L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Questions à ... Krishnen Rangasamy, prof de biologie au CSE et SG de PILS

17 Mai 2008


interview

Port Louis — Que fait le CSE en matière de prévention contre le Sida ?

L'une des priorités du CSE est de responsabiliser nos jeunes pour qu'ils se protègent. On leur fait comprendre que les maladies liées au sida sont évitables. L'objectif au CSE est de rendre l'information sur le VIH/Sida accessible à tous les élèves afin de lutter contre la discrimination, la stigmatisation et l'ignorance. Il y a au sein du CSE des professeurs appartenant à des ONG qui luttent contre cette pandémie. La PTA nous apporte son soutien afin que le collège puisse organiser des classes d'éducation sexuelle et aborder ce sujet de façon libre. Parler de sexualité, c'est aussi admettre que nos élèves ont une sexualité.

Nous avons conscience que si nous ne donnons pas une éducation correcte au collège, si nous continuons à faire la politique de l'autruche sur les sujets tels que la sexualité et la toxicomanie, nous n'avancerons pas. Nos jeunes se sentent concernés par le problème du VIH/Sida et ils veulent lutter contre la stigmatisation et la discrimination envers les personnes vivant avec le virus.

Pourquoi avoir entrepris une telle démarche ?

La raison est simple. Le VIH est présent dans nos collèges. On ne peut plus se voiler la face. En tant que pédagogues, nous avons le devoir moral d'éduquer nos jeunes, de les équiper afin qu'ils puissent se protéger contre ce virus. La vérité est que le jeune d'aujourd'hui se développe rapidement. En tant qu'adultes, nous avons dû nous débarrasser de cette perception que de parler de sexe à un jeune va le choquer ou l'inciter à avoir des relations sexuelles. Il ne faut surtout pas croire que les jeunes n'en parlent pas.

Au CSE, nous croyons qu'il n'y a pas que le succès académique qui compte dans la vie. Il est important de comprendre que le manque d'information constitue un danger réel au niveau relationnel surtout quand les jeunes associent pornographie et sexualité, quand des images dégradantes prennent le dessus sur les aspects émotionnels et psychologiques des rapports garçon-fille.

Quel a été l'accueil de cette campagne de prévention au collège ?

On ne va pas cacher le fait qu'initialement il y avait une vraie réticence à parler de sexe et du sida. On a dû faire face à nos craintes et à nos idées préconçues. On a dû surmonter les tabous autour de la sexualité. Evoluant dans un contexte socio-culturel précis, nous avons une obligation morale envers nos élèves, donc il a fallu briser les tabous. Heureusement, au CSE nous avons un rectorat avec l'esprit large et ouvert. Le rectorat est conscient que c'est le bien-être de l'élève qui prime avant tout. Au CSE, le mot d'ordre est : «Prévenir est mieux que guérir», surtout que le sida n'est pas une condamnation à mort mais une condamnation à vie.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous avez à faire face ?

Au CSE, c'est toute une équipe qui organise les campagnes de prévention et de formation. Cette équipe est composée d'enseignants formés par l'Ecole des Valeurs Humaines et deux enseignants appartenant à des associations comme PILS et Youth Alive. Nos mots d'ordre sont : Pédagogie, Prévention et Character Building. Qui parle de prévention, parle aussi d'abstinence, de fidélité, de force de caractère, de dépistage et finalement de l'utilisation du préservatif. L'église catholique est contre l'utilisation du préservatif et le CSE est une institution catholique.

Donc la question se pose : « Comment fait-on une campagne de prévention ? » Bien que les membres de l'équipe soient souvent en désaccord avec la façon d'aborder le problème du sida, nous trouvons toujours une plate-forme commune et nous travaillons ensemble avec le même objectif, c'est-à-dire, informer les jeunes afin qu'ils puissent s'assumer et prendre la meilleure décision. Le fait est que beaucoup de nos étudiants sont sexuellement actifs. Le consensus trouvé est : on leur donne tous les faits et c'est à eux de prendre leur décision. On préfère donner toutes les informations à nos élèves car on croit vraiment en eux et en leur potentiel de faire la différence.

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