Nord-Sud (Abidjan)

Cote d'Ivoire: Le sexe envahit les bars climatisés d'Abidjan

Strip-tease, alcool, partouze

Initialement destinés à une clientèle sélectionnée, les bars climatisés sont devenus aujourd'hui de hauts lieux de perversion où alcool, cigarette, strip-tease et même partouze font bon ménage. Abidjan est «gâté». Il suffit d'effectuer une promenade nocturne dans la capitale économique ivoirienne pour s'en convaincre. Les bars climatisés qui ont vu le jour, il y a une demi-douzaine d'années, pour permettre aux noctambules d'échapper aux bruits des boîtes de nuit et des maquis sont devenus, en peu de temps, des nids d'immoralité. Une incursion dans ces lieux est édifiante.

Ce 11 mai, jour de la commémoration de l'anniversaire de la mort du pape du reggae, Robert Nesta Marley dit Bob Marley, notre équipe de reportage fait une virée dans un célèbre bar climatisé "TF" de la rue Paul Langevin, sise en Zone 4. Ici, point d'hommage à la méga star du reggae décédée il y a plus d'un quart de siècle. «Nous ne sommes pas branchés en ce moment sur sa musique. Ici, c'est un autre univers», lance Angéline, une serveuse qui nous installe dans le premier salon. Sexe, strip-tease, alcool, cigarette à gogo Habillée d'une jupette et d'un spencer, nombril au vent, elle ne laisse aucun client indifférent.

Le spectacle des yeux est ainsi garanti. Tout comme Angéline, Nadia se donne un look d'enfer pour attirer la clientèle du bar, et les regards sur elle. Elle s'est fait faire un piercing au nez et au nombril, un tatouage sur le dos et, sans aucune gêne, se faufile entre les différentes tables en petite culotte. C'est avec ce style provocateur qu'elle sert la boisson à la clientèle. Enserrée dans une tenue ras-de-fesse, cigarette aux lèvres, Sandrine tient compagnie à deux clients. Pendant ce temps sept autres serveuses, à moitié nues, esquissent des mouvements osés, au milieu du bar, face à un miroir, au son de la musique du « bobaraba » et du « tchougou-tchougou » en vogue à Abidjan. Et, tout cela à la grande joie des clients. Comment ces belles créatures, jeunes et aptes à exercer dans des activités professionnelles honorables peuvent-elles s'adonner à ce commerce ? Angéline évoque des problèmes de pauvreté.

«Je n'avais plus rien comme argent pour subvenir à mes besoins, alors que j'ai un enfant, qu'il faut nourrir. Je n'avais pas d'autre choix que de basculer dans ce travail de la nuit», révèle-t-elle. Sandrine parle pour sa part de problèmes familiaux. «Ma maman ne vit plus avec mon père et sa nouvelle femme ne veut pas me voir. Pour toutes ces raisons, j'ai quitté le domicile familial pour me débrouiller», lance-t-elle. Depuis, elle gagne sa vie dans les bars. Nadia, quant à elle, vit un drame selon ses explications. «Je suis étudiante dans un établissement de la place. Faute de moyens pour payer mes cours, j'ai mis un terme à ma scolarité cette année. Le temps pour moi de trouver un peu d'argent pour reprendre le chemin de l'école», se désole-t-elle. En attendant, elle gère sa vie entre l'alcool et la cigarette. A Marcory au S bar, le décor est presque identique. Installées dans le premier salon où la luminosité est approximative, les serveuses et danseuses, cigarette en main, à moitié nues, devisent avec des clients devant une table remplie de bouteilles d'alcool. Après son numéro affolant de strip-tease exécutée nue autour d'une barre de fer sous la musique techno, rock ou funk, Myriam s'affale sur un fauteuil.

Elle explique qu'elle exerce ce métier pour fuir la misère. «Je vivais dans une situation extrêmement misérable. Je n'avais pas d'autre choix que de trouver un point de chute. C'est ce qui m'a amenée dans le strip-tease», indique-t-elle. Et d'ajouter que les jeunes filles s'adonnent de plus en plus à ce travail par mimétisme. Dans cette grisaille, Ange semble être différente de ses collègues. Du moins si l'on s'en tient à ses dires. En effet, elle affirme avoir été recrutée comme serveuse. «Il faudrait que le public arrive à faire la différence entre nous. Il y a effectivement deux catégories de personnes qui travaillent dans les bars climatisés : les serveuses et les danseuses. Moi, je fais partie de la première catégorie. Nous n'avons pas besoin d'exhiber notre corps encore moins notre sexe à la clientèle», martèle-t-elle.

Et de poursuivre : « Je vis avec quelqu'un. Il n'est pas question d'aller au-delà de mon rôle en offrant mon corps à tout le monde. Si cela devient une exigence, je serai obligée de démissionner. C'est vous dire que tout est une question d'éducation.» Couturière de formation, elle mentionne qu'elle est venue chercher l'argent de ses machines à coudre pour ouvrir un atelier. «Je me suis déjà acheté une machine. Dès que j'ai le prix de la deuxième, je quitte le milieu qui, je l'avoue, est plein de vices», dit-elle. Les danseuses sont payées à 3.000 Fcfa par jour contre 2.000 Fcfa pour les serveuses. En plus, une serveuse gagne 500 Fcfa sur chaque client qu'elle installe. Lorsqu'un client les invite à prendre un pot, elles utilisent le système «plasia» qui consiste à mettre de l'eau dans les bouteilles ou les cannettes qui leur a été offerte en guise de la consommation. Après quoi, elles passent récupérer l'argent auprès du gérant pour compléter leur gain du jour. «Il y a effectivement, dit Ange, des filles qui procèdent ainsi pour pouvoir se faire beaucoup d'argent dans la soirée.»

Hormis l'exception de Ange, les autres filles qu'elles soient serveuses ou danseuses ont un goût prononcé pour l'alcool, la cigarette, le sexe 30.000 Fcfa pour une partouze Même si elles refusent qu'on les taxe de prostituées, beaucoup de filles des bars climatisés ne sont pas différentes de celles qui arpentent les rues de la capitale économique, une fois la nuit tombée. Au bar «TF» à la rue Paul Langevin, les serveuses et les danseuses, perles au rein, s'adonnent à toutes sortes de mouvements et gestes sexy pour faire fantasmer le client. Deux filles très excitées s'adonnent à une scène de lesbianisme sur la piste. Angéline, une des doyennes du bar, explique que c'est de cette façon qu'elles parviennent à faire mordre l'hameçon à d'éventuels clients. Les intéressés peuvent utiliser le système «busi externe» qui consiste à embarquer la fille pour aller chez soi. Dans ce cas, elle n'est pas prise en compte ce jour-là par le bar.

Il appartient au client de payer le déplacement et la prestation. «Lorsqu'on nous déplace de notre lieu de travail, la facture peut s'élever à 20.000 ou 25.000 Fcfa la nuit selon les négociations», explique Angeline. Par contre le "busi interne" qui se fait dans un couloir du bar peut coûter 10.000 à 15.000 Fcfa. En dehors du salon ordinaire, le bar climatisé «TF» possède deux salons privés. Une visite de ces lieux permet de constater qu'il y a une différence avec l'ordinaire. Le premier est une chambre où sont déposés des fauteuils confortables. Selon Angéline, à cet endroit plusieurs couples peuvent se retrouver pour consommer la boisson et faire l'amour sans que personne ne soit gêné. C'est aussi le lieu où les filles du bar peuvent être sollicitées par des clients plus vieux ou pervers pour une partie de fellation ou d'amour ou encore de partouze. «Nous faisons ce que les clients nous demandent. En fonction donc de son goût, nous nous exécutons. Car ce plaisir a également son prix. Dans ce cas, le client peut débourser pour chacune d'entre nous la somme de 10 à 15.000 Fcfa», indique Angéline.

Ce qui n'est pas compris dans le prix de la boisson qui, dans ce salon, est plus élevé. Le second salon privé est classé VIP. En plus des fauteuils, il y a un lit. Contrairement au premier, il ne peut être loué que par un seul couple. Angéline affirme que beaucoup de choses se passent dans ce salon. A cet effet, elle révèle « qu'il arrive parfois qu'un homme occupe la chambre avec sa compagne. Il loue des serveuses ou des danseuses pour faire l'amour avec sa femme. Il trouve son plaisir là-dedans. Moi, je ne suis pas lesbienne, mais j'ai eu à le faire une fois. Par la suite, nous nous sommes adonnés à une partie de partouze. Ce jour-là, il était tellement satisfait qu'il m'a donné 30.000 Fcfa", révèle-t-elle.

Pour Angeline, ces différents jeux du vice et de la perversité sont devenus, pratiquement, la principale marchandise des bars climatisés : "C'est ainsi que fonctionnent les bars climatisés aujourd'hui. Si tu ne rentres pas dans le contexte, ton bar ne marche pas". Conclusion d'un guide averti.

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