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Ile Maurice: L'état a «baissé les bras»


L'Express (Port Louis)
 

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L'Express (Port Louis)

INTERVIEW
16 Mai 2008
Publié sur le web le 16 Mai 2008

Raj Jugernauth
Port Louis

La maltraitance des enfants est un fléau qui mérite d être pris à bras le corps si on veut éviter des drames comme celui du petit Seyfoullah. Plusieurs organismes sont concernés mais une meilleure coordination de ces forces sur le terrain est urgente.

Seyfoullah Fokkerbux, six ans, est mort à l'hôpital après un mois dans le coma. Il n'a jamais pu parler aux enquêteurs. Il n'a jamais pu raconter son calvaire. Mais son corps a raconté le martyre qu'il a vécu en silence. «Son sexe portait des traces de brûlures. Il a été brûlé à la cigarette là et un peu partout sur le corps. Il portait sur tout le corps des bleus, des cicatrices anciennes, des traces de brûlures. Comment peut-on faire cela à un enfant ?» s'insurge un membre du personnel médical qui a essayé de sauver cet enfant battu qui a lutté pendant un mois entre la vie et la mort.

Ceux qui demandent «comment on peut faire cela à un enfant» se posent aujourd'hui une autre question. Comment ce martyre a pu durer dans un pays où il existe au moins une dizaine d'instances pour la protection des enfants.

L'Ombudsperson pour la protection des enfants, la Child Development Unit (CDU), la Police Family Protection Unit (PFPU), la brigade des mineurs de la police, les psychologues et travailleurs sociaux que le ministère de l'Education a postés dans chaque zone, et la demi-douzaine d'ONG. Cela fait beaucoup et pas assez à la fois en raison d'une duplication qui coûte très cher aux contribuables.

De fait, seule la CDU constitue le bras légal de l'Etat, car elle est l'organisme mandaté par la loi pour retirer à n'importe quelle heure un enfant battu d'un foyer. Les policières de la PFPU sont tenues de se faire accompagner d'un responsable de la CDU qui est habilité à demander un mandat d'un magistrat pour retirer un enfant du foyer de ses parents et le placer dans un abri ou chez des familles d'accueil. La police n'a pas ce droit.

Et ce sont toujours les sept responsables de la CDU qui ont la responsabilité d'évaluer la situation des enfants battus, maltraités ou victimes d'abus sexuels, de vérifier que tout va bien après que l'enfant a été placé dans un abri ou une famille et qu'il poursuit sa scolarité, de faire les démarches auprès du ministère de la Sécurité sociale pour des aides, de faire renouveler par un magistrat l'ordre de la cour pour que l'enfant reste hors du foyer de ses parents.

Karoona Chooramun, responsable de la CDU et Wendy Rose-Gujadhur expliquent que les sept responsables de la CDU reçoivent en moyenne quatre appels d'urgence par nuit sur le 113 et plus d'une douzaine entre 9 heures et 16 heures. «Il est impossible pour la CDU de mener correctement un travail de protection car, en sus de la protection, ses sept préposés sur le terrain ont aussi d'autres fonctions. L'Etat n'a pas cru bon de renforcer son bras armé, comme l'a demandé Terence Murphy, et a déjà baissé les bras en ce qui concerne la protection des enfants», affirme sous couvert d'anonymat le responsable d'une ONG engagée dans la protection des enfants.

Il déplore que la soixantaine de personnes que la police utilise dans sa PFPU et la Brigade des mineurs soient sous-utilisées à un moment où la maltraitance des enfants se répand comme une épidémie. En fait, à part la police, tous les organismes et ONG s'occupant de la protection des enfants sont sous-équipés et sous-financés.

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«Nous avons énormément d'enfants battus et maltraités à Maurice. Vous serez surpris de constater à quel point ils sont nombreux, surtout et principalement ceux qui vivent le martyre aux mains de beaux-pères et de belles-mères. Il est grand temps que le ministre des Finances comprenne que ces enfants sont l'île Maurice de demain et qu'il faut investir dans leur protection et leur réhabilitation si on ne veut pas hypothéquer notre futur développement», affirme Rita Venkatasawmy, directrice du CEDEM qui héberge une trentaine d'enfants victimes d'abus dans deux différents abris.

La société civile est également au banc des accusés. Wendy Rose-Gajudhur se désole que les Mauriciens se sentent de moins en moins concernés par ce qui se passe chez leurs voisins et ne dénoncent pas les cas d'abus. Un enfant qu'on brûle à la cigarette doit sûrement hurler de douleur. Pourquoi les voisins n'ont-ils pas réagi ? «Sommes-nous devenus aussi égoïstes que ça ?» se demande Rita Venkatasawmy.

Or, depuis que l'affaire Seyfoullah a éclaté, des rumeurs ont commencé à circuler. Les parents ont été dénoncés par des voisins à la PFPU de Sainte-Croix. Interrogé par l'express, le commissaire de police, à travers le Police Press Office, demande du temps pour enquêter ! L'Ombudsperson for Child Protection enquête également et compte faire des recommandations à la suite de cette affaire. Reste à savoir s'il y aura une volonté politique pour revoir de fond en comble la protection des enfants à Maurice.

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