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Tunisie: Un libraire qui s'en va, un libraire qui arrive


La Presse (Tunis)
 

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La Presse (Tunis)

ANALYSE
16 Mai 2008
Publié sur le web le 16 Mai 2008

Alya Hamza

Un libraire qui s'en va, c'est une mémoire qui disparaît, une bibliothèque qui se ferme, un arbre à palabres qui se tait. Mais quand la librairie ne ferme pas, que les livres ne sont pas remplacés et que le sens du lieu reste le même, alors l'espoir demeure. Le libraire qui s'en va, Si Mohamed El Bahri, fait partie de notre paysage culturel depuis trente ans.

Fils de libraire, il aidait son père (Si Chaker) durant les vacances scolaires dans sa petite échoppe de Bab El Fella. Un père qui avait fait ses armes à la STD, alors détenteur unique du monopole du livre, avant de se lancer à son compte dans un quartier populaire, mais où on aimait le livre et la lecture.

Le métier du livre n'est pas innocent et on n'y goûte pas impunément.

Si Mohamed El Bahri était tombé dedans très jeune. Il ne s'en remit jamais. Rue El Moez, à El Menzah, il ouvrit un premier espace de 25m2, parce que son père avait toujours rêvé d'y être. Dix ans plus tard, et dix numéros plus loin, il ouvrait un grand espace de plus de 300 m2, qui allait très vite s'imposer comme la première librairie de Tunis. Les plus grands écrivains sont venus signer leurs ouvrages dans cet espace, Amin Malouf, Tahar Ben Jelloun, Marie Cardinal y rencontrèrent son public.

Le «salon d'El Moez» dont il fit une tradition, marque chaque année, depuis 25 ans, la fin de l'école, coïncidant avec les remises de prix et différentes récompenses scolaires et universitaires.

Aujourd'hui, Si Mohamed Bahri souhaite «profiter de sa jeunesse» en prenant une retraite bien méritée. Sans pour autant mettre la clé sous le paillasson. Très soucieux de l'avenir et de la pérennité de la librairie, il a mis un soin sourcilleux à choisir son dauphin. Aujourd'hui, il confie la relève à un jeune Tunisien de l'autre rive, Hassen Jaïed, revenu en Tunisie pour l'amour du livre.

Né en France, ce jeune entrepreneur, encore étudiant, créait, il y a sept ans, sa société de distribution. Son audace, son sérieux, son savoir-faire lui permirent très vite, de conquérir le marché et de prendre place dans les grandes surfaces qui constituent une des conquêtes du livre. Car, curieusement, c'est là que le livre se vend le mieux et qu'il gagne de nouvelles parts de marché.

Hassen Jaïed passe ces quelques années à ausculter le marché, à répondre à toutes les demandes s'adaptant à leurs modulations : du livre généraliste pour les grandes surfaces, plus élitistes pour certaines librairies de la banlieue nord, arabophone ou francophone, selon l'implantation géographique. Grâce à cette capacité d'adaptation et sa réactivité, il s'impose sur le marché. Sans cependant réussir à combler une frustration personnelle : celle d'exprimer ses propres choix littéraires.

Avec la librairie El Moez qu'il souhaite transformer en petite Fnac, Hassen Jaïed va pouvoir présenter ses choix littéraires. «Je souhaite faire de cet espace une petite Fnac dans le sens où ce sera un espace culturel ouvert à tous. Un espace qui ne sera ni trop populaire ni trop élitiste, où le grand public, l'intellectuel, la mère de famille, l'étudiant se retrouveront». Alors, tout en respectant la tradition - le salon du livre El Moez aura lieu comme chaque année du 26 juin au 6 juillet - on s'attaque à l'ouvrage : entreprendre des travaux qui permettront de remettre aux normes internationales la librairie qui avait un peu vieilli.

Développer le DVD - original - et créer un rayon de cinéma d'auteur, Hassen Jaïed représente, en effet, Gaumont dans ce secteur.

Organiser quelques très belles signatures avec de grands noms de la littérature internationale, prévoir un espace de lecture. Et se mettre à l'écoute de toutes les suggestions pour que la librairie El Moez - qui va s'appeler désormais «Espace El Moez» - devienne un espace vivant, habité, ouvert, convivial, où se retrouveront tous ceux qui aiment le livre.

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Alors, point de nostalgie : si vous êtes venu enfant acheter vos BD ou vos livres scolaires à El Moez, vous pourrez y amener vos enfants. Quant à Si Mohamed El Bahri, il promet lui aussi d'y venir souvent pour vous rencontrer.



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