massive, mais tout le monde a été interdit d'y accéder notamment par des éléments de la Gendarmerie Royale, ce qui a failli provoquer une tension entre les deux corps:gendarmerie et police scientifique. Heureusement que la guerre des services n'a pas eu lieu. Il aurait manqué de peu pour que l'on frise le ridicule. D'un côté, il y avait des fouilles et des restes d'hommes dont on ne connaissait rien.

D'illustres inconnus sortis des limbes de la terre où ils ont été mis par la volonté d'un tortionnaire et d'un assassin en puissance qui se cachaient derrière la toute puissance de leur employeur, l'Etat, en vue de commettre la pire des forfaitures; voire le pire des crimes, à savoir l'assassinat d'êtres humains qui n'avaient commis de crime que celui de s'être opposés à leurs séides. De l'autre côté, il y avait des agents d'autorité qui se disputaient les mêmes plates- bandes mais dont aucun ne s'était posé les véritables questions qui et pourquoi. Des questions auxquelles le commun des mortels avait déjà trouvé réponse. Parfois après avoir versé quelques larmes en écoutant les témoignages, ô combien poignants, des dizaines de victimes et de leurs proches qu'une théâtralisation voulue et assumée avait rendu intenables pour cause de diffusion sur le petit écran.

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Parfois également en écoutant les cris du coeur d'amis ou de proches de ces victimes dont certaines appartenaient au petit peuple et ne savaient, parfois, dire leurs souffrances qu'en termes simples et en langage parlé. Sans circonlocutions inutiles, ni fioritures, mais en arabe dialectal, en tachlhit, en tarifitou en tamazight. Leurs phrases étaient courtes et leurs débits étaient aussi saccadés que les multiples coups qu'ils avaient reçus pour dire des vérités dont ils n'avaient aucune connaissance. Des vérités qui n'avaient d'objectif que de les dépeindre sous leur plus mauvais angle pour permettre à des juges aux ordres de les condamner sans états d'âme. Il arrivait parfois que les coups n'aient pas atteint le résultat escompté. Alors, il y a eu mort d'hommes et enterrement à la hâte et dans le secret des nuits sombres de ces années de braise dont les restes sont remontés à la surface à Agdaz, Fès, Casablanca et Nador.

La succession de pareilles découvertes macabres en interpelle plus d'un. Particulièrement l'Etat marocain dont la répression fut atrocement sanglante durant les années de plomb comme en ont témoigné les auditions publiques initiées par l'Instance Equité et Réconciliation et comme en attestent actuellement ces fosses communes dont la cadence des découvertes laisse pantois.

A l'Etat donc de remettre l'ouvrage sur le métier et de prendre les responsabilités qui sont les siennes.



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