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Congo-Kinshasa: La RDC encore et toujours cible des prédateurs


Le Phare (Kinshasa)
 

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Le Phare (Kinshasa)

15 Mai 2008
Publié sur le web le 16 Mai 2008

K.G.M

Après les mines, les terres arables

« La République Démocratique du Congo peut nourrir plus de deux milliards de personnes au monde avec son potentiel agronomique exceptionnel et la superficie inégalée de ses terres agricoles en Afrique ». Déclaration récente de M. Alain Hiart, représentant du ministre wallon de l'Agriculture de séjour à Kinshasa. Selon ce dernier cité par l'agence Belga, seuls 10% des superficies agricoles en RDC sont mises en valeur et les rendements à l'hectare s'apparentent à ceux des pays du Sahel, nettement plus arides.

L'expert wallon a ajouté que sur une superficie totale de 2.345.000 km2, seule une infime portion du territoire est cultivée et encore, avec des techniques souvent artisanales. Il a poursuivi en précisant que le projet agricole en RDC dispose de 80 millions d'hectares de terres arables, soit la deuxième surface de terres cultivables au monde après le Brésil. La diversité des climats et le réseau hydrographique ajoutés à ces potentialités agricoles permettront à la RDC de pratiquer une gamme variée de cultures de rente.

Avec quels moyens financiers, techniques et humains ?

Alain Hiart ne l'a pas dit, sans doute pour ne pas effaroucher les Congolais, déjà échaudés par les codes minier et forestier, avec la perspective d'un code agricole qui ne bénéficierait qu'aux prédateurs en expropriant les petits paysans, en les chassant de leurs terres et en mettant une croix sur l'agriculture de subsistance au profit de grands projets agricoles dont les effets dévastateurs sont connus : appauvrissement des sols surutilisés et réchauffement climatique.

Reste que les déclarations de M. Hiart ne peuvent pas être un simple fait du hasard. Après la crise financière, voici la crise alimentaire qui est venue frapper, depuis quelques mois, aux portes de toutes les économies du monde en renchérissant les prix des denrées alimentaires et en réduisant le volume des stocks, principalement dans les pays du Tiers Monde. Plusieurs d'entre eux ont même enregistré des émeutes de la faim, à l'instar du Burkina Faso, où ont encore défilé hier des milliers des manifestants dans un concert assourdissant de casseroles.

La RDC n'est évidemment pas épargnée par la menace. Raison pour laquelle, anticipant, le gouvernement a récemment fait le tour de la question avant d'admettre que la situation était précaire, le pays ne disposant que de trois mois de stock de produits alimentaires. Comme réponse, le Conseil des ministres a envisagé des mesures fiscales et parafiscales, se promettant en outre de déployer rapidement un plan agricole susceptible de transformer le pays en grenier agricole. Le gouvernement n'est malheureusement pas allé jusqu'à faire son mea culpa au regard d'un certain nombre de choix qui ont fait du secteur minier le moteur du développement de la RDC, condamnant à l'abandon les cultures vivrières ainsi que les routes de desserte agricole.

Une nouvelle invasion ?

Les déclarations du Belge Hiart recoupent curieusement celles d'un expert de la FAO, Dr Josef Schmidhuben. Ce dernier déclarait à Reuters, en janvier dernier, que les Nations Unies apprêtaient un plan pour faire de la RDC un gros producteur d'huile de palme, de graines de soja, de maïs, de manioc destinés à produire des biocarburants pour la Communauté internationale. L'expert de la FAO mettait en exergue le fait que la RDC disposait de 80 à 115 millions d'hectares inutilisés ainsi que de 4 millions susceptibles d'être irrigués. Il ajoutait que le choix était tombé sur notre pays après que le Zimbabwe, le Mozambique et le Malawi eurent rejeté le même plan.

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La RDC serait-t-elle la terre de toutes les expérimentations, même les plus loufoques, même celles qui portent gravement atteinte à sa souveraineté et à la dignité de son peuple? Après l'amère expérience du 1+4, du CIAT, des codes minier et forestier avec leurs effets dévastateurs sur les économies, les populations et les écosystèmes, la question à se poser est celle de savoir si le pays peut dire oui à un modèle qui n'a jamais été appliqué ailleurs, sans renoncer à sa souveraineté et ressentir une profonde humiliation pour son peuple ? En quoi les biocarburants peuvent-ils assurer le développement du Congo et nourrir ses populations là où ont profondément échoué le cuivre, le diamant, le cobalt, le manganèse et le coltan malgré leur boom des années durant ? Qui va exploiter toutes ces ressources et avec quels moyens financiers, matériels et humains ? Enfin faut-il penser que de la même manière que les codes minier et forestier ont favorisé la rafle des concessions minières et organisé le pillage de nos ressources du sous-sol, la nouvelle approche suggérée par l'expert de la FAO prépare l'invasion des terres arables, l'appauvrissement des paysans, l'expropriation de petits exploitants agricoles, la mort de l'agriculture de subsistance au profit de celle de rente ?



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