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Tunisie: Elle a appris qu'elle avait le sida, il y a 6 ans
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La Presse (Tunis)
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008
Nadia Chahed
L'annonce de la maladie a été pour elle accompagnée d'une remise en question totale. Sa perception de la vie a totalement changé mais pas dans le sens qu'on pourrait le croire. En effet, elle s'accroche encore plus à la vie et pense à sa fille qui n'a que 12 ans, atteinte elle aussi. «Ma fille a besoin d'un soutien moral spécial et d'une présence aimante et protectrice», affirme-t-elle.
Une anecdote témoigne de cette rage de vivre: «un jour alors que j'étais aux premiers mois du traitement et que je devais prendre mes comprimés à des heures fixes, je me suis retrouvée sans les clefs de la maison. J'étais si affolée que j'ai escaladé le mur pour accéder à l'intérieur. Escalade qui m'a valu plusieurs points de suture et qui m'a surtout permis de comprendre à quel point je tenais à la vie».
La maladie s'est d'abord déclarée chez le mari de T. Ce dernier a eu des poussées de fièvre exceptionnelles et était si fatigué qu'il ne pouvait plus tenir debout. Après les diagnostics qui n'ont rien donné au début, on a établi qu'il était porteur du virus du Sida.
Annoncer la maladie à T. n'était guère facile. «Mon beau-frère s'est contenté de me dire qu'il ne nous laisserait jamais tomber et m'a conseillé de nous faire dépister ma fille et moi, mais je n'ai pas compris ce que ça voulait dire et c'est ma belle-mère qui a eu le courage de me dire les choses clairement», précise-t-elle.
T. se rappelle également que durant les heures qui ont suivi cette déclaration, elle s'était sentie complètement coupée du monde réel, qu'elle était complètement interloquée et que les larmes coulaient sans qu'elle puisse prononcer un mot.
A quoi sert-il de s'attarder sur les causes ?
T est un personnage qui se décrit comme sortant de l'ordinaire, d'ailleurs sa réaction confirme ce fait. Elle n'a guère songé à demander des comptes à son mari et ne cesse jusqu'à aujourd'hui de répéter qu'elle a totale confiance en lui. «Mon mari est croyant et il a toujours fait preuve de correction, il m'a également beaucoup soutenu durant des périodes de passage à vide», note-t-elle à ce propos. «Ensuite, à partir du moment qu'on est malade, il me paraît superflu de s'attarder sur ces détails, je pense surtout au meilleur moyen de préserver ma famille et de lui offrir les conditions de survie nécessaires», ajoute-t-elle .
De la période précédant le diagnostic, elle se rappelle qu'elle ne se sentait pas en parfaite santé et qu'elle soupçonnait une anomalie qui faisait souffrir son corps. «J'étais souvent fatiguée et j'avais des douleurs anormales derrière le crâne». Maintenant, elle se sent vieillie par l'effet du traitement.
Si la maladie l'a affaiblie physiquement, elle l'a beaucoup enrichie moralement, elle lui a permis de se rendre compte à quel point elle tient à la vie. Elle lui a également permis d'être plus proche de son mari car «partager un tel mal ne peut que rapprocher les êtres et les rendre plus solidaires», dit-elle.
Aujourd'hui, elle accepte parfaitement sa condition et si elle souffre, c'est surtout pour sa fille qui, à l'âge de 12 ans, a eu le temps de connaître la pire des souffrances et qui commence à l'aube de l'adolescence à se poser des questions quant à la place que lui voue la société et quant à un avenir incertain. T. appréhende d'autant plus ce passage que les enfants qui ont l'âge de sa fille ne peuvent pas toujours comprendre et risquent de blesser irrémédiablement sa fille.
Elle note, enfin, que les choses sont en train d'évoluer et de changer progressivement grâce surtout au travail des associations.
Aujourd'hui, son mari a pu réintégrer un travail en tant que gérant dans un café. Il reprend goût à la vie et participe à des ateliers artistiques. T, de son côté, s'engage à fond dans des actions bénévoles de sensibilisation et d'information cherchant à défendre la cause des malades et à préserver la dignité à laquelle ils ont droit.
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Dans ce même ordre d'idées, elle souligne que la grande hantise des malades n'est point la mort mais la souffrance du stade final et l'accueil auquel ils auront droit dans un service hospitalier froid et inhumain, dans une chambre où même le médecin ne daigne plus entrer.
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