Mahorou KANAZOE
20 Mai 2008
Jérusalem — Le président du Faso, Blaise Compaoré, a effectué un séjour en Israël du 13 au 15 mai dernier. Il était l'invité du président israélien, Shimon Peres, initiateur d'une conférence sur les grandes questions du monde. Une première, pour un chef d'Etat burkinabè.
Une nouvelle page des relations entre Israël et le Burkina Faso a été ouverte par le président Blaise Compaoré. Treize ans après le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, le président burkinabè a effectué une visite historique dans l'Etat hébreu. Ce n'était pas une visite officielle mais elle en avait tout l'air. Blaise Compaoré devait en effet participer à la conférence "Tomorrow" (Demain), organisée par le président israélien, Shimon Peres, à l'occasion des 60 ans d'indépendance d'Israël. Comment faire face aux enjeux de demain ? Telle était la question à laquelle chaque conférencier, autour d'un panel prestigieux de dirigeants et de personnalités diverses, devait répondre.
Parmi la douzaine de chefs d'Etat, anciens ou en exercice, présents, il y avait Yoweri Museveni de l'Ouganda, Paul Kagamé du Rwanda, Danilo Turk de la Slovénie, Tony Blair de Grande-Bretagne, Mikhael Gorbatchev de Russie, Lech Kaczynski de Pologne, Nambar Enkhbauar de Mongolie, Viktor Yushenko d'Ukraine. Chaque dirigeant devait, en quelques minutes, décliner sa vision prospectivé pour un monde meilleur. Mettant de côté le discours qu'il avait rédigé pour la circonstance, Blaise Compaoré a fait une intervention improvisée fort applaudie.
La salle, archicomble, a visiblement apprécié le fait que le président burkinabè ait marqué son admiration pour le peuple juif et son adhésion à la cause qu'il défend. Blaise Compaoré a présenté sa vision du monde à l'assemblée en ces termes : "Il faut continuer à bâtir sur l'homme, c'est-à-dire valoriser le capital humain. Cela représente ce que j'appelle la sécurité humaine : assurer une sécurité politique, la liberté, une bonne gouvernance, des besoins sociaux pour tous, etc. Il faut des hommes pour bâtir le futur. Notre référence en Afrique et au Burkina, c'est d'abord cela. Comment faire en sorte que l'homme soit bien portant, mieux instruit et capable de transformer ses ressources naturelles. Pour les Etats, nous souhaitons davantage de gouvernance. Il est certain qu'avec la gouvernance que nous observons sur le continent, je l'ai dit à des collègues chefs d'Etat, il n'est pas possible d'organiser le progrès. Si au temps de la révolution industrielle nous n'avons pas pu prendre le train en marche parce qu'on était soit occupés, soit sans liberté ou dépossédés de nos ressources, aujourd'hui, avec la révolution numérique, nous pouvons accompagner le monde dans le progrès. Nous avons besoin aussi en Afrique de construire la paix. Et pour ce faire, nous avons besoin de l'assistance du reste du monde. Je souhaite que toutes les régions du monde s'associent dans ce combat pour la paix."
Blaise Compaoré a cependant prévenu les dirigeants des pays riches : "Il est important que nous prenions conscience, dans cette mondialisation, que le monde sera prospère ou difficile pour tous à l'avenir. Il n'y a pas de progrès possible dans le monde, s'il n'est organisé que sur un continent ou deux. Malgré ces crises, il y a des possibilités pour le monde de se reprendre. Cette mondialisation, est une époque civilisationnelle comme l'âge de la pierre taillée, et il faut y entrer avec plus de solidarité, d'imagination, de meilleures réponses aux problèmes. J'ai confiance que l'humanité qui a déjà traversé des crises beaucoup plus difficiles que celle-là saura trouver des réponses idoines aux préoccupations majeures du moment."
George Bush, superstar
D'autres activités ont gravité autour de cette conférence, notamment la soirée spéciale d'hommage à l'amitié israélo-américaine. Films, musique et discours ont marqué cette cérémonie dont on retient qu'elle confirme l'étroitesse des liens qui unissent Israël et les Etats-Unis. Rien que les nombreuses "standing ovations" dédiées au couple George W. Bush sont le témoignage de l'admiration que Israël a pour l'Amérique. C'est pourquoi d'ailleurs toute la ville de Jérusalem a été hautement sécurisée pendant le séjour du couple présidentiel américain. Si George Bush, faut-il le rappeler, a été accueilli par des "Shalom" (bienvenus) en Israël, il le fut également par une roquette palestienne tirée sur une ville israélienne. Un incident qui a failli gâcher la fête, même si à Jérusalem, on est à mille lieux de savoir qu'un drame se joue en territoire palestinien, pas si loin de là. La ville grouille de monde, avec ses milliers de drapeaux partout où ils peuvent être plantés, pour commémorer l'indépendance.
Dans les lieux saints, l'affluence est ininterrompue. Des milliers de touristes et de pèlerins déambulent, prient, photographient, sous le regard vigilant des forces de sécurité présentes dans tous les recoins de la vieille ville. Le président Compaoré a visité, pour sa part, l'église du Saint Sépulce considérée comme le saint des saints, où se trouvent le lieu de la crucifixion de Jésus et son tombeau, selon la tradition chrétienne. Il s'est aussi rendu au Mur des lamentations où il a été accueilli par le grand Rabin des lieux saints.Mais cette visite s'est faite au pas de course, ne laissant pas le temps à la méditation, d'où cette promesse du président du Faso de revenir à Jérusalem, "sans caméra ni télévision".
Les endroits d'émotion ne manquent pas à Jérusalem, comme Yad Vashem, le mémorial dédié aux martyrs et aux héros de la Shoah. C'est un ensemble architectural impressionnant, où les outils modernes de communication côtoient les objets de la tragédie juive, pour rappeler tout le processus de l'holocauste. Blaise Compaoré, après une longue visite des lieux, a rallumé la Flamme éternelle, déposé une gerbe de fleurs et signé dans le Livre d'or.
A la fin de cette émouvante visite, il a déclaré qu'il s'agissait "d'un souvenir terrible qui nous rappelle une honteuse histoire de notre humanité". Pour lui, l'holocauste nous invite "à continuer d'agir pour l'avènement d'un monde de paix durable, ininterrompue". Le président Compaoré a ajouté que ce drame montrait "comment les liens entre les hommes peuvent être fragiles, comment à un moment de l'histoire de l'humanité, des hommes ont monté cette tragédie humaine à l'endroit d'autres hommes, tout simplement parce qu'ils étaient d'une race donnée. Nous devons nous en souvenir et dire "plus jamais cela", bien sûr, mais aussi travailler pour l'avènement d'un monde plus juste, plus solidaire". Dans le livre d'or du Musée, il a émis ce voeu : "Puisse cet atroce souvenir de la honteuse et atroce histoire de notre humanité conforter notre foi en un monde de paix ininterrompue".
L'un des temps forts de ce séjour fut l'audience que le chef de l'Etat a accordée au ministre israélien des Affaires étrangères, Tzipi Livni. Cette personnalité, qui est le numéro deux du gouvernement israélien, en est pratiquement devenue le numéro un, avec les problèmes que connaît le Premier ministre. C'est dire l'importance des échanges qu'elle a eus avec Blaise Compaoré, et que le ministre des Affaires étrangères, Djibrill Bassolé, résume en ces termes : "Il a été surtout question de la coopération bilatérale entre Israël et le Burkina Faso. Dans les domaines agricole, sanitaire et de la formation, Israël a une coopération avec le Burkina. Nous avons évalué cette coopération, et surtout, nous avons dégagé des pistes pour la renforcer. Israël appuiera le Burkina dans toutes ses actions, en particulier son action de stabilisation de la sous-région et toute action que le président du Faso peut mener en direction des autres pays à travers les communautés régionales et sous-régionales. Nous avons aussi parlé des questions politiques et diplomatiques, bien entendu. Israël est très désireux d'appuyer le Burkina dans son rôle de membre du Conseil de sécurité. Nous avons une concertation à mener très bientôt." Le ministre Bassolé, à cet effet, reviendra dans quelques semaines pour approfondir toutes ces questions.
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