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Tchad: Affaire Hissène Habré - Le Sénégal défie l'ONU


 

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Human Rights Watch (Washington, DC)

COMMUNIQUé DE PRESSE
14 Mai 2008
Publié sur le web le 16 Mai 2008

Deux ans après une injonction onusienne, aucune procédure judiciaire n'a été engagée contre l'ancien dictateur tchadien

COMMUNIQUÉ CONJOINT

Association des victimes des crimes et des répressions politiques au Tchad (AVCRP)

Association tchadienne pour la promotion et la défense des droits de l'Homme (ATPDH)

Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l'Homme (RADDHO)

Ligue tchadienne des droits de l'Homme (LTDH)

Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH)

Genève, 16 mai, 2008) - Deux ans après que le Comité des Nations unies contre la Torture ait demandé de poursuivre ou d'extrader Hissène Habré, aucune action judiciaire n'a encore été prise à ce jour par le gouvernement du Sénégal ont déclaré des organisations de défense des droits de l'Homme.

Le 17 mai 2006, suite à une plainte déposée par les victimes, le Comité des Nations unies contre la torture a conclu que le Sénégal avait violé la Convention contre la torture en refusant de juger ou à défaut d'extrader Habré et a demandé au Sénégal de se conformer à ses engagements internationaux en poursuivant l'une ou l'autre voie. L'ancien dictateur est accusé de crimes internationaux extrêmement graves, commis durant son mandat à la tête du Tchad de 1982 à 1990, dont l'usage systématique de la torture. En juillet 2006, à la demande de l'Union africaine, le Sénégal accepta de juger Hissène Habré ; cependant, à ce jour les autorités sénégalaises n'ont pas concrétisé leur engagement.

Les organisations de défense des droits humains ont déclaré que le Sénégal a l'obligation absolue de juger ou d'extrader l'ancien dictateur pour les faits de torture dont il est accusé.

Habré, qui vit au Sénégal, a d'abord été inculpé par la justice sénégalaise en février 2000 mais le Sénégal a finalement refusé de le juger puis de l'extrader suite à une demande de la justice belge en 2005.

«On court depuis dix-sept ans pour qu'Hissène Habré soit jugé, pour qu'on comprenne la vérité sur ce qu'on a souffert. Aujourd'hui le temps nous est compté. A moins que le Sénégal n'agisse vite, il risque de ne plus y avoir de victimes vivantes le jour du procès », regrette Souleymane Guengueng, fondateur de l'Association des Victimes des Crimes et Répressions Politiques au Tchad (AVCRP) et chef de file des requérants à l'origine de la saisine du Comité des Nations unies contre la torture. « Le Sénégal s'est moqué de nous durant huit années, maintenant il se moque des Nations unies ».

En novembre 2007, le Sénégal a déclaré au Comité des Nations unies qu'il était prêt à juger Habré mais avait besoin d'une aide internationale. A cet égard, les organisations de défense des droits humains relèvent que la Commission européenne, la France, la Suisse, la Belgique ainsi que les Pays-Bas, ont déjà accepté d'aider au financement du procès et qu'une mission d'évaluation des besoins, envoyée par l'Union européenne, s'est déjà rendue au Sénégal en janvier dernier. Cette mission a proposé que le Sénégal définisse une stratégie de poursuite, travaille sur la base d'un calendrier précis, et nomme un coordinateur administratif et financier pour le procès.

« Ce n'est pas l'argent qui manque, mais la volonté politique réelle du Sénégal d'organiser le procès du Président Hissène Habré», a déclaré Alioune Tine, de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l'Homme (RADDHO), basée à Dakar. «Absolument rien n'empêche le Sénégal d'ouvrir l'enquête judiciaire aujourd'hui même et que Habré soit entendu. Ce serait le meilleur gage pour dissiper les suspicions légitimes des victimes ».

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Le Sénégal est en train d'amender sa constitution pour clarifier la compétence de ses tribunaux de juger des faits de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre perpétrés par le passé. Mais parallèlement, l'ex-coordinateur des avocats d'Hissène Habré, M. Madické Niang, a été nommé au poste de ministre de la justice, une fonction clé pour l'organisation du procès.

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