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Tunisie: Fethi Akkari: « Je veux provoquer un débat d'idées ! »
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La Presse (Tunis)
OPINION
16 Mai 2008
Publié sur le web le 16 Mai 2008
Souad Ben Slimane
Du 12 au 13 de ce mois, Fethi Akkari, comédien, metteur en scène, enseignant et didacticien (formateur de formateurs), a présenté une conférence- spectacle intitulée «Waw». C'était au Théâtre d'Art Ben Abdallah, en plein air, dans le Jardin Andalou.
Le public installé dans différents coins et recoins du jardin suivait de tout son corps les comédiens (F. Akkari, Faten Bel Haj Amor, Rabab Essraïri et Mustapha El Khoudaï) qui évoluaient dans ce décor naturel, comme dans un film, dans un plan séquence Il s'agit d'abord d'une fiction : un metteur en scène, qui souffre d'une maladie incurable, s'accroche à la scène et au processus de création, en passant par différentes phases de direction d'acteur et de mal-être, entraînant avec lui, dans sa quête du sens d'un théâtre et de la vie, deux jeunes femmes : une comédienne et une prostituée, et un homme dont la présence est ponctuelle comme une ombre qui apparaît et disparaît au gré des lumières D'Antigone à Caligula, l'histoire se répète, et la marche du monde se refait selon un même scénario Le propos de la pièce dépasse la fable et les personnages.
Il s'agit d'un concept que l'artiste défend corps et âme. Il en fait son affaire pour provoquer un débat d'idées avec ses pairs Nous lui avons prêté la parole, pour mieux comprendre sa vision du monde et son modèle de théâtre.
Un autre rapport du public avec le spectable
Qu'est-ce que, d'abord, une conférence-spectacle ?
Je viens de sortir un livre dont l'enjeu est la formation d'acteur, ce travail est l'application d'une méthode de formation qui est la mienne et que j'ai baptisée : la biotique.
D'un autre côté, je voulais, par cette conférence-spectacle, m'adresser aux gens de théâtre et les provoquer pour discuter du langage théâtral.
Quel théâtre aujourd'hui ? Quel sens on donne à cet art ? Est-il une nécessité ?
Je me pose toutes ces questions. Et sur scène, la structure de travail consiste au croisement de trois conducteurs : un conducteur dramatique qui respecte et prolonge les règles d'écriture dramaturgiques usuelles connues, un autre qui est celui de la démonstration de la méthode et un troisième plus théorique, où j'emprunte des fragments du livre pour ponctuer la synthèse du théâtre et de l'acteur dont je rêve.
Ces trois conducteurs, ou ils avancent dans un rapport parallèle, ou ils s'entrecroisent. Il s'agit d'une écriture «tressée» Voilà pourquoi c'est une conférence-spectacle.
Et que veut dire le titre «Waw». S'agit-il d'un cri d'étonnement ?
Waw est tout simplement la lettre de l'alphabet arabe, la conjonction qui est dans les faits impossible et que je viens de rendre possible sur scène.
Vous parlez de la conjonction de quoi ?
Je parle de la conjonction de trois identités, à savoir l'identité civile et citoyenne que nous portons en nous, l'identité professionnelle de l'acteur artisan du sens et de l'émotion (avec un langage spécifique selon le code théâtral) et l'identité culturelle ou le personnage que le spectateur voit.
Fusionner ces trois identités, c'est la conjonction qui jusqu'ici est impossible et que je rends possible sur scène, pour produire ou générer un corps charnel, un corps pur plaisir que Roland Barthes appelle le corps orgasmique.
Cette conférence-spectacle est-elle ponctuelle ou comptez-vous la diffuser dans d'autres espaces hors des théâtres ?
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La vie future dans la distribution de «Waw» se trace sur différentes étapes : investir d'abord des lieux publics qui ne sont pas des théâtres ou faits pour le théâtre, comme le Jardin Andalou de Dar Ben Abdallah ou d'autres espaces que la fiction occupe et transforme
Jusqu'à quel point est-ce que ces lieux qui ne sont pas faits pour le théâtre peuvent-ils générer de l'art théâtral ?
Je vous réponds par une autre question : est-ce que l'art devrait avoir un espace à lui pour exister ou peut-il se faire n'importe où ? C'est ce que j'essaye de vérifier. Cela dit, en deuxième phase de distribution de «Waw», je reprendrais l'expérience du Théâtre à Domicile réalisée en 1985 à Paris et à Tunis avec «Conte-moi, raconte-moi» (texte de Lassâd Houassine) et qui a figuré dans ma thèse en tant qu'alternative d'une formation d'école sur le tas.
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