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Tunisie: Audace et abnégation au service de l'intérêt général
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La Presse (Tunis)
19 Mai 2008
Publié sur le web le 20 Mai 2008
K.I.
Le dialogue global avec les jeunes «La Tunisie d'abord» s'insinue dans tous les espaces, franchit les frontières et dresse des tribunes là où l'on s'y attend le moins : dans les instituts supérieurs et les facultés qui pourtant vivent au rythme des révisions et des premières épreuves des examens qui pointent déjà le nez, mais aussi dans les maisons des jeunes et les maisons de la culture où l'on prend prétexte de tout, du film Le destin du cinéaste Youssef Chahine par exemple, pour engager les débats.
En témoigne la loi relative à l'initiative économique qui est venue consacrer le point 4 du programme présidentiel «Pour la Tunisie de demain» portant impulsion du rythme de création d'entreprises. A travers cette loi, il s'agit de redynamiser la culture entrepreneuriale chez les Tunisiens, notamment les plus jeunes d'entre eux, en prenant des dispositions juridiques et fiscales incitatives capables d'impulser l'effort national en matière d'investissement, de création d'entreprises et d'emplois.
La dimension culturelle de la création d'entreprises
Nous estimons que stimuler la création d'entreprises repose sur quatre dimensions essentielles : la dimension politique (la volonté de l'Etat), la dimension technique (les différents mécanismes d'incitation), la dimension juridique (le cadre législatif) et la dimension culturelle (l'esprit d'initiative). Si les trois premières dimensions sont plus qu'acquises dans notre pays on reste sceptique par rapport à la dernière dimension. La question qui se pose à ce niveau est de savoir si le Tunisien possède une culture de l'initiative assez solide capable de l'orienter vers la création et la promotion d'entreprises. Nous serons tentés par une réponse négative si on se compare aux Européens.
En effet, selon les chiffres de la Commission européenne, seulement 2% des Français ont aujourd'hui un projet de création d'entreprise contre 6% en Grande-Bretagne et 13% aux Etats-Unis. Les Français considèrent que leur chiffre est inquiétant malgré leur culture industrielle ancienne, un grand travail les attend pour l'améliorer. La Tunisie a un chiffre bien inférieur à celui de la France et il faut qu'on pense sérieusement dès maintenant à l'augmenter.
Ce constat est significativement révélateur et montre bien que le Tunisien n'a pas vraiment une mentalité de créateur d'entreprises. La culture de l'initiative fait défaut et il n'est pas aisé de l'instaurer rapidement. Un grand effort nous attend tous pour qu'elle soit ancrée dans l'esprit de nos concitoyens, essentiellement les plus jeunes d'entre eux, souvent trop assistés par leurs familles, par l'Etat, par le système éducatif, etc.
La dimension culturelle, à l'encontre de toutes les autres, ne se décrète pas, ne s'acquiert pas soudainement ou après avoir suivi un cours de culture entrepreneuriale. Sa mise en place nécessite un travail de longue haleine, une stratégie claire qui ne se concrétise que sur la durée. Quelles que soient les mesures et les lois, on ne peut pas obliger les jeunes à s'intéresser à ces mesures, on ne peut pas les obliger à se diriger vers les centres d'affaires ou à l'API s'ils n'en ont pas envie, s'ils n'ont pas un projet dans la tête, ou s'ils ne sont pas imprégnés d'un esprit de créativité
Aujourd'hui, c'est presqu'une vérité universelle : les pays qui ont une économie développée et auxquels la Tunisie aspire appartenir dans un proche avenir, sont ceux qui ont su développer une culture entrepreneuriale au sein de leurs sociétés, combinée à un savoir-faire technique. Dans ce sens, et pour que notre pays réussisse son pari de développement soutenu, il est indispensable de disposer d'un grand nombre d'individus qui sachent gérer et développer des entreprises mais qui soient également poussés par une volonté d'accomplissement et de réussite, qui aient le sens de la responsabilité, de l'initiative et de la création.
La construction de ces valeurs ne peut être l'affaire d'une seule partie pendant une période ponctuelle de la vie, au contraire c'est l'affaire de tous, à tous les niveaux de la société et d'une façon continue. C'est l'affaire de la famille quand les parents cessent d'assister à outrance leurs enfants et de décider pour eux et les incitent à compter sur eux-mêmes en les laissant se débrouiller, par exemple, pour gagner leur argent de poche en travaillant pendant les vacances.
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C'est l'affaire du système éducatif et universitaire quand les professeurs cessent leurs méthodes verticales à sens unique en imaginant des méthodes pédagogiques plus dynamiques, plus interactives permettant aux élèves de développer leur esprit créatif et d'analyse. C'est l'affaire de l'entreprise, quand les dirigeants cessent de tout centraliser et donnent l'occasion à leurs employés de donner leur avis, de proposer des idées nouvelles, d'innover, de prendre l'initiative dans leur travail sans être menacés par une sanction au cas où ils se tromperaient.
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