Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: L'AFDL dissoute, des priorités toujours d'actualité

Angelo Mobateli

16 Mai 2008


analyse

Kinshasa — A l'arrivée de l'AFDL au pouvoir en 1997, son chef, Laurent-Désiré Kabila, avait affiché beaucoup d'ambitions. Ce qui lui a valu l'admiration du peuple qui en avait marre avec l'ancien système. Mais, où sont passées toutes ses priorités, onze années après leur effet d'annonce ?

Le président Laurent-Désiré Kabila avait, dans son discours d'investiture du 29 mai 1997, annoncé des objectifs ambitieux. Parmi ses priorités, il avait ciblé la restauration de l'appareil de l'Etat, la réhabilitation des infrastructures sociales et économiques, l'augmentation de la production agricole, la fin du chômage et la réunification de la devise nationale dans un pays confronté à plusieurs zones monétaires.

Il avait affiché sa ferme détermination de se démarquer des résolutions prises par ce qu'il considérait comme une « soit-disant Conférence nationale souveraine » à laquelle n'avait pas participé l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL).

La Constitution issue de la CNS, qui régissait l'exercice du pouvoir entre 1993 et 1997, « affirmait le droit et l'obligation de tout Congolais de faire échec à toute personne ou groupe de personnes qui tenteraient de prendre le pouvoir par la force ». Elle avait été co-signée par M. Lakhdar Brahimi, représentant spécial du secrétaire général de l'ON, les ambassadeurs de Belgique et de France en poste à Kinshasa. Celui des Etats-Unis s'était désisté, rappelle-t-on.

Dans son discours, Laurent-Désiré Kabila avait qualifié la classe politique congolaise de monde « décadent » et « intéressé ». « Lancer le processus de démocratisation en organisant des élections législatives, comme l'auraient souhaité nos détracteurs, aurait des conséquences tragiques à plusieurs points de vue. Cela équivaudrait à une prolongation de l'ancien régime, avec tout ce que cela implique », avait-il craint, estimant que la RDC « ne pourrait être gouvernée qu'en vertu d'une Constitution rédigée par une Assemblée constituante ».

Les autorités auraient ainsi suffisamment de temps pour établir une nouvelle administration et « organiser la première consultation électorale non pas dans une ambiance de confrontations et de divisions mais dans le cadre d'un effort concerté ». A son avis, une Assemblée législative ordinaire aurait été synonyme de chaos politique, avec une multitude de « 300 partis politiques » s'opposant les uns aux autres.

C'est dans ce contexte qu'il dévoila un calendrier électoral fixant, pour « avant le 1er avril 1999 » et après approbation de la Constitution par un référendum populaire (décembre 1998), la tenue des élections législatives et présidentielles. « Ces dates seront respectées, et aucune influence étrangère n'y changera quoi que ce soit », avait-il affirmé.

En 1999, intervint la dissolution de l'AFDL sur décision du président Laurent-Désiré Kabila qui la qualifia de « conglomérat d'aventuriers », parce qu'il la suspectait d'être infiltrée par des opportunistes en quête de positionnement au pouvoir. La RDC était alors victime, depuis le 2 août 1998, d'une agression menée par l'armée rwandaise soutenant des officiers congolais contre le régime en place à Kinshasa.

Il mit en place les Comités du pouvoir populaire (CPP) auxquels il confia la mission d'organiser le peuple congolais à la base en vue de le préparer à « défendre ses intérêts face aux velléités prédatrices des politiciens véreux de tout bord » et à « participer à l'effort de développement ».

DES OBJECTIFS INCHANGES

Neuf années plus tard, deux des priorités de l'AFDL ont été réalisées. Les élections législatives et présidentielles ont été organisées les 30 juillet et 29 octobre (2ème tour de la présidentielle) 2006 « sous influence étrangère ». L'Union européenne s'y était impliquée tant au plan financier et matériel que militaire par l'entremise de l'Eufor chargée de sécuriser les élections dans la ville de Kinshasa, particulièrement.

La devise nationale a, depuis longtemps, été réunifiée. Le franc congolais est consommé sur l'ensemble du territoire national et les zones monétaires ont disparu.

Il reste en mire les autres priorités, que le président Joseph Kabila Kabange a prises en compte dans le programme gouvernemental dit des « Cinq chantiers ». En effet, l'appareil de l'Etat n'a pas encore été complètement restauré, les infrastructures sociales et économiques attendent encore la mise à disposition de 5 à 9 milliards de dollars américains promis par des investisseurs chinois pour soit leur réhabilitation soit leur construction, l'augmentation de la production agricole demeure une ambition tandis que le chômage semble avoir de beaux jours devant lui !

D'autre part, l'insécurité est toujours présente dans la partie orientale du pays, où près d'un million de déplacés vivent dans des conditions infra-humaines. Groupes armés étrangers (rebelles rwandais, ougandais et burundais), milices locales et armée loyaliste s'y affrontent tout le temps. La présence des troupes de la MONUC n'y change pas les donnes.

Liens Pertinents

L'Est est donc toujours « occupé » depuis que, le 3 août 1998, des combats avaient éclaté dans les provinces du Kivu où l'armée de KIgali était intervenue aux côtés d'officiers congolais Tutsis d'origine rwandaise ayant pris des armes contre le pouvoir de Kinshasa.

Et contrairement à ce que le peuple espérait, ni l'Accord global et inclusif issu du Dialogue intercongolais, ni l'Exécutif de transition (2003-2006) moins encore le gouvernement légitimé par les urnes de 2006 n'a réussi à apporter la paix dans cette partie du territoire national et à y restaurer l'autorité de l'Etat.

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