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Ile Maurice: Riz et cyclones
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L'Express (Port Louis)
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008
Nad Sivaramen
Port Louis
A la flambée du prix du riz, au rationnement de cet aliment de base et aux cartels des exportateurs, viennent se greffer les catastrophes naturelles.
A court terme, le tremblement de terre en Chine et le cyclone en Birmanie vont exacerber la panique déjà bien installée sur le cours mondial du riz. Et la région ne pourra que souffrir davantage si l'on continue à lutter chacun pour soi, dans son coin.
Dans l'océan Indien, le grenier à riz qu'aurait dû être Madagascar a vu nombre de ses rizières inondées. La Grande île a pu néanmoins obtenir, sur une base humanitaire, une cargaison du précieux céréale de l'Inde - un des principaux pays exportateurs qui ont fermé le robinet d'approvisionnement.
Au Sri Lanka, comme au Bangladesh (où une partie de la production rizicole avait été détruite par un cyclone en novembre dernier), on comptait sur la Birmanie pour subvenir aux besoins en riz pour 2008. Avant que Nargis ne s'abatte sur ce pays, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estimait que la Birmanie pourrait exporter jusqu'à 500 000 tonnes de riz cette année et ainsi atténuer la pénurie criante. Mais Dame Nature en a décidé autrement... Et il faut conjuguer avec.
Car, avec Nargis, un gros potentiel disparaît sous les flots pour le marché mondial. Ce riz devait nourrir des milliers et des milliers de familles défavorisées. Cette nouvelle contraction de l'offre va provoquer d'autres vagues sur le marché. Les économistes, qui veillent à la poussée inflationniste des produits alimentaires, prévoient que la précieuse denrée ne pourra que prendre l'ascenseur après les récents événements.
Traditionnellement, le riz est consommé là où il est produit, c'est pour cela que l'offre sur le marché international est extrêmement limitée. Il y a des acheteurs qui se retrouvent à court, les prix flambent et c'est ce à quoi on assiste actuellement, note la FAO.
On a vu, en Asie, que quand les gens ont faim, ils prennent la rue d'assaut. A l'autre bout de la chaîne du riz, c'est-à-dire en Afrique et dans l'océan Indien, où l'on compte sur le riz importé pour nourrir les populations, la pénurie redoutée est à nos portes.
A ce jour, chaque pays use de ses relations privilégiées pour se constituer un stock de survie. Avec tout ce que cela comporte en matière de spéculation, le riz disponible dans les silos des commerçants devient inaccessible aux ménages. La course au riz a tendance à se jouer au singulier, alors même que la faim s'exprime au pluriel. La solidarité s'exprime en temps de cyclone et puis chacun reprend ses habitudes.
Aujourd'hui, face à un dilemme mondial, c'est aux gouvernements désormais d'assurer la sécurité alimentaire de leurs populations respectives en mettant à profit les accords de coopération et les bonnes intentions de regroupement.
Si en Asie, les pays producteurs se serrent les coudes, après la catastrophe Nargis, dans la région, un plan d'entre-aide doit aussi être élaboré, car ces catastrophes nous touchent aussi de plein fouet.
Avec le prix du pétrole qui plombe de plus en plus le prix des importations, nous sommes en situation de crise. Et c'est aujourd'hui qu'il faut passer à l'acte.
Il ne faut pas attendre qu'il y ait un autre cyclone pour commencer à s'entraider.
A moins qu'au-delà des discours, la bataille du riz ne vienne tout remettre en cause... Et que le chacun pour soi prime, encore une fois, sur la coopération régionale.
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A l'Assemblée nationale de Maurice, gouvernement et opposition donnent le mauvais exemple en s'entre-déchirant sur le dossier du riz. Pareille posture politicienne est aussi dangereuse que les cyclones. Il faut s'en prémunir...
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