17 Mai 2008
Port Louis — Notre imaginaire collectif nous commande des attitudes qui nous viennent de décennies de croyances.
A Maurice, nous avons pris l'habitude de croire que nous serions éternellement protégés. Nous n'avons jusqu'ici connu que des tempêtes tropicales. Le corrélatif ne minimise pas le mal mais il rappelle que les réalités changent. Après les pluies diluviennes d'il y a quelques semaines, on a été exposé à des phénomènes qui ont suscité des réactions parfois exagérées, parfois empreintes d'une angoisse justifiée. Certains ont même cru voir des OVNI ! Ecarter d'un revers de la main ces peurs serait faire preuve d'un rationalisme qui agrandirait le fossé avec l'inconscient populaire tel qu'il se met en place depuis quelque temps. Mais il n'y a pas que les lectures psychologisantes. Autrement, les autorités centrales n'auraient pas pris certaines décisions.
A la tempête électrique de mardi soir, a succédé un mercredi tourmenté. A tel point que ne voulant pas prendre de risques, le gouvernement central libérait des fonctionnaires autant que les écoliers et les collégiens à la mi-journée. Ce n'est pas qu'un épi-phénomène. Il n'y a là pas que la peur des critiques. Il y a un Etat qui réalise que les impondérables de la nature sont devenus des menaces. Ce n'était pas encore le cas il y a quelques années. Ca l'est désormais. Les Mauriciens intériorisent l'idée qu'ils ne sont plus à l'abri de catastrophes naturelles. Cela peut créer des psychoses collectives. On l'a vu mercredi dernier pour des parents d'élèves et d'autres catégories de citoyens. On craignait un autre coup de karcherisation d'une main invisible des cieux qui nous rappellerait notre insignifiance.
On a toujours pensé à Maurice que rien de grave ne pourrait nous arriver. Les séismes, les tornades, les brusques changements de conditions climatiques C'étaient des phénomènes qui nous étaient épargnés. Désormais, au fil des anomalies et des colères de la nature, on apprend à accepter l'idée d'une vulnérabilité. Cela ne relève d'aucune foi en une quelconque manifestation surnaturelle. Cependant ranger au placard de la logique ces phénomènes relève d'une candeur cartésienne. Il ne s'agit pas de céder à un alarmisme primaire ou à un quelconque obscurantisme. Mais plutôt de témoigner, face à la tentation d'une incantatoire illusion, une prise en compte d'un certain mode de vie et de ses conséquences dans notre quotidien. Il ne s'agit pas non plus d'espérer en empruntant une posture niaise. Mais de s'arrimer à une réalité qui rend notre monde friable.
Il y a longtemps que nous avons cessé de faire des choix. Nous nous sommes mis à exister dans un inexorable ordre séquentiel où la quête du gain et de la facilité est devenue l'essence de notre être. Nous nous sommes mis à consommer avec une frénésie de débauchés. Ce n'est pas un réquisitoire contre le matérialisme ou contre la société de consommation. Depuis quelque temps, il se produit des événements qui commandent une introspection. Ce n'est pas spécifique à Maurice. Au contraire, à travers le monde, les dérèglements sont plus récurrents. On a été ménagé. On commence à comprendre que ce ne sera pas toujours le cas.
Le monde que nous avons construit au fil des décennies démontre ses faiblesses. Tant au plan économique, social, culturel, identitaire qu'environnemental A Maurice, nous disons en être conscients. Mais le sommes-nous vraiment ? Les combats qui sont menés participent de préoccupations vieilles de plusieurs décennies. Pour preuve, nous en sommes encore à nous demander s'il faut ou non en finir avec le système de députés correctifs ! Alors prise de conscience ou inconscience en face des enjeux qui nous dépassent ? Valeur du jour, c'est la deuxième hypothèse qui semble la plus vraisemblable. Et, selon toute vraisemblance, c'est le débat autour de la nécessité ou non de préserver le sectarisme dans le système politique qui l'emportera sur la révolution culturelle et attitudinale à laquelle toute société éclairée souscrirait. Croire que le monde qui vient emprunte aux mêmes canons de celui d'hier, c'est être d'une myopie intellectuelle effrayante. Ce n'est pas dit pour faire peur. D'ailleurs certains en rient déjà.
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