Cameroon Tribune (Yaoundé)

Cameroun: Fables - «La Fontaine» coule à Douala

Stéphane Tchakam

16 Mai 2008


Les textes de l'auteur classique adaptés par la troupe Feugam et présentés jeudi dernier au Ccf.

Au sortir de là, on ne voit plus tout à fait les fameuses fables de La Fontaine de la même manière. Celles qu'on ânonnait sous la menace de la chicotte de la maîtresse intraitable et implacable. Celles qu'on récitait machinalement sans en comprendre vraiment le sens et la portée. Bof, de toutes les manières, ce n'était pas le plus important, il fallait éviter le fouet. Et jeudi dernier, sur la scène du Centre culturel français de Douala, la troupe Feugam est venue réconcilier un public nombreux avec les fables de La Fontaine. Et de quelle manière ? L'oeuf de Colomb ! Ils se sont très simplement inspirés du quotidien de la compagnie elle-même, pour donner corps aux histoires de monsieur Jean de La Fontaine.

Ils ne sont pas tous des professionnels et pourtant, ils s'en sortent bien. Chacun réussissant à rentrer dans la peau d'un des personnages des fables. Le corbeau et le renard, le loup et l'agneau, la cigale et la fourmi, la grenouille et le boeuf, le lion et le moucheron, etc. « Dschang shoes » aux pieds, ils ne se contentent pas de radoter les textes. Ils les connaissent bien, s'en sont imprégnés, laissent parler leurs corps qui jouent pour eux. Dans une scénographie aussi minimaliste que leur modeste vécu. Ah ben, les fables c'est donc ça ! Le bon truc pour qu'on ne les croit plus tombées du ciel ou même coupées de toute réalité. Les fables sont universelles.

Elles le sont d'autant plus que Feugam a utilisé des ingrédients bien à lui. Il n'y a pas meilleur moyen que l'humour pour conquérir les travées et susciter la sympathie. Au profit des fables que l'on ne voit plus comme le pensum scolaire d'antan mais comme le prétexte d'une sagesse et d'une morale. C'est un art vivant et complet où le théâtre accueille danses, musiques et chants du terroir. Exquis. D'ailleurs, Feugam est allé quérir Topito, un remarquable chansonnier du cru, qui a créé les mélodies qui accompagnent la pièce. Ces choix artistiques, Kouam Tawa, le metteur en scène, n'en n'a pas honte. « Nous domestiquons La Fontaine, dit-il, non sans assumer tous nos héritages. Ce que le public a vu ce soir, c'est notre théâtre. » Feugam, lui, poursuit l'aventure des fables à travers le pays et est très attendu à Maroua, en particulier, le 17 mai prochain. Là-bas, 1000 billets ont déjà été vendus.

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