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Cameroun: Produire et encadrer le paysan
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Le Messager (Douala)
16 Mai 2008
Publié sur le web le 16 Mai 2008
Christian Lang
Rares sont ces Camerounais qui, aujourd'hui, peuvent se nourrir à leur faim.
L'autosuffisance alimentaire antérieurement clamée est un lointain souvenir. Les prix des denrées alimentaires sont hors de portée dans les marchés. Certaines de ces denrées sont devenues rares. Non seulement notre pays subit la mouvance mondiale ambiante, mais en plus il est confronté à la baisse de la production agricole nationale incapable de satisfaire la demande intérieure. Le débat du quotidien Le Messager en ce mois de mai 2008 porte sur cette crise alimentaire. Le 09 mai dernier, nous avons ouvert le bal avec une interview de M. Jean Nkuéte, vice-Premier ministre, ministre de l'agriculture et du développement rural. Le vice Pm avoue que la production agricole du Cameroun est en baisse. Dans les années 1985-1990, la production de riz était de 120.000 tonnes ; elle se situe aujourd'hui à 60.000 tonnes. Ce qui est insuffisant pour satisfaire la demande nationale. « Nous importons plus de 400.000 tonnes », a déclaré le vice Premier ministre, pour ce qui est du riz.
Le secteur agricole au Cameroun fait face à plusieurs obstacles : les prix des engrais ont considérablement augmenté en l'espace de six mois ; l'agriculture a une enveloppe budgétaire famélique estimée à 2% du budget de l'Etat. « Les moyens que nous avons ne sont pas suffisants [ ] Le secteur agricole a besoin de plus de 2% et même de plus de 10% pour se stabiliser et jouer effectivement son rôle de moteur économique », reconnaît Jean Nkuéte. Malgré ce tableau très peu reluisant, le vice Premier ministre est optimiste en affirmant que les moyens financiers de l'agriculture sont utilisés à bon escient. Il indique que le gouvernement met l'accent sur l'accroissement de la production agricole. Le vice Pm se réjouit parce que la stratégie de développement rural élaboré par le gouvernement en 2005 et mise en place un an après a tenu compte de la couverture des besoins nationaux. La crise actuelle va contribuer à toiletter cette stratégie.
Pour la suite du débat, nous donnons la parole à Joachim Tabi Owono, ingénieur agronome et homme politique. Ce spécialiste du suivi et évaluation des projets, de la production végétale, de l'agroclimatologie, de l'agriculture durable et environnement, entre autres, pense tout simplement que « la mort de l'agriculture camerounaise semble avoir été minutieusement programmée par le Renouveau ». Selon lui, tout a été politisé au Cameroun. Il ajoute que le Cameroun connaît une crise alimentaire virtuelle. « On ne saurait changer les habitudes alimentaires de sa population en comptant essentiellement sur la production d'autrui, martèle-t-il. Tabi Owono n'est pas très optimiste sur la relance des grands projets agricoles. Il s'indigne du fait que les sociétés agricoles et agro-industrielles ne soient pas dirigées par des spécialistes. « L'agriculture, jadis « colonne vertébrale de notre économie », est donc devenue le dépotoir des parias », s'offusque-t-il. Il faut préciser qu'en 1997, Tabi Owono alors candidat à la présidentielle de cette année là, avait suggéré la création d'un ministère du développement rural. Il affirme que si l'agronome, jadis était formé pour la fonction publique, aujourd'hui les données ont changé ; l'agronome doit être formé pour produire et encadrer le paysan. Que dit-il de la politique agricole dont le Cameroun a besoin ? « La solution pour moi résiderait dans le développement des petites et moyennes exploitations (individuelles ou communautaires) remises clés en main à des jeunes diplômés préalablement initiés dans des Centres de Service Civique», propose-t-il.
Joachim Tabi Owono est ingénieur agronome, président national de l'Action pour la méritocratie et l'égalité de chances (Amec)
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