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Sénégal: Alioune Cissé, administrateur de l'ARM - "La GOANA est plus qu'une rupture"


Le Soleil (Dakar)
 

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Le Soleil (Dakar)

INTERVIEW
17 Mai 2008
Publié sur le web le 17 Mai 2008

Propos Recueillis Par Adama Mbodj

Le Sénégal vient de lancer la grande offensive agricole comme mécanisme de sécurité alimentaire.

Dans cet entretien, l'administrateur de l'agence de régulation des marchés, Alioune Cissé, explique l'origine de la tension sur le riz et l'importance de la Goana.

M. Cissé pouvez-vous nous expliquez aujourd'hui l'origine de la tension qui sévit sur le riz ?

Des facteurs exogènes expliquent cette tension constatée sur le marché du riz. Depuis 2000, une demande nouvelle provenant de certains pays émergents n'y est pas étrangère. L'émergence d'une classe moyenne en Inde et en Chine a dopé la consommation de viande au niveau mondial, faisant croître de facto les besoins en céréales. Il ya aussi que la flambée du prix du pétrole à partir de 2003, a fait que les biocarburants qui restaient jusqu'alors assez coûteux à produire, sont brusquement devenus bon marché. A cela il faut ajouter le cas des Etats-Unis qui a développé un programme spécial biocarburant à partir du riz en 2007. Au cours de la période 2002 à janvier 2007, le coût du fret maritime est passé d'environ 50 dollars à 150 dollars, soit une augmentation de l'ordre de 300 % (...) Le commerce du riz est un marché résiduel. En effet, seuls les surplus sont commercialisés soit 5 à 6 % de la production mondiale. De plus trois pays d'Asie concentrent plus de 90 % des exportations de riz à travers le monde, ce qui constitue une situation de vulnérabilité ou de précarité pour les pays importateurs.

Quelle sont les mesures prises par le gouvernement et leur pertinence pour juguler cette crise sur le riz ?

Il faut rappeler que le Sénégal importe chaque année 600 000 tonnes de riz blanc et en produit en moyenne 150 000 tonnes. La brisure de riz représente 90 % des importations et provient essentiellement de la Thaïlande, soit 70 % de parts de marché. Du fait de sa position dans les habitudes alimentaires des populations sénégalaises, le riz est devenu plus qu'une simple spéculation, un véritable produit stratégique. Avec une consommation par habitant et par an qui est passée de 59,7 kg en 1995 à 74 kg dans les années 2000, le Sénégal a tendance à adopter le modèle de consommation asiatique d'environ 80 kg / habitant / an. Le gouvernement du Sénégal se devrait de prendre des mesures énergiques. Tout d'abord, depuis 2001 le riz est exonéré de Tva, en dépit de notre appartenance à la Zone Uemoa. A cela, il faut ajouter une deuxième mesure visant à protéger le pouvoir d'achat des consommateurs, notamment la suspension du droit de douane sur le riz (10%). Ce coût d'intervention de l'Etat est évalué à 14, 3 milliards de FCFA sur la période de Juillet 2007 à Avril 2008. Et depuis le mois avril 2008, une subvention directe de 40 000 F CFA est assurée sur la tonne pour juguler la hausse vertigineuse du prix du riz, et cela fait qu'actuellement le Sénégal a les prix du riz les plus faibles de la sous - région entre 270 et 280 F CFA le kg.

On reproche trop souvent aux importateurs de procéder à des spéculations sur le riz pendant des moments de pénuries. Qu'en est-il ?

Au lendemain de la libéralisation de la filière riz, des opérateurs sénégalais, souvent d'anciens quotataires, ont remplacé la Caisse de Péréquation dans sa mission d'approvisionnement du marché mondial. Pendant une dizaine d'années, les résultats furent plus que probants (...) Mais, malheureusement ils ne maîtrisent pas la totalité du circuit d'approvisionnement du riz au Sénégal. Les importations sont en réalité entre les mains de sociétés étrangères de « Trading » souvent domiciliés en Suisse. Ces dernières prennent des options d'achat dés le début de l'année. Au fur et à mesure des demandes, du riz blanc est importé et stocké au port de Dakar, auprès d'entrepositaires. Ces stocks sont rétrocédés aux douze grossistes sénégalais, abusivement appelés importateurs. Cette situation accentue la fragilité de l'approvisionnement en riz du Sénégal, dans un contexte mondial marqué par une raréfaction des disponibilités exportables.

La Goana constitue - t - elle réellement une rupture ?

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La Goana est plus qu'une rupture, par rapport à l'option qui a été prise par le régime socialiste lors de la libéralisation de la filière riz en 1996. Contrairement au Mali qui avait fait le choix hardi d'une politique d'autosuffisance alimentaire, le Sénégal s'était contenté d'assurer sa sécurité alimentaire en privilégiant l'importation de riz. La Goana matérialise le choix judicieux de S.E. Maître Abdoulaye Wade, d'atteindre la souveraineté alimentaire. Celle-ci marque une forte volonté de retour de l'Etat et un besoin de protection du marché local, notamment par rapport au produit subventionné. La souveraineté alimentaire diffère de la sécurité alimentaire qui fonde la réalisation de l'objectif par le marché avec comme fondement l'avantage comparatif (...) Dans l'optique de la souveraineté alimentaire, le droit à la sécurité alimentaire ne peut être réalisé par le marché, mais par un état souverain dans la définition et la mise en oeuvre de sa politique. La souveraineté inclut donc la possibilité d'un pays de se protéger lorsque les importations menacent leur agriculture. Les fortes subventions octroyées par les pays développés à leur agriculture ne permettent pas d'évaluer la compétitivité à l'aide du seul prix international. C'est dans ce cadre, avec tous les acteurs de la filière oignon, qu'on a procédé à la relance de cette dernière. On est passé d'une production de 40 000 tonnes avec des prix non rémunérateurs, à 130 000 tonnes et un chiffre d'affaires de plus de 20 milliards, de 2003 à 2007.



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