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Ile Maurice: En quête de style
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L'Express (Port Louis)
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008
Gilles Ribouet
Port Louis
Avec l'ouverture d'un nouvel institut de formation pour les métiers de la mode, le stylisme devrait attirer de nombreux jeunes. Les stylistes mauriciens ont deux choix : travailler dans une usine ou créer leur propre marque. Et pourquoi ne pas initier un stylisme typiquement mauricien...
Deux festivals où la mode était à l'honneur l'an dernier. Le stylisme mauricien a des atouts pour se développer davantage.
Le textile-habillement a fait les beaux jours de l'économie mauricienne. Réinventer son économie par la diversification. De fait, intégrer de nouveaux métiers dans le monde du travail. Le stylisme fait partie de ceux-là. Si la main-d'oeuvre de qualité et bon marché a été un des principaux attraits d'une île Maurice-atelier, force est de reconnaître qu'on ne peut plus limiter le secteur textile à cette dimension. La venue en juillet prochain d'une branche du National Institute of Fashion Technology à Maurice en est la preuve.
Mais le stylisme, ou fashion design, est-il reconnu à Maurice ? Quelles sont les opportunités pour ces jeunes, de plus en plus nombreux, qui veulent styliser, dessiner ce que nous porterons demain ? «Il manque beaucoup de stylistes sur le marché. Beaucoup sont partis compte tenu des meilleures conditions d'emploi qu'ils pouvaient obtenir ailleurs», relève d'emblée Patrick Ng, directeur de Split. Il est évident que l'Europe occidentale et les Etats-Unis soufflent les grandes tendances vestimentaires. Les stylistes cherchent donc idéalement un emploi dans une grande enseigne de ce côté-là. Le prestige d'un label ou d'une place de la mode, à l'instar de Paris, Milan, Londres ou New York. La compétition est rude, cela dit. Et la formation offerte ici pas nécessairement compétitive.
Pour le directeur et designer de la marque IV Play, Mario Guillot, «c'est une bonne chose qu'une école supplémentaire ouvre ses portes à Maurice. Il y a beaucoup à faire dans le design ici.» En effet, c'est avant tout le savoir-faire des petites mains mauriciennes et les avantages comparatifs liés aux coûts, ainsi qu'à l'entrée préférentielle sur certains marchés, que connaissent les clients du textile-habillement mauricien. «On n'est pas encore assez connu pour notre design. Il nous faudra 10 ans ou plus pour construire notre image. Il y a un marché pour cela, il y a une demande des usines mauriciennes et les clients s'attendent aussi à ce qu'on leur propose des choses. C'est un business global à ne pas sous-estimer», développe Mario Guillot.
«L'école n'est qu'une base»
Le métier de designer pour le textile-habillement requiert des compétences précises. Il ne s'agit pas que d'aptitudes particulières en dessin. Ce serait limiter grandement l'importance et le travail des stylistes dans la chaîne de production d'une pièce textile. «Il faut être à l'avant-garde, disposer d'un véritable potentiel créatif et d'un savoir-faire, donc une bonne technique de fabrication.» Mais cela ne peut se détacher de solides «connaissances théoriques», estime Patrick Ng.
La théorie n'est, en effet, pas à minimiser. C'est un apprentissage complet que doit recevoir le styliste. Toutefois, pour Mario Guillot, «l'école n'est qu'une base». Il n'en reste pas moins que «90 % des compétences s'acquièrent en travaillant». Car, quand on parle de textile-habillement, il ne s'agit pas seulement des habituels pantalons, robes, jupes, chemises, t-shirts ou polos. C'est aussi toute la panoplie d'accessoires que le styliste travaille. Il est donc amené, au gré de ses fonctions, à travailler différents matériaux. Apprendre à les utiliser, les marier, les façonner, leur donner corps.
De fait, le styliste tendra vers une «spécialisation dans un type de produit; par exemple, le cuir, la maille, le jean». Jongler avec les matières pour proposer un produit original, qui colle aussi avec les tendances contemporaines, c'est le pari que doit relever le styliste. Un pari qui engage l'ensemble d'une usine, d'une marque. Animer, autrement dit donner une âme, à une marque.
Justement, le styliste est, avant tout, un créatif. Il se doit donc de viser l'originalité, de se démarquer. On parlera alors de créations. A ce stade, le vêtement devient luxe. Les prix sont d'ailleurs plus élevés. Parce qu'une création est unique et les matières recherchées. «Maurice étant isolée, il manque une ouverture sur la mode au plan international. Parfois, c'est un peu du bricolage. Je crois donc que le voyage, par exemple, aide le styliste à s'ouvrir à d'autres manières de voir le vêtement, d'autres matières, etc.», estime Mario Guillot. La styliste Patricia Lagesse, fondatrice et directrice de Taf'Ta, parcours la région justement à la recherche de tissus particuliers, de matières originales, pour des créations d'exception.
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A Maurice, les tendances vestimentaires oscillent entre les tenues traditionnelles, qui perdent du terrain, et les vêtements occidentalisés. Selon Patrick Ng, il y a «une tendance assez globale ici et elle est dictée par l'Europe ou les États-Unis, on se cale donc dessus». Il est vrai que les jeunes aujourd'hui adoptent des styles vestimentaires similaires à ce que l'on peut voir dans les rues de Paris, Londres ou Bruxelles. L'excentricité en moins, avouons-le.
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