Congo-Kinshasa: Du 17 mai 1997 au 17 mai 2008 - «une troisième guerre mondiale» déniée par «l'histoire officielle»
Le Potentiel (Kinshasa)
OPINION
16 Mai 2008
Publié sur le web le 16 Mai 2008
Jp Mbelu
Kinshasa
Dans un récent éditorial, bien rédigé et profond, intitulé «Vous avez dit 'Libération'?», Amba Wetshi, après un examen minutieux de ce qui se vit dans notre pays finit par poser ces deux questions : «Qui a dit que ce pays a été libéré ? En lieu et place de libération ne devrait-on pas plutôt parler d'occupation ?». Il y répond lui-même : « Une occupation de fait qui risque de devenir de droit si les premiers intéressés ne se décident pas à rompre avec la résignation ambiante pour démasquer et neutraliser tous les pseudo-libérateurs » (A. WETSHI, Vous avez dit 'Libération'?, dans www.congoindependant.com) Mais qui occupe le Congo? De quels soutiens bénéficie-t-il?
Rompre la résignation ambiante et neutraliser «les pseudo-libérateurs» nous exigeront à temps et à contretemps d'aller au-delà des épiphénomènes pour aller aux questions essentielles de «la troisième guerre mondiale» imposée au Congo, à ses dignes filles et fils pour faire main basse sur ses richesses du sol et du sous-sol.
Jacques Sarasin, réalisateur d'un film «On the Rumba River» sorti dans les salles françaises de cinéma ce mercredi (14 mai 2008) revient sur un secret de polichinelle. Il témoigne, lui aussi, «qu'aujourd'hui, la République Démocratique du Congo-RDC- est un pays où des acteurs économiques internationaux traitent avec des rebelles et des agresseurs extérieurs pour piller les ressources naturelles appartenant au peuple congolais qui, lui, a faim. Aussi, depuis quelques années, près de quatre millions de morts ont été victimes d'une guerre civile entretenue par des intérêts géopolitiques étrangers». (Cfr le site de BAKCHICH). Relisant le rapport des experts de l'ONU du 12 avril 2001, il indique que «le Groupe d'experts a recueilli des informations qui montrent que les liens entre un certain nombre d'acteurs et des parties prenantes sont si bien structurés que certains gouvernements ainsi que des entreprises importantes et de bonne réputation mènent leurs activités en toute confiance. Ainsi, toute la documentation nécessaire à l'exportation de la colombotantalite (coltan) est délivrée à Kigali, avec des complices au Ministère des mines à Kinshasa. Mais les entreprises importatrices et leurs intermédiaires sont parfaitement au courant de son origine réelle. Selon les manifestes de chargement dont le Groupe a reçu communication, la société Sabena Cargo et la filiale SDV du groupe Bolloré figurent parmi les principaux maillons de ce réseau d'exploitation et de poursuite de la guerre. Des milliers de tonnes de colombotantalite ont été ainsi chargées à partir de Kigali ou ont transité par mer de Dar es-Salaam.»
Les dénominations des entreprises impliquées de près ou de loin dans ce pillage de nos ressources prouvent que le Congo est victime d'une «troisième guerre mondiale» soutenue par ceux qui tiennent à débarrasser l'Afrique Centrale de l'influence francophone.
Luc Marchal (Colonel des forces armées belges, ancien commandant de la force de maintien de la paix au Rwanda (Minuar)) récusant la version officielle de l'histoire des «Crimes organisés en Afrique Centrale» les situe dans la nouvelle configuration géopolitique d'après la guerre froide. «Tout au début des années 90, écrit-il, les Etats-Unis sont confrontés à une question existentielle qu'ils n'avaient plus eu l'occasion de se poser depuis la fin de la deuxième guerre mondiale : quelle est la nature de la menace? En effet, suite à l'implosion de l'ex-URSS, l'échiquier mondial se trouve fondamentalement modifié. La confrontation Est-Ouest constituait pour les stratèges de tous bords une situation finalement confortable. L'ennemi était parfaitement identifié, ses possibilités étaient connues, il en était de même pour ses zones d'intérêt et d'influence. Dès lors, à partir d'un contexte géostratégique assez bien défini, il n'y avait guère de difficulté de développer une stratégie globale.» (L. MARCHAL, Kagame et les Grands Lacs, dans www.musabyimana.be du 13mai 2008). Après la chute de l'URSS, les U.S.A. adoptent une nouvelle stratégie. «Celle-ci se déroula, comme signalé, au tout début des années 90. En synthèse, la conclusion de cette évaluation fut que jusqu'en 2017, les U.S.A. n'avaient à craindre aucune rivalité à la surface du globe. Conséquence logique de cette conclusion, plusieurs zones à caractère vital furent identifiées comme indispensables pour assurer le maintien de cette hégémonie américaine. La région des Grands Lacs, avec les potentialités inestimables de son sous-sol (mais aussi vu sa position centrale sur le contient africain), figurait en bonne place dans le shopping list des stratèges américains. Cette réalité constitue le point de départ du long calvaire que connaît cette région du globe depuis le début des années 90.» (Ibidem. Nous soulignons)
Les pseudo-libérateurs dont parlent Amba Wetshi ne sont que les chiens de garde du maintien de l'hégémonie US en Afrique centrale, avec Kagame et Museveni comme chefs de file. L'APR/FPR est partie prenante de cette nouvelle stratégie US, y compris tous ses membres disséminés à travers les Grands Lacs dont Laurent Nkunda et Joseph Kabila, en tant qu'émanations du RCD et de l'AFDL.