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Tunisie: «La chaste reine de Tyr apprend la tragique exécution de Shakerba'al, son époux.


La Presse (Tunis)
 

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La Presse (Tunis)

19 Mai 2008
Publié sur le web le 20 Mai 2008

«Fuis Pygmalion, ton frère, pars pour le pays d'Amon avec tes fidèles : là-bas est ton destin. Tes compagnons connaîtront le doute et le désespoir, mais tu devras ignorer ces faiblesses humaines. Elissa prend cette prophétie au sérieux». Sa flotte lève aussitôt les voiles et cingle vers la Libye. Au bout d'une longue et pénible errance dans la Grande Mer, elle accoste enfin au pays d'Amon où elle rencontre le roi Iarba'al qui lui inspire, d'emblée, attirance et aversion.

Surmontant ses sentiments, elle recourt tantôt à la ruse, tantôt à la séduction pour l'amener à lui céder une concession territoriale, Qart-Hadasht. Au palais royal, c'est la consternation: Iarba'al annonce à ses proches sa décision d'accueillir les errants en Libye et son désir d'épouser leur reine. Ulnerika, soeur aînée du roi, s'insurge contre ces projets et rallie à elle ses cousins, mais Iarba'al nourrit de grandes ambitions pour son royaume et trouve un grand soutien en Massès, l'Addir».

Trois grands chapitres composent ce roman historique certes, mais émaillé de tableaux pittoresques où la fantaisie de l'imaginaire et la mythologie sont en parfaite symbiose.

Oui, Elissa était très belle: «Sa fastueuse chevelure aux reflets bleutés la drapait comme dans un somptueux manteau, et son teint lilial offrait un troublant contraste avec le noir de ses cheveux, de ses sourcils et de ses cils » Altière et ferme, animée d'un courage indomptable, «simplement vêtue d'une chiridôte blanche, ses longues boucles d'ébène flottant au vent et les chaînes de son camail animées d'une douce musique, Elissa leur apparut aussi hiératique qu'une déesse sur son piédestal » (p.112).

Mythologie et histoire

Capable de mater les pires mutineries de main de maître, faisant fi des pirates, les errants compagnons d'Elissa s'étaient résignés à vivre avec la même parcimonie que les marins, les notables eux-mêmes étaient soumis à cette règle. Elissa ne voulait pas de faveur, avait décidé de ne pas faire exception, «pourtant l'air marin poisseux était difficile à supporter».

Ce roman est un hymne à la femme, à la mer et à la nature : «Ma reine, la mer est éternelle ! C'est le royaume des cabires invisibles à nous autres mortels; qui te dit qu'ils ne portent pas de parures plus précieuses encore que les tiennes? La mer ne porte-t-elle pas de paonage selon qu'elle est d'huile, de lait, de pourpre ou d'azur?!».

Touche-à-tout inspirée, l'auteur mêle avec bonheur la mythologie à l'histoire : «Leur arrivée à l'île Minos (nom éponyme de la Crète) se révéla une aubaine pour ses habitants, la civilisation crétoise qui avait étendu ses comptoirs jusqu'en Libye, était décadente, l'île qui fut autrefois le plus beau fleuron de la très verte, avait été ruinée par les vicissitudes de l'histoire, l'invasion des Doriens et les drames familiaux avaient mis son économie à genoux. La déesse qui présidait à la destinée des Crétois avait la poitrine nue, elle était coiffée tout comme l'hater de Thèbes d'un bonnet conique tronqué, et portait un diadème garni de deux cornes en forme de lyre». (p. 120).

Récits équipes où les aventures périlleuses, le danger des pirates aux trousses de la flotte des errants, les cultes païens sont multiples : «Elissa se rendit sur la ville refuge, au temple de la déesse mère à qui elle offrit un créobole (les Phéniciens étaient de grands exportateurs de vin) suivi d'une libation de sang... Une fois que la flotte appareilla, ils entonnaient à son adresse le chant d'Abeona, la déesse des départs...» (p. 149).

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La mer est omniprésente: «Les galères pimpantes fendaient allègrement de leur quille une mer glauque, ondulée, sous un vent qui la poussait inexorablement vers la Libye où l'appelait le destin... L'immense masse liquide s'animait parfois au passage de bancs de poissons de toutes tailles, les dauphins facétieux surgissaient de l'eau, ils leur offraient un stupéfiant spectacle de voltiges audacieuses et de parades élégantes...» (p. 151).

Dotée d'une vaste culture, l'auteur de Shams, de Murabitun, d'Elissa et Iarba'al, nous gratifie d'un roman dense, où la sensibilité à fleur de peau, la probité des personnages, la noblesse des moeurs, l'humilité, confèrent aux récits une portée mythique, hiératique.

Safia Boussis Elissa et Iarbas



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