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Côte d'Ivoire: Les victimes de guerre n'ont pas fini de payer
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UN Integrated Regional Information Networks
15 Mai 2008
Publié sur le web le 15 Mai 2008
Bouaké
Qu'elles aient été forcées à fuir en 2002 ou contraintes à rester, les populations de Bouaké, dans le centre de la Côte d'Ivoire, continuent de subir les conséquences de la crise politique qui a coupé le pays en deux, a fortiori lorsque la violence sexuelle et le VIH sont venus noircir le tableau.
L'insurrection lancée en septembre 2002 par la rébellion des Forces nouvelles, basée à Bouaké, contre le gouvernement du président Laurent Gbagbo, a fait fuir des milliers de personnes de cette ville du centre du pays.
Josette* est l'une d'entre elles. Elle se souvient très bien de cette « journée noire » du 19 septembre 2002 et de celles qui ont suivi. Enfermée chez elle avec son mari et plusieurs de ses neuf enfants, terrorisée par les combats qui se déroulaient à côté de chez elle, elle s'est résolue à partir. « Ca n'allait plus à la maison, nous n'avions plus rien à manger », a-t-elle raconté.
Cette femme d'une quarantaine d'années, qui nourrissait sa famille grâce à son petit commerce de vêtements et de chaussures, a alors bravé sa peur et fait le tour de ses débiteurs à qui elle avait fourni des marchandises à crédit, pour réunir l'argent nécessaire au départ.
« On me devait 500 000 francs CFA [1 212 dollars] mais quand j'ai voulu les réclamer, les gens n'étaient plus là pour rembourser, ou alors ils ne pouvaient pas », a-t-elle raconté.
Aidée par une connaissance, elle a finalement rejoint un de ses frères à Abidjan, la principale ville ivoirienne située 300 kilomètres plus au sud, et y est restée jusqu'à la mort de son frère en 2006. C'est à son retour à Bouaké, parce qu'elle avait « des tâches sur la peau », qu'elle est allé faire le test de dépistage du VIH, positif, et a été mise immédiatement sous antirétroviraux (ARV).
Ses enfants l'ont rejetée lorsqu'ils ont commencé à soupçonner qu'elle était infectée. Ruinée par la crise, sans autre endroit où aller que la concession familiale, Josette a fait le choix douloureux de mentir, pour ne pas se retrouver à la rue. « Je leur ai dit que ce n'était pas vrai, que je n'étais pas infectée, et je prends mes médicaments en cachette », a-t-elle dit.
Des victimes de guerre comme Josette, notamment des personnes déplacées, l'ONG Organisation pour les droits et la solidarité en Afrique (OIS Afrique) en reçoit presque quotidiennement, et les traumatismes sont nombreux.
« Ils ont marché longtemps dans la brousse, sous la pluie, le soleil, avec la peur au ventre, certains ont perdu des enfants en route », a dit Jean-Jacques Aka, directeur exécutif d'OIS Afrique. « Ceux qui sont restés ont aussi vécu des traumatismes, les bombardements, les avions qui crachent du feu tout autour, mais pour les déplacés, c'est encore pire, ils sont tombés sur des cadavres, ils ont vu beaucoup de choses en route ».
Victimes de violences sexuelles
Certaines de ces victimes ont aussi subi des agressions -violences sexuelles ou physiques, pillages.
Une enquête menée par l'organisation Médecins sans frontières, qui gérait une unité médicale au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Bouaké pendant la crise, a recensé 146 cas de violences sexuelles en 2006, à une période où la situation sécuritaire s'était en principe améliorée.
Mais ces chiffres sont certainement inférieurs à la réalité, les victimes ne sachant généralement pas à qui s'adresser ou ayant trop peur, ou honte, pour dénoncer ces actes.
« Les cas de viols mettent longtemps à être renseignés », a confirmé Constant N'Da, assistant du projet Assistance et réinsertion sociale des femmes et filles déplacées et retournées du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) à Bouaké, l'un des partenaires d'OIS Afrique.
Les actes de violences sexuelles recensés jusqu'à présent l'ont été via le CHU, où quelques victimes sont allées demander des soins, ou auprès d'organisations non gouvernementales (ONG), comme l'Association des femmes juristes de Côte d'Ivoire et l'OIS.
Le test de dépistage du VIH est généralement proposé aux victimes, mais le taux d'infection n'est pas connu, bien que le nombre d'infections sexuellement transmissibles soit important, selon l'OIS.
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